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Féminicide de Sheena Buleeram
La Cour suprême inflige la perpétuité à Mamode Umaiir Nubbeebuccus
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Féminicide de Sheena Buleeram
La Cour suprême inflige la perpétuité à Mamode Umaiir Nubbeebuccus
■ Sheena Buleeram, dont la mort rappelle l’urgence de protéger les femmes face aux violences conjugales.
La Cour suprême a rendu, hier, mercredi 10 décembre, l’un de ses jugements les plus fermes de ces dernières années, dans l’affaire du féminicide de Ganeshwaree Buleeram, dite Sheena. Son ex-époux, Mamode Umaiir Nubbeebuccus, 28 ans au moment des faits, a été condamné à la servitude pénale à vie après avoir plaidé coupable de meurtre avec préméditation. Le juge Mehdi Manrakhan, siégeant en Cour criminelle, a qualifié ce dossier de «most horrendous, gruesome and cold-blooded killing» et de «horrifying case of femicide», estimant qu’aucune circonstance atténuante ne pouvait justifier une peine moindre.
Le drame remonte au 8 novembre 2019. Sheena, alors âgée de 24 ans, travaillait au service des ressources humaines de l’hôtel La Résidence à Belle-Mare. Depuis des mois, elle vivait dans la peur : son ex-mari, dont elle s’était séparée en 2016 en raison de son comportement violent, avait pris un emploi dans le même établissement pour continuer à la surveiller. Elle avait dû solliciter l’intervention de la police à plusieurs reprises. Trois jours avant sa mort, les forces de l’ordre avaient dû le sommer de ne plus l’approcher.
Mais l’obsession de l’accusé s’était transformée en fixation meurtrière. Convaincu, sans fondement, que Sheena fréquentait quelqu’un, il était prêt, selon les mots du juge, «to go to any extreme – even murder – to find out». Le 7 novembre, il loue un véhicule. Le lendemain matin, il rencontre la jeune femme et tente une nouvelle fois de la contraindre à répondre à ses questions. Devant son refus, il se rend au Super U de Flacq, où il achète un couteau. L’après-midi, il attend Sheena à la sortie du travail.
Les images de vidéo surveillance confirmeront toute la séquence : Sheena refuse d’entrer dans sa voiture. L’accusé suit la navette de l’hôtel jusqu’à Sébastopol. C’est là qu’il l’agrippe, la force à monter dans le véhicule, puis la conduit dans une succession de lieux isolés – Belle-Rive, Olivia, L’Étoile et Clémencia. Pendant des heures, Sheena endure ce que le magistrat décrira comme «the vilest imaginable attacks». Battue, giflée, étranglée jusqu’à perdre connaissance, aspergée d’eau pour être réveillée et continuer à subir l’assaut. Le rapport médico-légal relève des violences sexuelles et la cour estime les explications de l’accusé «wholly untenable».
À un moment d’extrême détresse, Sheena tente de détourner le volant pour fuir ; la voiture finit dans un fossé. L’agresseur l’entraîne alors au cœur d’un champ de cannes à Camp-de-Masque-Pavé. Là, vers minuit, il la poignarde à plusieurs reprises. «Mo finn pik li plizier fwa pou mo touy li», a-t-il admis. Le juge souligne qu’elle l’a supplié, «pa pike», avant de succomber. L’autopsie du Dr Sudesh Kumar Gungadin recense au moins huit plaies profondes au cou, au thorax et à l’abdomen, des côtes fracturées, une perforation du côlon, une section de l’aorte. Le décès est dû à un coup fatal au cœur. Pour le juge Manrakhan, la gravité exceptionnelle du crime ne laisse place à aucune indulgence : «The brutality inflicted on Sheena, the sexual violence, the prolonged torture, the premeditation, and the complete annihilation of her dignity and humanity place this case squarely within the category where the highest sentence must be imposed.» Il ajoute que la volonté de l’accusé de renouer un jour avec sa fille «cannot diminish the enormity of this crime».
Le juge replace également cette affaire dans le contexte préoccupant des violences extrêmes envers les femmes à Maurice : «When a young woman, after repeated reports of harassment and violence, is still hunted down, abducted, tortured and killed because she chose to live her life free from a former partner, the Court must give voice to the collective moral outrage that such crimes evoke.»
En conclusion, le juge Manrakhan rappelle un principe fondamental : «Women in Mauritius are not the property of those who once lived with them; their autonomy is not conditional; and their refusal to submit to control cannot become a death sentence.» Ce 10 décembre, Journée des droits humains, la Cour suprême a choisi de faire entendre la voix de Sheena et de rendre justice à une jeune femme qui avait tout fait pour se protéger, mais que la spirale de violence n’a jamais cessé de rattraper. Le seul verdict «à la hauteur de l’horreur», selon la cour : la prison à vie.
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