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Questions à…
Gérard Louise : «Il y a Rs 95 M dans les caisses de la MASA (...) reste à savoir à qui doit revenir cet argent»
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Questions à…
Gérard Louise : «Il y a Rs 95 M dans les caisses de la MASA (...) reste à savoir à qui doit revenir cet argent»
Gérard Louise a retrouvé le fauteuil de directeur de la MASA après 14 ans de suspension.
Le 1er juillet, Gérard Louise a retrouvé le fauteuil de directeur de la Mauritius Society of Authors (MASA) après une suspension de 14 ans et deux procès rayés. «Choqué» par l’état de la société des droits d’auteur, il prépare sa restructuration, dans le droit fil de ce qu’a annoncé le discours-programme. En parallèle, la MASA devra enquêter sur des sommes non distribuées.
Retrouver le fauteuil de directeur de la MASA après avoir été suspendu pendant 14 ans, c’est une revanche ?
Ce n’est pas une revanche. C’est surtout voir ce que l’on a perdu durant ces 14 ans. Et où nous aurions pu être aujourd’hui.
Qu’avons-nous perdu ?
Les tarifs pratiqués par la MASA (NdlR, une nouvelle grille gelée pendant deux ans est entrée en vigueur en 2023) ne sont pas aux normes internationales. Prenez l’orchestre de la police. Selon le tarif pour l’utilisation de la musique, il ne paie que Rs 20 000 par an. Tandis que les Casinos de Maurice, dont l’activité primaire n’est pas de jouer de la musique, paient Rs 100 000 par an. J’ai appris que pour certaines dispositions de la grille imposée par le ministère des Arts, il n’y a pas eu consultation du board de la MASA. Le ministre Mahen Gondeea a annoncé qu’il y aura une nouvelle grille de tarifs.
C’est le premier dossier que vous avez attaqué depuis votre retour ?
Entre la MASA House (NdlR, à l’avenue des Artistes, Beau-Bassin) que j’ai quittée et ce que vous voyez maintenant, c’est incroyable.
Que s’est-il passé ?
On a vu monsieur je ne sais pas enseigner à monsieur je ne connais pas. Certes, il y a eu des choses qui ont été faites pour soutenir la MASA. Je dis un grand bravo à ceux qui ont pris des décisions pour que la MASA reste en vie.
D’une décennie à l’autre, la MASA a connu une infinité de problèmes, notamment financiers. Citez-nous une bonne décision qui a été prise ?
La bonne décision, c’est que dans le discours-programme, il est écrit qu’il y aura une restructuration de la MASA. Elle ne peut pas fonctionner comme un copyright office. La MASA est une société de gestion collective.
On n’a pas encore compris ça ?
Le copyright office s’occupe des paramètres de la loi, de la vulgariser. La gestion collective, c’est autre chose. C’est gérer l’œuvre en s’appuyant sur la loi. Dans la liste des membres de la MASA, combien produisent régulièrement des œuvres ?
Combien ?
Même pas un tiers. La MASA est comme un dépôt. On y dépose l’œuvre pour la sauvegarder et c’est tout. Alors que la loi dit que «for copyright to exist, there is no formality». Dès que vous avez créé une œuvre, automatiquement, il y a protection.
Pas besoin de la MASA alors ?
Pour la protection, non. Tandis que pour l’exploitation, oui.
Le système de collecte de redevances sur l’utilisation des œuvres a-t-il évolué positivement ?
Entre 2002 à 2011 (NdlR, le mandat de Gérard Louise avant sa suspension), il y avait des manquements, mais pas de l’ampleur de ce que l’on voit aujourd’hui. Au fur et à mesure qu’on avance, on est choqués. Choqués par le nombre de membres. Il y a plein de jeunes chanteurs qui téléchargent des chansons en ligne mais qui ne sont pas enregistrés à la MASA. La révolution dans le domaine des droits d’auteur est énorme.
Vous avez une révolution à mener ?
Certainement.
Elle commence par quoi ?
La première étape, c’est de faire le point.
Vous avez 14 ans à rattraper. Vous avez suivi à distance tout de même ?
J’ai suivi, oui et non. Il y a des choses qui me rendaient malade. Des accusations à tort et à travers alors que je n’étais pas là. Je ne sais pas si c’est mon nom qui faisait peur.
Des artistes-membres ont souvent clamé que ni la collecte des redevances ni le paiement des royalties ne fonctionnent comme ils devraient.
Le problème, c’est qu’un boarda pris la décision que les Licensing Officers (NdlR, qui assurent la collecte des redevances payables par les utilisateurs de musique et le paiement des royalties aux ayants-droits) n’iraient plus sur le terrain pour faire leur travail. Quand j’étais là, ils étaient quatre. Aujourd’hui, il n’y en a qu’un.
Pour tout Maurice ?
Mais il ne sort pas. Il n’en a pas le droit. On a coupé les allocations voiture, etc. Il ne travaille qu’au téléphone et par courriel. La loi dit qu’il faut négocier avec les users of works. Combien de temps prend une négociation par courriel ? Pour ce qui est de la distribution, je ne sais pas comment on a établi le calendrier. Autrefois, c’étaient trois distributions nationales et une distribution internationale par an. La distribution des royalties n’est jamais parfaite. C’est basé sur des échantillonnages rationnels de l’utilisation de la musique, à partir des log sheets soumis par les utilisateurs. Prenez deux hôtels. La musique jouée dans un 5-étoiles n’est pas la même que celle utilisée dans un 3-étoiles. Tel hôtel utilise de la musique classique, tel autre du séga. À l’heure du déjeuner, qu’est-ce qui est diffusé dans ces hôtels ? Est-ce qu’il y a du séga de 6 heures à 23 heures ? Le directeur de la MASA a l’obligation d’analyser l’échantillonnage qui lui est soumis. Aujourd’hui, il y a trois personnes qui travaillent sur la distribution. Elles sont submergées. Je suis contre ceux qui disent que c’est facile…
On pourrait faire traiter les données par intelligence artificielle, par exemple ?
Si c’était facile, on aurait fermé la boutique depuis longtemps. Prenez l’hymne national. Certains log sheets disent Motherland, d’autres Glory to thee, d’autres seulement «hymne national». Il s’agit de ne pas se tromper.
Des artistes-membres ont dit qu’il y avait trop d’employés à la MASA.
Aujourd’hui, il y a Rs 95 millions dans le compte de la MASA. Pour distribuer des royalties, il faudra déterminer quelles sommes appartiennent à qui. Qu’est-ce qui est pour les frais administratifs de la MASA, qu’est-ce qui est pour les artistes ? (NdlR, le calcul est de 65 % pour les ayants-droits, 30 % pour la MASA, 7 % pour le Provident Fund) Le ministre des Arts m’a donné le feu vert pour une distribution des royalties en novembre 2025.
Un membre du conseil d’administration a porté plainte à la Financial Crimes Commission la semaine dernière, au sujet d’irrégularités sur plusieurs années.
On ne peut rien dire tant qu’on n’a pas enquêté. Il faudra aussi travailler avec la Mauritius Revenue Authority, pour les certificates of tax des rémunérations de l’étranger. Tout cela ne peut se résoudre en deux jours. Il faut en même temps enquêter et faire tourner la MASA.
La société des droits d’auteur s’était retrouvée en difficulté au point où le ministère des Finances était intervenu pour lui permettre d’assurer les salaires des employés. Or vous dites que la MASA a des fonds inutilisés ?
Quand j’ai appris cela, je me suis posé la question. Est-ce que cette somme, ce sont des *undistributed funds *? Si c’est le cas, à qui doivent-ils être payés ?
Personne à la MASA ne détient la réponse ? Alors que sur chaque redevance perçue, la MASA touche 30 % pour les frais administratifs...
Il n’y a pas de comptable. Cela fait plus de cinq ans qu’il est parti. C’est un contractuel qui s’occupe des comptes. Le rapport de l’Audit dit que pendant plusieurs années, les comptes de la MASA n’avaient pas été soumis (NdlR, le dernier rapport déposé en février 2025 indique que les comptes de la MASA pour les années financières 2022-2023 et 2023-24 n’ont pas été soumis)
Comment est-ce qu’on arrive à une telle somme inutilisée ?
Je ne sais pas. Je suis hébété. Quand j’étais arrivé à la MASA en 2002, il y avait Rs 25 millions qui dormaient. C’est là que j’ai appris la distribution avec des professionnels de la Confédération internationale des sociétés d’auteurs et compositeurs (CISAC) et de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM). Le ministre est d’accord. Il faudra avancer prudemment sans léser les droits de qui que ce soit. Tout cela fait peur. Vous vous demandez ce qui se passe.
Vous parlez de Rs 95 millions inutilisés, alors qu’en février 2023, le «board» de la MASA a mis fin au «Solidarity Scheme», la «pension» ne dépassant pas Rs 2 500 qui était versée à certains artistes ayant atteint l’âge de la retraite. La MASA n’avait pas les fonds pour soutenir les paiements. Which is which?
Ce Solidarity Scheme, à l’époque n’avait pas été mis en place au petit bonheur. Toutes les sociétés qui se respectent reconnaissent la contribution des vétérans. Il faut réorganiser la MASA. (NdlR, en haut de la pile de dossiers sur son bureau, celui qui porte l’en-tête Re-engineering MASA organisational structure)
Ras Natty Baby, dont la contribution est reconnue, a eu 60 ans en 2014. Il s’est longuement battu pour cette allocation. Avant d’accepter un paiement «under protest» en 2023. Vous en pensez quoi ?
Fallait-il vraiment en arriver là ? Qui a fauté ? Ce qui me blesse, c’est que je me suis donné corps et âme pour monter cette société des droits d’auteur. Voir dans quelle situation elle est, c’est désolant. Quand on m’a demandé de revenir, j’ai réfléchi. Les deux affaires en cours – actions légales qui avaient été approuvées par le board d’alors – sont tombées. (NdlR, l’une concernait l’utilisation sans autorisation de titres de Sony Music sur une compilation, l’autre, une accusation d’abus de pouvoir dans le cadre de recrutement)
Photo postée sur la page du ministre des Arts, le 27 juillet, après une réunion avec Richard Hein,
président, et Gérard Louise, directeur de la MASA.
Comment avez-vous vécu ces 14 ans de suspension ?
Cela a été 14 ans de solitude. Il n’y avait que la famille. Quelques amis sincères. Il y a des artistes qui m’appelaient «grand frère», même «Moïse». Du jour au lendemain, j’étais effacé comme ami sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, ils m’envoient des friends requests. J’ai traversé des moments difficiles. Je me suis consacré aux études, aux recherches. Je suis un doctorant en gestion des droits d’auteur à l’Open University, sous la supervision du Pr Michael Blakeney ainsi que du Pr Patrick Allen de l’université de Londres (NdlR, Titre de la thèse de Gérard Louise : «Copyright and neighbouring rights administration in Mauritius: An urgent need to reinvent its collective management organisation, a utopia or reality?») J’ai aussi fait un *Masters in International Law *avec UCLan Mauritius. Et un Post Graduate Certificate in Orchestra Conducting.
Si je suis revenu à la MASA, c’est surtout parce que j’avais raison. Je compte sur le nouveau board qui sera prochainement élu (NdlR, l’élection de sept membres du conseil d’administration dans cinq catégories artistiques est prévue le 24 août) pour mettre de l’ordre. C’est maintenant ou jamais. Ce sera aussi au président de la MASA (NdlR, Richard Hein) de mener le board selon la vision du gouvernement. Les autorités ont d’ailleurs pris en considération un sujet pour lequel on s’est longtemps bagarré : la copie privée. (NdlR, un impôt d’environ 1 % sur tous les supports permettant de copier des œuvres comme les films, la musique, les livres, qui est versé par les importateurs de smartphone, tablettes et autres appareils, aux auteurs, compositeurs, éditeurs, arrangeurs. La copie privée figure dans la Copyright Act mais n’est pas appliquée) Le ministre est d’accord, il faudra l’appliquer.
Cela prendra en considération des catégories hors musique qui se sentent négligées par la MASA.
C’est vrai que la majorité des membres sont dans la musique. Mais il y a eu un renversement. La majorité ce ne sont pas les auteurs mais les performers, les exécutants.
Quand on parle d’interprète, ce n’est pas celui qui reprend une chanson dans les hôtels. Là, on parle de l’interprète original sur la bande. Parfois, la même personne est auteur, compositeur, interprète. Mais les étapes de rémunération sont différentes Pour les auteurs c’est le copyright, pour les interprètes, c’est l’equitable remuneration. Celui qui travaille sur le copyright ne peut pas être le même qui gère le dossier equitable remuneration, pour éviter les conflits d’intérêts.
Croyez-vous que c’était anodin quand la CISAC a mis la MASA à la porte ?Quand on m’a suspendu, c’est aussi le président du comité africain de la CISAC, que j’étais, qui a été suspendu. Autrefois, la MASA jouait en première division. Aujourd’hui, on n’a même pas une place dans les gradins. La MASA est un membre temporaire de la CISAC. Qui a voulu ça ? Nous allons travailler pour que la MASA revienne parmi l’élite des sociétés des droits d’auteur. On va remplacer le logo. On va refaire le bâtiment de la MASA House. Le ministère des Arts a déjà alloué Rs 3 millions.
Le ministre Mahen Gondeea a pris le soin de poster une photo où il vous tient par la main et dans l’autre, il tient celle du président de la MASA, Richard Hein. Quel est le message qui est passé ?
C’est que, tout le monde ensemble, nous devons travailler dans le seul but de l’avancement de la communauté artistique à Maurice.
Est-ce un appel à l’apaisement ?
Je comprends le président. Quand il est arrivé, il a été choqué face à l’ampleur du problème, tout comme je l’ai été. À ce moment-là, il n’y avait pas de directeur. Il a pris des initiatives. Maintenant que je suis là, je suis le directeur, il est le président.
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