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«Il serait injuste de répéter l’erreur de 1965», plaide Misley Mandarin

25 décembre 2025, 16:00

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«Il serait injuste de répéter l’erreur de 1965», plaide Misley Mandarin

■ Misley Mandarin est le Premier ministre par intérim du gouvernement chagossien en exil. Photo: Heathcliff O’Malley

Le First minister intérimaire du gouvernement chagossien en exil, Misley Mandarin, a adressé une lettre formelle au Premier ministre britannique, sir Keir Starmer, et à la secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Yvette Cooper, appelant le Royaume-Uni à suspendre toute ratification du traité prévoyant le transfert de la souveraineté de l’archipel des Chagos à Maurice. Dans ce courrier, il affirme que ce processus doit impérativement être mis en pause tant que «des questions fondamentales de droit, de consentement et de légitimité démocratique» ne sont pas résolues.

Se présentant comme le Premier ministre intérimaire d’un gouvernement proclamé par des Chagossiens déplacés de force entre 1967 et 1973, Misley Mandarin insiste sur la gravité de la démarche. Selon lui, la décision britannique d’aller de l’avant sans le consentement explicite du peuple chagossien suscite une inquiétude profonde et largement partagée au sein de la communauté. Il estime que les éléments disponibles démontrent clairement l’absence de soutien chagossien à un transfert de souveraineté vers Maurice.

La lettre s’inscrit dans un contexte marqué par plusieurs développements de ce mois-ci, jugés décisifs. Le premier remonte au 2 décembre, lorsque le Comité des Nations unies pour l’élimination de la discrimination raciale (CERD), dans le cadre de ses procédures d’alerte précoce et d’action urgente, a appelé le Royaume-Uni et Maurice à suspendre toute ratification du traité. Le Comité a estimé que l’accord avait été négocié sans le consentement libre, préalable et éclairé des Chagossiens, restreignant ainsi leur droit à l’autodétermination, et a demandé à Londres d’engager immédiatement un dialogue direct avec la communauté concernée.

Un second élément est survenu le 17 décembre avec la publication par la Commission des relations internationales et de la défense de la Chambre des Lords des résultats d’une enquête menée auprès des Chagossiens. Selon ce rapport, une majorité claire des répondants souhaite demeurer sous souveraineté britannique et rejette le transfert à Maurice. Le président de la commission, lord De Mauley, a souligné que cette enquête ne pouvait se substituer à une consultation gouvernementale formelle, appelant l’exécutif britannique à assumer pleinement ses responsabilités face aux préoccupations exprimées.

Troisième fait majeur mis en avant : l’organisation, les 13 et 14 décembre, d’une élection indépendante visant à établir un gouvernement chagossien en exil, officiellement annoncé le 15 décembre. Cette initiative, présentée comme une réponse directe à l’absence de tout mécanisme d’autodétermination, se veut une structure de représentation politique transitoire, en attendant la tenue d’un référendum sur l’avenir de l’archipel.

Pour Misley Mandarin, l’ensemble de ces éléments constitue un avertissement clair : toute ratification sans consentement chagossien irait à l’encontre du droit international, des principes de contrôle parlementaire et des fondements mêmes de la légitimité démocratique.

Il rappelle également les engagements inscrits dans le manifeste électoral du Parti travailliste de juillet 2024, qui affirmait la nécessité de protéger la souveraineté des territoires britanniques d’outre-mer. Les Chagos étant toujours considérés comme un territoire britannique d’outre-mer et les Chagossiens comme des citoyens britanniques, la cohérence de cet engagement est, selon lui, directement mise en cause.

Dans sa lettre, le Premier ministre intérimaire demande formellement la suspension immédiate de toute étape menant à la ratification du traité avec Maurice. Il plaide pour l’instauration d’un véritable processus d’autodétermination, incluant un référendum ouvert à l’ensemble des Chagossiens. Les options proposées devraient, a minima, inclure le maintien des Chagos comme territoire britannique d’outre-mer doté d’une large autonomie ou leur intégration à Maurice.

Rappelant que les conséquences de décisions prises sans la voix des Chagossiens se font sentir depuis plus d’un demi-siècle, Misley Mandarin avertit qu’il serait injuste de répéter, 60 ans après 1965, l’erreur historique d’un choix de souveraineté sans consultation populaire. Il se dit prêt à engager un dialogue constructif avec les autorités britanniques et sollicite une rencontre afin de discuter, sans délai, des modalités d’un tel processus.


Lettre aux «chagos warriors» : un message de mobilisation et de fidélité

Dans une autre lettre adressée à ceux qu’il appelle les Chagos Warriors, Misley Mandarin annonce l’envoi d’une copie signée de la Déclaration du Premier ministre à celles et ceux engagés dans la défense des droits des Chagossiens et du maintien de l’archipel sous souveraineté britannique. Ce message se veut à la fois un hommage et un appel à la mobilisation collective.

Le ton y est résolument solennel et émotionnel. Le Premier ministre en exil y retrace les années d’exil, de dispersion et de transmission d’une mémoire souvent chuchotée dans les terres d’accueil. Il affirme que l’absence de territoire n’a jamais signifié l’absence d’avenir ni celle d’un destin politique. La proclamation d’un gouvernement chagossien en exil est présentée non comme un acte de rébellion, mais comme une affirmation d’existence et de continuité historique. La lettre rappelle l’attachement des Chagossiens à la Couronne britannique, leur service lors des deux guerres mondiales et leur volonté de rester alignés sur les valeurs démocratiques occidentales. Elle insiste également sur l’importance stratégique de Diego Garcia, que les Chagossiens ne souhaitent pas voir démilitarisée, mais protégée et renforcée par un retour civil encadré hors du périmètre militaire.

Aux Chagos Warriors, Misley Mandarin promet une lutte menée avec des moyens civiques : institutions culturelles, sociales et politiques, reconnaissance internationale et unité de la voix chagossienne. Le message se conclut sur une profession de foi : un peuple peut être éloigné de sa terre, mais ne peut en être séparé tant qu’il en porte la mémoire et qu’il veut y revenir.

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