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Chiens errants

Il faut rameuter les animaux et les bonnes volontés

11 mars 2026, 15:00

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Il faut rameuter les animaux et les bonnes volontés

La réunion consultative de ce lundi 9 mars à la mairie de Port-Louis. Le gouvernement prépare de nouvelles initiatives avec la collaboration des ONG, vétérinaires et autres acteurs du secteur.

La question des chiens errants à Maurice revient régulièrement au cœur du débat public, tant elle cristallise des enjeux de bien-être animal, de santé publique, de sécurité et d’image touristique. Si tous les acteurs s’accordent sur la gravité de la situation, les divergences persistent quant aux solutions à adopter. Organisations non gouvernementales (ONG), vétérinaires, volontaires, institutions publiques et secteur privé tentent de faire entendre leurs voix, souvent avec des approches différentes, parfois opposées.

C’est dans ce contexte qu’une quatrième réunion consultative s’est tenue le lundi 9 mars à la mairie de Port-Louis, réunissant les principaux intervenants autour d’une même table. Y participaient des ONG comme ANSAM, la Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW), le ministère de la Santé et des activistes pour la protection animale. Présidée par le ministre de l’Agroindustrie et du Bien-être animal, Arvin Boolell, accompagné du junior minister Fabrice David, la rencontre visait à dégager des pistes concrètes, éthiques et durables pour mieux gérer la population canine.

Malgré des échanges parfois tendus, un consensus s’est dégagé sur un point essentiel : l’urgence d’agir. Les estimations présentées donnent la mesure du défi. Maurice compterait plus de 300 000 chiens, dont une grande partie circule librement. Contrairement à une perception répandue, la majorité ne serait pas réellement errante : environ 80 % seraient des chiens ayant un propriétaire, mais laissés sans surveillance, non stérilisés ou abandonnés. Seuls quelque 60 000 seraient véritablement des chiens errants. Cette distinction est cruciale. Elle révèle que le problème ne se limite pas à l’errance animale, mais touche profondément à la responsabilité des propriétaires, à l’absence de contrôle des portées et à un manque de sensibilisation généralisé.

La MSAW, souvent critiquée, a été saluée par plusieurs intervenants pour son travail sur le terrain. Mais tous reconnaissent que l’organisme opère avec des moyens largement insuffisants. Le constat est alarmant : un seul dog catcher pour tout le pays, un manque criant de véhicules, d’infrastructures adaptées, de terrains pour accueillir des refuges et d’équipements vétérinaires pour traiter les animaux blessés ou abandonnés. Dans ces conditions, la MSAW se retrouve en première ligne face à une mission disproportionnée. Les attentes sont immenses, mais les ressources ne suivent pas. Plusieurs participants ont souligné que sans un renforcement significatif des capacités humaines et matérielles, aucune stratégie ne pourra être pleinement efficace.

S’attaquer aux causes

Un autre point de discussion a porté sur les vétérinaires non enregistrés à Maurice mais titulaires de diplômes reconnus dans la région, notamment au sein de la SADC. Certains d’entre eux travaillent déjà sur le terrain, parfois de manière informelle, pour soutenir les opérations de bien-être animal. Le ministre Boolell a évoqué la possibilité de leur accorder un enregistrement provisoire afin de renforcer les capacités nationales en soins vétérinaires. Cette proposition, bien que pragmatique, ne fait pas l’unanimité au sein de la profession locale. Mais pour le ministre, ces professionnels qualifiés pourraient contribuer de manière significative aux campagnes de stérilisation et aux soins, dans un contexte où le manque de main-d’œuvre est un obstacle majeur.

Au-delà des aspects logistiques, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de s’attaquer aux causes structurelles du problème. Beaucoup de chiens présents dans les rues sont en réalité des animaux abandonnés ou laissés libres par leurs propriétaires. D’autres proviennent de portées non contrôlées, faute de stérilisation.

La question de morsures de chiens a également été soulevée, notamment dans le secteur touristique. Un représentant du secteur hôtelier a indiqué que 23 établissements signalent la présence régulière de six à sept chiens dans leur enceinte, avec 75 cas de morsures recensés l’année dernière, touchant aussi bien des touristes que des enfants. Un chiffre préoccupant pour une industrie qui repose en grande partie sur l’image d’un pays accueillant et sûr.

La maltraitance animale a aussi été évoquée : empoisonnements, abandons, chiens attachés dans des conditions difficiles. Plusieurs participants ont dénoncé le manque de suivi des plaintes et l’application insuffisante des lois existantes. Enfin, la gestion de l’alimentation des chiens errants a suscité des débats. Les distributions de nourriture, bien intentionnées, peuvent entraîner l’accumulation de restes alimentaires, attirant les rats et augmentant le risque de leptospirose. Une meilleure coordination et un encadrement des pratiques ont été jugés nécessaires.

Pistes durables

La réunion a permis de mettre en avant plusieurs propositions. L’intensification des campagnes de stérilisation a été largement présentée comme la solution la plus efficace à long terme. Certains participants ont appelé à collaborer avec des organisations internationales capables de mener des campagnes de grande ampleur, traitant des dizaines de milliers de chiens en peu de temps. Des exemples comme le Bhoutan ou les Pays-Bas ont été cités pour leur réussite dans la gestion de la population canine.

D’autres ont proposé de mobiliser davantage les vétérinaires privés et d’utiliser les infrastructures existantes dans les cliniques. La question du financement a également été abordée, avec l’idée d’impliquer davantage le secteur privé et les fonds CSR. La sensibilisation a été identifiée comme un pilier essentiel. Plusieurs intervenants ont plaidé pour des campagnes d’éducation dans les écoles et les communautés afin de changer les mentalités et responsabiliser les propriétaires. Le ministre a insisté sur le rôle des médias dans cet effort collectif.

Enfin, la nécessité d’une meilleure coordination entre ONG, autorités et professionnels a été soulignée. Certains ont appelé à la création d’un mécanisme de suivi régulier pour éviter les initiatives dispersées.


Ce que prévoient déjà les autorités

Plusieurs initiatives sont en préparation. Un «National Task Force» sera mis en place pour établir un protocole clair de gestion de la population canine et assurer un suivi régulier des mesures adoptées. Une plateforme numérique d’enregistrement des animaux, développée avec le Government Online Centre et Mauritius Telecom, facilitera l’identification et le suivi des chiens. Les autorités envisagent également un recensement national de la population canine à l’aide de drones équipés de caméras thermiques, afin de cartographier précisément la présence des chiens errants. Enfin, un terrain d’environ deux arpents à Richelieu a été identifié pour la création d’un futur refuge. La gestion des chiens errants à Maurice est un défi multidimensionnel, mêlant bien-être animal, santé publique, sécurité, tourisme et responsabilité citoyenne. Les initiatives annoncées montrent une volonté politique réelle, mais leur succès dépendra de la coordination, du financement, de la responsabilisation des propriétaires et d’une mobilisation durable de tous les acteurs. Reste à voir si ces efforts permettront enfin de répondre à une problématique qui, année après année, continue d’alimenter débats et inquiétudes.

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