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Guérir en beauté : l’histoire de Naomie qui a choisi de se relever
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Guérir en beauté : l’histoire de Naomie qui a choisi de se relever
Ses mains bougent avec calme et précision. Entre les pinceaux, les cils et les palettes, Naomie Chloé St Médar, que beaucoup connaissent sous le nom de Diva, redonne confiance à celles et ceux qui passent entre ses doigts. Dans son studio de beauté à Résidence Kennedy, baptisé The Notorious Crib, elle s’est recréé un espace à son image : simple, lumineux et sincère.
À 23 ans, Naomie fait partie d’une génération qui a grandi avec la peur du regard des autres. Ces derniers mois, les histoires de bullying à l’école ont secoué le pays. Derrière ces drames, il y a souvent des jeunes qui s’éteignent dans le silence. L’histoire de Naomie rappelle qu’on peut survivre à tout cela, et surtout, qu’on peut se reconstruire autrement.
«Je me réveillais chaque matin avec une boule au ventre», raconte-t-elle. «Et surtout, avec un profond sentiment de honte.» Elle était alors en Grade 11 à Quatre Bornes SSS. «Je ne saurais même pas dire de quoi j’avais honte, parce que je ne leur avais rien fait», confie-t-elle. On se moquait de ses sourcils trop épais, ses cheveux trop grands et de sa silhouette trop mince…. «mais aussi surtout des violences physiques que je subissais, souvent encerclée par plusieurs filles.» Le plus dur, dit-elle, c’était le silence. «Je me sentais seule, sans défense. Même si j’ai toujours eu du caractère, ça ne m’a pas protégée. Parce qu’au fond, être seule face à une dizaine de filles… je savais que je ne pourrais pas tenir longtemps».
Ce départ de l’école laisse des traces. «Je ne me regardais plus dans le miroir. Je ne savais plus qui j’étais». Les années passent. Elle essaie d’ou- blier, sans vraiment y arriver. Et puis, un jour, la vie la pousse à changer de regard à travers l’habileté de ses mains.
Le déclic vient après la perte de son père, l’année dernière. «Après mes études, j’étais perdue, paralysée par la peur du jugement à cause de mon passé. Je n’osais plus rien entreprendre». Quand il est parti, tout s’est effondré. C’est sa mère qui lui a tendu la main : «Elle m’a dit que la seule force qui lui reste, c’est moi. Il fallait que je me relève à tout prix». Ces mots ont tout changé.
Naomie s’inscrit alors à des formations en cosmétologie, maquillage, coiffure et esthétique. «J’ai choisi la beauté comme un moyen de me reconstruire, parce qu’une femme blessée se cache souvent derrière le maquillage. Une femme complexée masque sa douleur à travers son apparence, sans rien laisser paraître.» Ce domaine devient pour elle une forme de protection, une manière de contrôler l’image qu’elle renvoie au monde. «Je ne voulais pas que les gens voient la fille brisée et sans confiance que j’étais à l’intérieur», précise-t-elle.
Les débuts ne sont pas faciles. Entre la peur de l’échec et la concurrence, Naomie doute souvent. Petit à petit, elle reprend confiance : «Mais, j’ai eu la chance d’être entourée de personnes bienveillantes qui m’ont conseillé et encouragée. À force de me reconstruire, j’ai fini par guérir, même en pardonnant à celles qui m’avaient blessée. Parce qu’au fond, la vraie guérison, c’est le pardon.»
Aujourd’hui, elle se sent à sa place. Avec un compte personnel suivi par plus de 11 000 per- sonnes, elle a lancé sa page professionnelle fin 2024. Elle y partage son travail, ses créations, et parfois, des passages de son histoire.
Le nom de son studio, The Notorious Crib, n’a pas été choisi au hasard : «Notorious, c’est la force, l’audace, le fait d’assumer sa lumière sans excuses. J’avais besoin de ce mot-là.»
Son rêve maintenant : ouvrir un salon plus grand, «un lieu de renaissance, pas seulement un espace de beauté». Elle veut que chaque femme qui franchit la porte se sente comprise, valorisée et puissante. «Mon but, c’est que mes clientes repartent avec plus qu’un maquillage ou des cils parfaits. Qu’elles repartent avec une nouvelle confiance en elles.»
À travers The Notorious Crib, Naomie veut créer «un endroit où la beauté devient une thérapie, une célébration de soi. Je veux inspirer les femmes à s’aimer, à se relever, et à comprendre qu’elles méritent le meilleur – toujours».
Naomie sait d’où elle vient. Elle a pardonné à celles qui l’ont blessée.
«Les gens critiqueront toujours ceux qui ont quelque chose de spécial. Si quelqu’un se moque de toi, c’est souvent parce qu’il a peur de ton potentiel, de ta lumière. Tes blessures ne te définissent pas. Ce ne sont que des étapes, pas des étiquettes. Une plaie finit toujours par se refermer, peu importe le temps que ça prend, et quand elle guérit, elle laisse place à une force incroyable.»
Aujourd’hui, Naomie n’efface pas son passé : elle le porte comme une preuve qu’on peut renaître autrement. Ses défis ont été nombreux : le harcèlement, la perte de son père, la peur de l’échec, la concurrence ; mais elle a su se relever à chaque fois. Elle ne cherche plus à ressembler à qui que ce soit, ni à plaire. Elle avance, simplement, avec ses pinceaux et sa lumière retrouvée. Ce qu’on voit aujourd’hui, ce n’est plus la «fille moquée» d’hier, mais une femme qui a compris que la beauté n’efface pas les cicatrices, elle les transforme ; c’est aussi son message a tout ceux qui traversent des épreuves similaires.
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