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Financement de la National Social Inclusion Foundation : Le milliard des ONG sous la loupe
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Financement de la National Social Inclusion Foundation : Le milliard des ONG sous la loupe
Caroline Fitz-Gibbon, présidente du NSIF.
C’est un chiffre qui donne le vertige. Pour l’année financière 2025-2026, le National Social Inclusion Foundation (NSIF) a décaissé environ Rs 1,1 milliard à 240 bénéficiaires : organisations non gouvernementales (ONG) et foyers de charité confondus. Ces données ont été rendues publiques pour la première fois le 2 juin 2026, lorsque le ministre de l’Intégration sociale, de la sécurité sociale et de la solidarité nationale, Ashok Subron, a déposé la liste complète des bénéficiaires au Parlement. Derrière ce milliard, il y a un écosystème associatif d’une ampleur et d’une diversité que l’on imagine peu, et une mécanique de financement complexe que la présidente de la NSIF, Caroline Fitz-Gibbon, a accepté de détailler.
La ventilation des fonds décaissés révèle la variété des mécanismes en jeu. Le gros de l’enveloppe, Rs 836,4 millions, est allé à 161 ONG bénéficiaires du Funding Framework F1, le mécanisme de financement récurrent qui couvre les coûts opérationnels et les programmes des organisations. Un deuxième volet, le F4 dédié aux petits projets à échelle réduite, a financé 51 projets pour un montant décaissé de Rs 15 millions sur Rs 30 millions approuvés. Les 21 foyers et maisons de charité ont, eux, reçu Rs 126,3 millions au 30 avril 2026. Enfin, sept entités engagées dans le programme national Fortified Learning Environment ont bénéficié de Rs 81,1 millions supplémentaires.
Cette répartition montre que le financement de la NSIF demeure largement orienté vers le soutien structurel des organisations existantes plutôt que vers le financement ponctuel de nouveaux projets. Les mécanismes F1 et F5 représentent à eux seuls plus de 86 % des fonds décaissés.
Ces fonds proviennent du mécanisme Corporate Social Responsibility (CSR) collecté par la Mauritius Revenue Authority en vertu de l’article 50L de l’Income Tax Act. Entre juillet 2025 et avril 2026, la NSIF a reçu à ce titre Rs 976 millions. Ses coûts opérationnels sur la même période s’élèvent à Rs 162,1 millions, un chiffre sur lequel nous reviendrons (voir plus loin).
Huit cadres de financement
Ce que le grand public ignore, c’est que la NSIF ne fonctionne pas à travers un mécanisme unique. Elle opère à travers huit cadres de financement distincts, chacun répondant à une logique spécifique (voir tableau 1).
Tableau 1

Les F1 et F5 représentent la part la plus importante du portefeuille : à eux deux, ils financent actuellement 179 ONG sur la base de budgets soumis annuellement, avec possibilité de réallocation en cours d’année si certaines lignes n’ont pas été entièrement utilisées. Derrière l’appellation générique de «financement des ONG» se cache donc un dispositif qui couvre aussi bien des institutions résidentielles que des programmes nationaux ciblant les jeunes, l’éducation ou encore le volontariat.
Pour le F4, le cadre destiné aux petites structures émergentes, des données consolidées sont disponibles pour l’exercice en cours (voir tableau 2).
Tableau 2

Une des idées reçues sur la NSIF est qu’elle se contente de distribuer des fonds. Or, la Fondation assume un rôle d’accompagnement, notamment envers les petites structures qui ne disposent pas des capacités administratives nécessaires pour monter un dossier complet. «L’objectif n’est pas simplement de financer des projets, mais également de contribuer à la professionnalisation du secteur associatif», affirme Caroline Fitz-Gibbon.
Les projets soumis doivent s’aligner sur les priorités de la NSIF et démontrer leur faisabilité sur une période de 12 mois. Ils sont évalués selon des critères définis : pertinence, impact, viabilité et capacité de l’organisation à rendre compte de l’utilisation des fonds publics. Ils ne sont pas automatiquement reconduits d’une année à l’autre, mais la collaboration peut se poursuivre lorsque les résultats sont au rendez-vous. Avec près de sept demandes approuvées sur dix, le dispositif affiche un taux d’acceptation élevé, ce qui reflète la volonté de la NSIF de soutenir l’émergence de petites initiatives communautaires.
Caroline Fitz-Gibbon signale par ailleurs que des mesures de renforcement de la gouvernance ont été prises cette année. «Certaines pratiques qui n’étaient pas conformes aux principes de bonne gestion et de redevabilité ont été identifiées au sein de certaines organisations. Des décisions ont été prises afin de protéger l’intégrité du système de financement et l’utilisation responsable des fonds publics», dit-elle, sans donner davantage de détails.
Un périmètre large par conception
La liste rendue publique peut surprendre : on y trouve des associations sportives, des organisations environnementales, des structures culturelles, aux côtés des foyers d’accueil et des associations d’aide aux personnes handicapées. S’agit-il d’un élargissement récent des critères ? Caroline Fitz-Gibbon répond sans ambages : non. «La Charte de la NSIF prévoit depuis sa création un champ d’intervention beaucoup plus large que la seule lutte contre la pauvreté», explique-t-elle. «L’inclusion sociale ne se limite pas à une aide financière ou matérielle. Elle passe également par l’éducation, la participation citoyenne, l’accès à la culture, au sport, et à un environnement sain», précise-t-elle. Ce n’est donc pas une nouveauté, c’est l’application d’une vision plus globale du développement humain, inscrite dans la Charte depuis l’origine.
La question des frais opérationnels
Rs 162,1 millions de coûts opérationnels pour Rs 976 millions reçus : le ratio de 16,6 % mérite d’être décomposé. Sur ce montant, environ Rs 75 millions concernent directement les équipes de terrain de la Fortified Learning Environment Unit (FLEU), dont les missions vont bien au-delà d’un rôle administratif : suivi pédagogique, accompagnement psychosocial des élèves et soutien aux familles, entre autres. Les frais propres au fonctionnement de la NSIF ne représentent, eux, qu’environ Rs 21 millions. Au total, la Fondation et la FLEU mobilisent 241 collaborateurs : 151 agents de terrain FLEU à Maurice et 20 à Rodrigues, 11 employés FLEU de bureau à Maurice et un à Rodrigues, 55 employés de la NSIF à Maurice et trois à Rodrigues.
La Charte ne fixe aucun plafond de dépenses opérationnelles. «La véritable question est celle de la valeur ajoutée produite par ces dépenses», rappelle Caroline Fitz-Gibbon, qui souligne que les institutions de financement internationales consacrent généralement entre 10 % et 20 % de leurs ressources à la gestion, au suivi et à la conformité, une fourchette dans laquelle s’inscrit la NSIF.
Fondations corporatives
C’est le dossier le plus délicat du moment. Le ministre Subron a évoqué au Parlement la question des fondations liées à de grands groupes privés parmi les bénéficiaires de la NSIF. Le Conseil examine actuellement la question, et certaines allocations ont déjà été revues à la baisse dans l’intervalle. L’attribution des fonds repose sur un processus structuré en quatre étapes : vérification administrative, évaluation technique fondée sur la pertinence, l’efficacité, l’impact et la durabilité des projets, validation par le Project Management Committee, puis approbation finale par le Conseil de la NSIF.
La Charte interdit déjà le financement d’activités bénéficiant directement aux actionnaires, aux cadres supérieurs ou aux familles des entreprises assujetties au CSR. Mais le débat porte sur un terrain plus nuancé : celui des ONG qui, bien que légitimes dans leur mission, bénéficient déjà d’un soutien corporatif important. «Si la NSIF devait être amenée à arbitrer entre différents niveaux de vulnérabilité organisationnelle, il est évident que la priorité serait accordée aux ONG qui ne disposent pas de portefeuille corporatif ou de sources alternatives de financement suffisantes», indique la présidente.
Elle pointe par ailleurs un contexte international préoccupant : plusieurs organisations qui bénéficiaient historiquement de financements de bailleurs étrangers voient aujourd’hui leurs ressources diminuer, dans un contexte économique et géopolitique incertain. Sur la répartition des fonds CSR : 75 % vers la NSIF, 25 % laissés à la disposition des entreprises, Caroline FitzGibbon défend l’équilibre actuel. «Cette complémentarité permet à la fois de soutenir les priorités nationales d’inclusion sociale et de préserver la diversité des initiatives portées par le tissu associatif mauricien», conclut-elle.
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