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Main-d’oeuvre

Fayzal Ally Beegun plaide pour la création d’un ministère dédié aux travailleurs étrangers

6 juin 2026, 14:00

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Fayzal Ally Beegun plaide pour la création d’un ministère dédié aux travailleurs étrangers

■ Pour le syndicaliste Fayzal Ally Beegun, la croissance constante du nombre de travailleurs étrangers à Maurice justifie la création d’un ministère dédié.

Avec près de 65 000 travailleurs étrangers recensés à Maurice selon les chiffres du ministère du Travail, la question de leur encadrement revient régulièrement dans l’actualité. Présents dans des secteurs aussi variés que le textile, la construction, l’industrie manufacturière, la santé ou encore les services, ces expatriés proviennent notamment de Madagascar, du Bangladesh, de l’Inde, du Népal et du Sri Lanka.

Si leur contribution à l’économie mauricienne est aujourd’hui largement reconnue, leur situation demeure parfois précaire. Certains travailleurs se retrouvent confrontés à des difficultés administratives, des conflits avec leurs employeurs ou encore des conditions de vie et de travail compliquées. D’autres choisissent même de fuir leur lieu de travail pour échapper à ce qu’ils considèrent comme des abus.

Face à cette réalité, le syndicaliste Fayzal Ally Beegun propose une réforme ambitieuse : la création d’un ministère entièrement consacré aux travailleurs étrangers. Selon lui, la croissance constante de cette population justifie une nouvelle approche institutionnelle. «Ce serait une bonne idée de retirer ce secteur spécifique de la Victoria House pour le mettre dans un autre bâtiment», avance-t-il. Il estime que le gouvernement qui sera en place pourrait reprendre cette proposition après les élections générales de 2029.

Pour le syndicaliste, la nomination d’un ministre chargé exclusivement des travailleurs étrangers permettrait d’améliorer le suivi de leurs dossiers tout en allégeant la charge du ministère du Travail. «Le ministre du Travail s’occupe déjà de plus de 500 000 travailleurs mauriciens. Or, la population étrangère pourrait atteindre les 100 000 personnes, voire davantage, dans un avenir proche», souligne-t-il.

Une structure centralisée pour mieux encadrer les expatriés*

Fayzal Ally Beegun estime que plusieurs services actuellement dispersés pourraient être regroupés sous une même entité. Il cite notamment la Special Migrant Unit ainsi que la Dormitory Unit, chargée de surveiller les conditions d’hébergement des travailleurs étrangers. Selon lui, un ministère dédié permettrait également à Maurice d’améliorer son image sur la scène internationale.

La question de l’exploitation des travailleurs étrangers est en effet régulièrement soulevée dans le rapport annuel sur la traite des personnes publié par le Département d’État américain. Ces évaluations mettent souvent en lumière la nécessité pour les autorités mauriciennes de renforcer la surveillance du marché du travail et les mécanismes de protection des travailleurs migrants.

Le syndicaliste considère qu’une telle réforme démontrerait la volonté du pays de mieux prendre en charge cette population devenue essentielle à plusieurs secteurs économiques. Il rappelle d’ailleurs que le recours à la main-d’œuvre étrangère est aujourd’hui une réalité mondiale. «Les pays arabes comptent des millions de travailleurs étrangers, tout comme plusieurs pays européens ou asiatiques», fait-il ressortir.

Selon lui, certains métiers peinent désormais à attirer la main-d’œuvre locale. Il cite notamment les postes de machinistes dans la zone franche, certains emplois dans les boulangeries ou encore les horaires de travail en soirée qui ne correspondent plus aux attentes des Mauriciens. «Ce n’est pas que les Mauriciens ne veulent pas travailler. Ils ne veulent simplement plus exercer certains métiers ou travailler dans certaines conditions», explique-t-il.

Avec l’ouverture croissante des frontières professionnelles et les initiatives de recrutement menées par l’Economic Development Board auprès de travailleurs indiens et d’autres nationalités, Fayzal Ally Beegun estime que la création d’un ministère spécialisé devient encore plus pertinente. Cette structure pourrait également prendre en charge les étudiants étrangers, les sportifs professionnels expatriés, ainsi que les nombreux travailleurs employés dans les cliniques privées et les établissements de santé.

Elle deviendrait l’interlocuteur privilégié des ambassades concernées et des pays fournisseurs de main-d’œuvre. «Ce serait un pas de plus dans le paysage local», conclut le syndicaliste, qui espère voir cette proposition figurer un jour parmi les priorités d’un futur gouvernement.


La NHRC dénonce les risques d’expulsion des travailleurs migrants séropositifs

La Commission nationale des droits humains (NHRC) tire la sonnette d’alarme concernant la situation de certains travailleurs migrants à Maurice. Dans un communiqué, elle indique avoir été informée que plusieurs d’entre eux risquent l’expulsion après avoir été déclarés séropositifs lors des examens médicaux obligatoires exigés pour l’obtention ou le renouvellement de leur permis de résidence et de travail. La NHRC souligne que cette pratique s’appuie sur l’article 5(1)(a) de l’Immigration Act, qui interdit à un non-citoyen souffrant d’une maladie infectieuse, contagieuse ou transmissible d’être admis ou autorisé à demeurer à Maurice, sauf autorisation écrite du Premier ministre.

Toutefois, la Commission estime que cette disposition est en contradiction avec l’article 3(1) de la HIV and AIDS Act 2006. Cette loi prévoit qu’une personne vivant avec le VIH ou atteinte du sida ne doit pas être considérée comme ayant une incapacité et que son statut sérologique ne peut servir de motif de discrimination.

La NHRC rappelle également les engagements internationaux de Maurice, notamment la Déclaration d’engagement sur le VIH/sida adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 2001.

Elle cite aussi un jugement de référence de la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire Kiyutin v. Russia, où le retrait d’un permis de résidence fondé uniquement sur le statut sérologique d’un individu a été jugé discriminatoire. La Cour avait alors estimé que la seule présence de migrants séropositifs dans un pays ne constitue pas, en soi, une menace pour la santé publique.

Face à cette situation, la NHRC exhorte les autorités concernées à prendre des mesures correctives urgentes afin d’harmoniser les pratiques avec les principes de non-discrimination et de mettre fin aux préjudices et à la détresse subis par les travailleurs migrants concernés.

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