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Secteur manufacturier
Entre fermetures d’usines et délocalisations, les syndicats s’inquiètent pour l’avenir
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Secteur manufacturier
Entre fermetures d’usines et délocalisations, les syndicats s’inquiètent pour l’avenir
■ Longtemps moteur de l’économie, le secteur manufacturier fait aujourd’hui face à des défis majeurs liés à la concurrence internationale, à la transformation technologique et à la préservation des emplois.
Après Star Knitwear, c’est désormais l’avenir des employés de World Knits, sous administration volontaire, qui préoccupe. Dans le même temps, une autre usine située à La Tour Koenig aurait fait savoir qu’elle envisage une réduction de ses effectifs en raison d’un manque de commandes. Des signaux qui alimentent les craintes quant à l’avenir du secteur manufacturier, longtemps considéré comme l’un des piliers de l’économie nationale.
Hier, plusieurs employés de World Knits se sont rendus devant la Victoria House, siège du ministère du Travail, afin de faire entendre leurs inquiétudes. Pour eux, la situation rappelle d’autres épisodes douloureux ayant marqué le secteur textile ces dernières années, avec des entreprises autrefois prospères contraintes de cesser leurs activités.
Pour Reeaz Chuttoo, président de la Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP), la situation actuelle s’explique par les profondes mutations que connaît le secteur manufacturier. Il distingue deux réalités différentes.
D’un côté, l’industrie de masse tournée vers l’exportation, notamment la zone franche, qui demeure une source importante de devises pour le pays. Selon lui, cette industrie a largement bénéficié des politiques gouvernementales successives mais repose aujourd’hui essentiellement sur une main-d’œuvre étrangère. «Depuis quelques années, une partie importante de l’activité textile se délocalise vers Madagascar, même si certaines maisonsmères restent à Maurice», affirme-t-il. Il s’interroge également sur l’impact réel de ces délocalisations sur les revenus générés pour l’économie du pays.
De l’autre, se trouve un secteur manufacturier davantage orienté vers la transformation et le marché local. Pour Reeaz Chuttoo, l’avenir passera par des activités à plus forte valeur ajoutée, intégrant davantage de technologie, de robotisation et de digitalisation. «Nous sommes passés progressivement d’une économie industrielle durable à une économie basée sur la connaissance. L’avenir sera davantage axé sur les produits à haute valeur ajoutée», estime-t-il.
Cependant, cette transition soulève des interrogations concernant l’emploi. Le syndicaliste rappelle que plusieurs travailleurs ayant perdu leur emploi dans la zone franche ne souhaitent plus retourner dans ce secteur. «Beaucoup gardent un mauvais souvenir de leur expérience. Certains attendent toujours le remboursement de contributions prélevées sur leurs salaires», soutient-il.
Reeaz Chuttoo souligne également que la baisse apparente du chômage ne reflète pas nécessairement une amélioration du marché de l’emploi. «La population active diminue et de nombreux jeunes quittent le pays à la recherche de meilleures opportunités», affirme-t-il.
Le syndicaliste Fayzal Ally Beegun partage ses inquiétudes. Il rappelle qu’il y a une cinquantaine d’années, l’industrie textile employait environ 115 000 travailleurs mauriciens. Selon lui, la fermeture progressive des usines est liée à une stratégie de délocalisation vers des pays aux coûts de production plus faibles. «Avec le salaire minimum pratiqué à Maurice, certaines entreprises peuvent employer plusieurs travailleurs au Bangladesh ou à Madagascar pour le même coût», explique-t-il. Il déplore que des entreprises ayant bénéficié d’aides publiques aient ensuite choisi d’investir à l’étranger.
Fayzal Ally Beegun remet également en question certains arguments avancés pour expliquer les difficultés du secteur. Selon lui, la demande mondiale pour les vêtements demeure présente. Il appelle les autorités à enquêter sur d’éventuelles pratiques de sous-traitance à l’étranger pour des produits commercialisés en «Made in Mauritius». Le syndicaliste critique également le Workfare Programme, estimant que l’aide accordée aux travailleurs licenciés s’avère insuffisante au fil des mois, particulièrement pour les employés âgés de plus de 50 ans qui peinent à retrouver un emploi.
Pour le syndicaliste Atma Shanto, la situation actuelle reflète un malaise plus profond. «Les travailleurs ont contribué à créer la richesse du pays, mais aujourd’hui ce sont eux qui se retrouvent sur le pavé», déplore-t-il.
Alors que les restructurations, les fermetures et les délocalisations se multiplient, une question demeure : quelle place restera-t-il demain pour les travailleurs maur iciens dans un secteur manufacturier en pleine mutation ?
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