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Défis de l’été
Électricité et eau sous pression
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Défis de l’été
Électricité et eau sous pression
■ Face aux enjeux liés à l’eau et à la demande croissante en électricité, plusieurs mesures sont mises en place, dont un «Energy Alert Warning System» du CEB basé sur un code couleur et un Plan Marshall pour la distribution de l’eau. Photo d'illustration.
Le 5 février dernier, durant l’été, Maurice enregistrait un record avec une demande en électricité atteignant 567,9 mégawatts, alors que la capacité installée n’était que de 626 mégawatts. Dès le mois suivant, cette demande a continué à croître, atteignant près de 600 mégawatts à certains moments. La chaleur persistante, qui a entraîné une utilisation intensive des climatiseurs, a aggravé la situation électrique. Les pannes successives sur les machines des producteurs indépendants d’électricité (IPP), le vieillissement des turbines du Central Electricity Board (CEB) et les maintenances en cours, qui ont réduit le nombre de machines disponibles, ont rendu le système de plus en plus fragile. La pression sur le réseau s’est particulièrement ressentie entre 18 h et 21 h, heures où la consommation est la plus élevée.
Pour l’été à venir, la consommation d’électricité est estimée entre 590 et 600 mégawatts, alors que la capacité totale disponible est de 660 mégawatts, laissant peu de marge pour les imprévus. Alors que la chaleur commence à se faire ressentir, le CEB a dû faire face à la panne de deux moteurs le 3 octobre.
Face à cette demande croissante, le parc énergétique national, largement dépendant de machines vieillissantes, montre des signes de vulnérabilité. La gestion du réseau pendant les heures de pointe représente un véritable défi pour les autorités. La capacité du réseau est plus importante pendant la journée grâce à la production solaire. La nuit, en l’absence de cette production, elle diminue, mettant en évidence certaines vulnérabilités et soulignant l’importance d’une gestion rigoureuse de la consommation.
Pour anticiper cette situation et assurer la sécurité énergétique, le ministère de l’Énergie a accéléré la mise en œuvre d’une stratégie à plusieurs volets, combinant solutions d’urgence, projets de transition et investissements durables. La gestion de la demande d’électricité durant les heures de pointe a été au centre d’un atelier organisé par Business Mauritius en collaboration avec le CEB, le 22 septembre dernier. Cette rencontre a rassemblé acteurs publics et privés engagés dans la transition et l’efficacité énergétique afin de réfléchir aux meilleures stratégies pour maîtriser la consommation en période de forte demande. Car lorsque la demande excède la capacité disponible, les moteurs du réseau subissent une forte pression, ce qui peut provoquer des coupures d’électricité. Pour atténuer ces risques, plusieurs pistes sont envisagées. La première repose sur le load shifting, qui consiste à décaler une partie de la consommation vers les heures creuses. Une autre option est le load sharing, soit la répartition de l’énergie entre zones urbaines et régionales, bien que cette mesure soit considérée comme un dernier recours en raison de ses contraintes et de ses impacts sur les consommateurs. L’optimisation du réseau reste une solution prioritaire pour améliorer la résilience du système.
Face à ces enjeux, les autorités insistent sur la nécessité d’une consommation responsable. Le conseil des ministres a avalisé le 3 octobre une campagne d’économie et d’efficacité énergétique. L’objectif est de limiter la consommation durant les pics et d’éviter toute pénurie. Le plan de sensibilisation, conçu par l’Energy Efficiency Management Office et le CEB, combine plusieurs actions telles que campagnes télévisées, radiophoniques et numériques, diffusion de messages sur les réseaux sociaux, clips éducatifs et partenariats avec différents acteurs. Des actions de proximité dans les centres commerciaux, des messages audios dans les transports publics et des SMS envoyés aux abonnés en cas de forte pression sur le réseau complètent cette initiative.
Parallèlement, le CEB met en place un Energy Alert Warning System, inspiré du système d’alerte cyclonique. Basé sur un code couleur – vert, jaune et rouge – ce dispositif informera la population en temps réel afin d’inciter à réduire volontairement sa consommation lorsque la marge de réserve devient critique.
Les autorités planchent sur plusieurs moyens de gestion de la demande afin de renforcer la résilience du réseau et de mieux préparer le pays aux pics de consommation durant l’été.
Eau
Après l’électricité, la question de l’eau s’impose également comme une préoccupation majeure à la suite de la période de sécheresse connue cette année, marquée par une baisse significative du niveau des réservoirs et des pertes dans le secteur agricole, obligeant les autorités à renforcer la gestion de l’eau dès le mois de janvier. En février, le taux de remplissage des réservoirs avait chuté sous les 40 %. La situation a commencé à s’améliorer en avril, avec un taux approchant les 50 %, pour dépasser les 70 % en mai.
Même si le taux de remplissage au 30 septembre est encourageant, à 90 % contre 66,4 % l’an dernier, la CWA se prépare pour garantir un approvisionnement stable. De plus, le ministre de l’Énergie et des services publics, Patrick Assirvaden, a annoncé, le 2 octobre, son intention de présenter au Conseil des ministres un Plan Marshall visant à résoudre les problèmes immédiats liés à l’eau et à y apporter des solutions. Dans cette optique, la construction de mini-barrages est envisagée. Ces structures sont conçues pour retenir l’eau et sont équipées de systèmes de gestion pour réguler les débits et les niveaux d’eau, adaptant la retenue à la saison. Le ministre a abordé ce projet lors de l’évaluation du nouveau système de filtre à pression conteneurisé (CPF) mobile installé à Beau-Songes.
Ce système améliorera le pompage et le traitement de l’eau, augmentant ainsi l’approvisionnement du réservoir et garantissant une distribution d’eau plus stable dans des zones comme Cascavelle, Bambous, Albion et certaines parties de Flic-en-Flac. Le CPF de BeauSonges devrait produire 2 000 m³ d’eau supplémentaires par jour, assurant ainsi un approvisionnement stable pendant les périodes de faibles apports. Des filtres à pression pompent l’eau des rivières et des lacs, entre autres, et la restituent au réseau de la Central Water Authority (CWA) tout en la filtrant conformément aux normes requises.
Patrick Assirvaden a souligné la stratégie de la CWA visant à exploiter les ressources en eau sous-exploitées grâce au forage et à la récupération des eaux de ruissellement. Il a indiqué qu’il existe actuellement 55 systèmes CPF opérationnels dans tout le pays et que 15 autres seront installés dans les régions en situation de stress hydrique. Le prix d’un CPF varie entre 25 et 30 millions de roupies a affirmé le ministre
Le ministre a souligné son engagement à assurer un approvisionnement en eau équilibré pour tous les secteurs et a mentionné un Pipe Replacement Programme transparent et financé par l’Inde. La CWA a effectivement reçu une ligne de crédit de Rs 2,6 milliards de l’Inde pour remplacer 100 km de tuyaux usés à travers toutes les régions du pays. Questionné sur l’enquête de la Financial Crimes Commission qui vise la CWA, le ministre a dit que «cette fois tout se passera dans la transparence».
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