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Audit 2026
Économie bleue : le secteur de la pêche dans de sales draps
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Audit 2026
Économie bleue : le secteur de la pêche dans de sales draps
Plusieurs initiatives visant l’exploitation des ressources marines et le développement du secteur des pêches accusent des retards, malgré les ambitions affichées ces dernières années, indique le dernier rapport de l’Audit.
Plusieurs initiatives visant l’exploitation des ressources marines et le développement du secteur des pêches accusent des retards, malgré les ambitions affichées ces dernières années, indique le dernier rapport de l’Audit. Ces constats contrastent avec les objectifs fixés depuis 2013 dans l’Ocean Economy Roadmap. Celle-ci avait identifié la cartographie et l’inventaire des ressources marines comme une priorité à long terme afin de mieux comprendre les écosystèmes et valoriser les organismes présents dans la zone économique exclusive (ZEE), notamment dans le domaine de la biotechnologie marine.
Dans cette optique, une expédition exploratoire a été menée du 19 mai au 10 juin 2025 à bord d’un navire de recherche du Norwegian Institute of Marine Research. Cette mission a permis de cartographier certaines zones encore inexplorées, d’évaluer les habitats des fonds marins, et de collecter des données biologiques et océanographiques. Les résultats ont mis en évidence une biodiversité importante, avec plus de dix espèces de poissons potentiellement non décrites et une trentaine nouvellement recensée.
Malgré ces avancées, le rapport souligne que plusieurs mesures annoncées n’ont pas été concrétisées. Le Budget 2021-2022 prévoyait notamment le recours à l’exploratory fishing pour exploiter les ressources inexploitées de la ZEE. En 2022, les autorités avaient convenu d’attribuer des Exploratory Licences via un processus d’Expression of Interest, avec un cadre réglementaire déjà en place. Le Budget 2023-2024 mentionnait également l’octroi de ces licences à des entreprises intéressées.
Cependant, selon le rapport, ce processus n’a pas été finalisé. En conséquence, les ressources concernées restent inexploitées, entraînant des opportunités économiques manquées. Ce retard est attribué à un manque d’expertise ainsi qu’à l’absence d’un plan opérationnel détaillé.
Le rapport met également en lumière des lacunes importantes en matière de gestion et de suivi. Le ministère opérait sans Fisheries Information System, opérationnel depuis 2016, après l’abandon du système Mauritius Catch Assessment Survey. Un projet de nouveau système basé sur Calipseo, en collaboration avec la Food and Agriculture Organisation, n’a pas abouti, notamment en raison du manque de personnel pour la collecte des données.
De plus, aucun Fisheries Management Plan actualisé n’a été élaboré, comme le prévoit pourtant la Fisheries Act 2023. Le plan de 2012 n’a été que partiellement mis en œuvre et n’a pas été révisé, ce qui a créé un manque de planification stratégique dans la gestion des pêches.
En ce qui concerne le Maximum Sustainable Yield (MSY), les données officielles n’ont pas été mises à jour faute d’une évaluation récente des stocks. Les captures réelles des bancs entre 2022 et 2025 sont restées inférieures à 50 % du MSY tel qu’il avait été déterminé lors de la dernière estimation officielle. Toutefois, aucune analyse approfondie n’a encore été réalisée pour expliquer cette faible exploitation : il reste incertain si cela résulte d’une surpêche passée, d’une diminution des stocks ou d’un effort de pêche insuffisant.
Production locale insuffisante
D’ailleurs, les données sur la production et le commerce des produits de la mer illustrent également les limites du secteur. Sur les années financières 2022-2023 et 2024-2025, les captures totales se situent entre environ 31 600 et 38 100 tonnes, contre des importations comprises entre 131 000 et 143 000 tonnes. Ainsi, les prises locales ne représentent en moyenne qu’environ 20,7 % du total des produits de la mer disponibles, traduisant une forte dépendance aux importations pour satisfaire la consommation nationale.
Le rapport souligne en outre que les données disponibles restent incomplètes et peu fiables. Les captures issues de la pêche côtière ne sont pas entièrement comptabilisées et reposent en partie sur des estimations. De plus, le suivi n’est pas assuré dans l’ensemble des 61 sites de débarquement, où l’enregistrement des prises n’est plus effectué depuis février 2023.
S’agissant de la demande, aucune évaluation récente n’a été réalisée, bien qu’une enquête menée en 2013 dans le cadre du programme FAO-Smartfish indiquait une consommation moyenne d’environ 40 kilos de poisson et de produits de la mer par habitant et par an. L’absence de données actualisées rend difficile toute planification précise des besoins du marché local.
Par ailleurs, la lutte contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (IUU) présente également des défis, selon le rapport de l’Audit, et peut notamment entraîner une surexploitation des stocks. Depuis 2020, aucun observateur à bord n’est en activité et des lacunes ont été relevées dans les systèmes de suivi, notamment le Vessel Monitoring System (VMS), ainsi que dans les cadres réglementaires et les bases de données.
Pour sa part, le ministère indique que des recherches supplémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre les ressources halieutiques et établir une base de référence. La production locale reste insuffisante pour répondre à la demande, l’aquaculture progressant lentement, et des mesures sont envisagées pour augmenter la production. Le ministère reconnaît également les défis liés à l’IUU : les navires éteignant volontairement leur transpondeur ne peuvent être détectés. La surveillance et le contrôle sont assurés par le ministère, en coopération avec la National Coast Guard, mais les moyens restent limités. Le VMS et l’Electronic Reporting System sont désormais alignés sur la Fisheries Act 2023, le National Action Plan est en cours de mise à jour et les recommandations de l’European Union Directorate General for Maritime Affairs and Fisheries sont suivies régulièrement.
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