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Affaire Sattar Hajee Abdoula
Des contrats de «non-performing loans» des clients de la SBM chez Grant Thornton
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Affaire Sattar Hajee Abdoula
Des contrats de «non-performing loans» des clients de la SBM chez Grant Thornton
■ Sattar Hajee Abdoula, au cœur de prêts toxiques, contrats publics et entreprises sous administration.
Lors d’une perquisition menée récemment dans les bureaux de Grant Thornton à Ebène, les enquêteurs de la Financial Crimes Commission (FCC) ont trouvé des documents sensibles, dont une liste de clients de la State Bank of Mauritius (SBM), détenteurs de prêts toxiques, autrement dit des clients en défaut de paiement.
Lorsque le Premier ministre Navin Ramgoolam a pris la parole au Parlement le 6 mai, l’hémicycle ne s’attendait pas à ce qui allait suivre. En dévoilant que plus de Rs 287, 2 millions avaient été versées entre 2015 et 2024 à Sattar Hajee Abdoula, pilier de la firme Grant Thornton, il a déclenché une onde de choc.
Au-delà des chiffres officiels et les contrats publics, une autre réalité semble se profiler : un réseau où mandats lucratifs, clients bancaires insolvables et décisions d’administrations volontaires semblent s’entrecroiser dans un même couloir, parfois sans contrepouvoir ni transparence. Ce n’est pas un simple dossier : c’est une plongée dans les tiroirs secrets des finances de Sattar Hajee Abdoula.
Un système qui prospère dans les angles morts
Le Premier ministre a détaillé une accumulation de mandats et d’honoraires défiant les standards habituels de la gestion publique :
• Rs 37,3 millions pour avoir occupé la présidence de la SBM Holdings entre 2020 et 2024.
• Rs 21,7 millions issus de 13 entreprises en détresse, liées à MauBank.
• Rs 141 millions pour l’administration volontaire d’Air Mauritius.
• Rs 5 millions pour Airmate Ltd.
• Rs 2,2 millions pour la commission d’enquête sur Britam.
• Rs 79,6 millions provenant d’entités publiques, dont Rs 28 millions de la SBM.
Des opérations effectuées sous l’ancien gouvernement. «Il n’y aura pas de get out of jail free card», a martelé Navin Ramgoolam, évoquant de potentiels conflits d’intérêts et de possibles irrégularités.
SBM Holdings : une présidence stratégique, un carrefour de décisions
En 2020, au moment où Sattar Hajee Abdoula a pris les rênes du conseil d’administration de la SBM Holdings, il a en parallèle et pendant cinq ans également opéré plusieurs fonctions dans le secteur bancaire. Il a perçu Rs 16,6 millions en tant que président et membre de comités et Rs 20,7 millions tant qu’administrateur de filiales de la banque. Sa position lui a conféré un accès privilégié à l’ensemble des dossiers en difficulté. Plusieurs cadres évoquent aujourd’hui un croisement problématique entre :
• Les décisions prises au niveau de la SBM Holdings.
• Les mandats obtenus par Grant Thornton dans des entreprises insolvables.
• Un schéma qui, s’il se confirme, ferait voler en éclats la notion de séparation entre fonctions publiques et intérêts privés.
• Insolvabilité : une concentration de mandats jamais vue. Entre 2015 et 2024, Grant Thornton (Advisory Services) Ltd a été désignée dans 13 procédures d’insolvabilité touchant des entreprises liées à MauBank.
Cette accumulation de mandats dans les mains d’une seule entité pose la question fondamentale de la concurrence, du contrôle et de la sélection des administrateurs.
Le Premier ministre Navin Ramgoolam a résumé le problème en une phrase devenue virale : «La main droite versant de l’argent à la main gauche de la même personne.»
Air Mauritius : l’administration volontaire qui interroge
Lorsque la compagnie nationale a été placée sous administration volontaire en 2020, les projecteurs se sont aussitôt braqués sur les coûts. La facture finale – Rs 141 millions– demeure l’une des plus controversées de l’histoire des entreprises publiques. Plusieurs acteurs du secteur aérien s’interrogent :
• Pourquoi un montant aussi élevé ?
• Les prestations étaient-elles proportionnelles à la charge réelle ?
• Les procédures ont-elles respecté les normes internationales ?
• La filiale Airmate Ltd a ajouté Rs 5millions supplémentaires à l’équation.
• La zone offshore : un vieux dossier qui refait surface
Les révélations du Premier ministre remettent également en lumière Sattar Hajee Abdoula, mentionné dans les Pandora Papers en 2021. Il était associé à Regula Ltd, une société enregistrée aux Îles Vierges britanniques et citée dans des enquêtes européennes sur des pratiques d’évasion fiscale.
En 2017, le gouvernement de Pravind Kumar Jugnauth a désigné Sattar Hajee Abdoula comme assesseur au sein de la commission chargée d’examiner la cession des actions de la British American Insurance dans Britam Holdings Ltd au Kenya. Cette mission lui a valu une rémunération de Rs 2,2 millions.
Navin Ramgoolam a affirmé avoir la responsabilité de «restaurer la confiance dans les institutions et d’assurer une rupture réelle avec les pratiques opaques du passé».
L’enquête en cours dessine les contours d’un système où des décisions bancaires, mandats publics, procédures d’insolvabilité et intérêts privés auraient pu fonctionner en vase clos, hors de toute surveillance réelle.
La question n’est plus seulement de savoir qui a bénéficié du système mais comment ce système a pu se maintenir, parfois pendant près d’une décennie, dans les zones grises de la finance mauricienne.
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