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Questions à Vincent Graczyk
Cyclisme : «Donner la meilleure des préparations en vue des objectifs importants»
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Questions à Vincent Graczyk
Cyclisme : «Donner la meilleure des préparations en vue des objectifs importants»
Les Championnats du Monde tenus au Rwanda du 21 au 28 septembre ont été une étape d’apprentissage pour les cyclistes mauriciens. Entre les espoirs contrariés de Kimberley Le Court-Pienaar, les ennuis de santé des juniors et les efforts consentis pour placer l’équipe dans les meilleures conditions, l’entraîneur national Vincent Graczyk livre un regard lucide et sans complaisance. Entre déception mesurée et élan de renouveau, il trace les contours d’un avenir plus structuré pour la sélection mauricienne.
Quel regard portezvous sur la prestation globale de la sélection mauricienne aux Championnats du Monde à Kigali ?
Il y a quand même un peu de déception. La prestation globale a été plutôt moyenne, voire pas au niveau estimé. Nos attentes étaient d’aller chercher le titre avec Kim (Le Court-Pienaar dans la course en ligne féminine) qui avait les capacités pour. Étant esseulée, n’ayant pas de coéquipières, elle devait faire le jeu des équipes fortement représentées comme l’Italie, les Pays-Bas et surtout la France. Tactiquement, la France n’a pas bien joué le coup et Kim en a subi les conséquences. Elle a fait seule un retour sur la situation mais a malheureusement eu un début de crampe dans l’avant-dernière bosse, ce qui l’a empêchée d’aller jouer le titre en compagnie de la Suissesse Marlen Reusser qui est une grosse rouleuse. On peut penser qu’à deux, elles auraient pu revenir sur les talons des échappées pour jouer le titre. Mais on ne va pas refaire la course. Il y a de la déception pour Kim qui espérait mieux.
L’attente était aussi portée sur les juniors, notamment Tristan (Hardy) avec la saison qu’il a faite en France. On n’espérait pas le titre mais qu’il soit partie prenante de la bagarre. Les trois (Tristan, Juliano Ndriamanampy et Henri Rouillard) ont été victimes de problèmes gastriques qui les ont pénalisés et annihilé leurs chances de bien figurer.
Quels enseignements principaux tirez-vous de cette expérience collective ?
On a mis les coureurs dans les meilleures dispositions possibles pour ces Championnats du Monde. On n’a pas lésiné sur les moyens. Les trois juniors étaient entre les mains de l’Union cycliste internationale (UCI) et nous ont rejoints déjà affaiblis dans notre logement à Kigali. On ne pouvait pas maîtriser leur situation mais pour le reste, tout a été fait du mieux possible. Chez les hommes, on a eu une bonne préparation avec le Grand Prix Chantal Biya au Cameroun. C’était la meilleure préparation pour arriver au top aux Mondiaux. Alex (Mayer) peut être satisfait de sa prestation sur un circuit aussi dur. Maintenant qu’il est professionnel, il va franchir des paliers. Il va progresser de course en course l’année prochaine. Kim était très bien entourée. Le nécessaire a été fait pour que son staff soit présent.
On a fait de bonnes choses. Peut-être que l’on pourrait être meilleur dans le relais mixte en essayant de regrouper nos coureurs mais le souci est qu’ils sont éparpillés. C’est compliqué de les réunir pour préparer cette échéance. Mais la force de Maurice c’est sa cohésion. Les coureurs sont contents d’être réunis. Ils se donnent à fond pour leur pays.
Parlons des trois juniors. Tristan Hardy et Henri Rouillard ont souffert de problèmes intestinaux. Qu’est-ce qui peut être fait pour que ce genre de problèmes ne se répète pas à l’avenir ?
C’est une chose que l’on ne pouvait pas maîtriser pour les juniors parce qu’ils étaient sous la responsabilité de l’UCI. Ils ont rejoint le reste de l’équipe dans l’appart-hôtel que nous avions loué à la veille de la compétition. Et là, nous avions le contrôle sur la nourriture que l’on préparait. Les trois juniors sont arrivés affaiblis et on a tout fait pour les soigner mais malheureusement ils n’ont pas pu retrouver leurs forces pour être à 100 % de leurs moyens.
S’agissant de Juliano Ndriamanampy, il a effectué de nombreux stages ces dernières années à l’étranger mais il n’a pu soutenir la comparaison lors de la course en ligne. Que doit-il faire pour changer cet état de choses ?
Je ne connais Juliano que depuis quelques mois. J’ai eu la chance de le rencontrer lorsque j’ai encadré le stage des juniors et espoirs en avril-mai à Gomené. On était sur le même site que l’UCI. Je me suis tout de suite rendu compte que quelque chose n’allait pas. Ce n’est pas pour dire du mal de l’UCI mais les coureurs espoirs et les juniors avaient le même calendrier. En terme de progression, un espoir a 2 ans à plus de 20 000 km dans les jambes alors que les juniors sortent juste de leur 2e année cadet. Il y a eu une mauvaise gestion de son entraînement et de son calendrier de compétitions. Juliano n’a jamais pu souffler sauf lors de son passage à Maurice pour les championnats nationaux. Il faisait toutes les semaines des courses de première catégorie ou des épreuves élite et quand on connaît le niveau des coureurs en Bretagne, on se rend compte que c’est dur. Pour moi, Juliano a été un peu broyé et maintenant, il a besoin de récupérer. Ensuite, il aura d’autres échéances à préparer. Il sait qu’il doit faire une bonne coupure pour digérer tout ça. Il ne faut pas qu’il fasse la même saison et il est essentiel qu’il ait des plages de récupération. Il faut qu’il ait des courses de préparation et des courses d’objectif et pas tous les week-ends être au charbon à tirer sur son potentiel.
Comment évaluez-vous la prestation de William Piat face à ce niveau de concurrence chez les moins de 23 ans ?
William Piat n’était clairement pas à son niveau. Il faut rappeler qu’il a chuté à 80 km/h sur la dernière étape du Grand Prix Chantal Biya Il fallait qu’il se remette de deux grosses blessures notamment à la fesse qui l’empêchaient de marcher et de pédaler. En si peu de temps, ce n’était pas possible. Il a fait quatre jours sans vélo. Ce n’était pas la meilleure préparation pour les Mondiaux. Il lui manquait des courses dans les jambes quand il est arrivé au Grand Prix Chantal Biya et il n’était pas à son meilleur niveau. On va le suivre de près car son potentiel est avéré. Il peut faire de meilleures choses à l’avenir.
Quelles lacunes spécifiques (physiques, tactiques, techniques) ces Mondiaux ont-ils mis en lumière pour l’ensemble du groupe ?
Nos juniors étaient dans de bonnes dispositions par rapport au calendrier de courses qu’ils avaient puis une bonne adaptation à l’altitude car ils se trouvaient à Kigali depuis début septembre. Il n’y avait pas de problématique majeure.
Pour le reste, on a Alex (Mayer) qui va rouler chez les professionnels et qui donc va avoir de bonnes plages de récupération et faire des stages en altitude. Il ne manquera de rien. Pour Aurélien (de Comarmond), c’est la même chose.
Par contre, pour Aurélie (Halbwachs-Lincoln), le souci est qu’elle doit se contenter de s’entraîner. Elle a eu très peu de compétitions à se mettre sous la dent en 2025. Globalement, ce qui a manqué à nos jeunes qui ne sont pas dans des équipes à l’étranger c’est un grand calendrier avec des courses importantes et de la concurrence. Il leur faudrait aussi plus de stages ponctués de compétitions, ce qui leur permettrait de prendre de la caisse. A Maurice, ils se retrouvent depuis des années avec la même concurrence.
Quelles seront les priorités dans la préparation et le calendrier de compétitions pour les mois à venir ?
La priorité c’est de donner la meilleure des préparations en vue des courses désignées par la fédération comme des objectifs importants. On ne va pas aligner des coureurs juste pour montrer que l’on est présent. On préfère renoncer à certaines échéances si les conditions ne sont pas réunies pour réaliser une bonne performance. On ne va pas dépenser de l’argent pour rien. On attend le calendrier des rendez-vous importants comme les championnats d’Afrique et le Tour de Maurice 2026 pour mettre en place un programme cohérent autour. On fera alors des courses de préparation pour que les coureurs soient dans les meilleures dispositions.
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