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Dr Peter Liu : Partir et revenir pour contribuer au pays
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Portrait
Dr Peter Liu : Partir et revenir pour contribuer au pays
Dr Peter Liu, Spécialiste en neuroradiologie et en radiologies musculo-squelettique et abdomino-pelvienne. Photo: Rishi Etwaroo.
Le Dr Peter Liu, est né de parents mauriciens, qui ont émigré au Canada. Le jour du grand départ, en regardant les montagnes, il s’est dit qu’un jour, il reviendrait s’installer dans l’île. Depuis deux ans, il fait la navette entre Toronto et Maurice, mettant son expertise de radiologue spécialisé en neuroradiologie, en radiologies musculosquelettique et abdomino-pelvienne au service de la clinique Premium Care, à Phoenix.
Ce fils unique, qui a deux sœurs, est né à Liverpool au temps où son père, le Mauricien Shinmen Liu y faisait ses études de médecine. Ce dernier, marié à Madeleine Ah Lee Pat Fong, n’a pas choisi la voie facile car il a opté pour deux spécialités médicales, soit l’anesthésie et la chirurgie, fait rare pour l’époque et même maintenant.
La famille Liu est certes revenue à Maurice et Peter Liu a passé ses premières années entre Port-Louis et Beau-Bassin. Il a même été admis en Form I au Collège du Saint-Esprit jusqu’à ce que ses parents décident d’émigrer au Canada. Peter Liu n’oublie pas que le jour de son départ, en contemplant la montagne Le Pouce pour la dernière fois, il n’a pu s’empêcher de se dire qu’un jour, il reviendrait s’installer dans l’île.
La famille Liu a posé ses valises à Toronto. Peter Liu a fait ses études secondaires à Winnipeg avant d’opter pour la médecine comme filière d’études supérieures. Ce qui n’a pas manqué de plaire à son père. «Plusieurs facteurs m’ont orienté vers la médecine. Ayant vu mon père à l’œuvre, je trouvais qu’être médecin était un métier très intéressant, avec un grand nombre de spécialités différentes à choisir. Une certaine émulation a aussi joué parmi mes amis du secondaire car nous étions cinq à six garçons à décider de faire des études supérieures en médecine.»
Influence des professeurs
C’est ainsi que Peter Liu se fait admettre dans une université de Winnipeg où il étudie la médecine générale pendant six ans. Ayant obtenu son diplôme, il choisit comme spécialité la radiologie, qu’il étudie pendant quatre ans dans une université d’Edmonton. La discipline est alors en plein développement avec l’avènement d’appareils d’imagerie sophistiqués comme le CT Scan et l’Imagerie à Résonance Magnétique.
Il explique pourquoi il a choisi la radiologie. «Il faut dire que les professeurs d’université ont une certaine influence sur les décisions que l’on prend. Et de toutes les disciplines de la médecine, je trouvais la radiologie intellectuellement stimulante. De plus, avec l’avènement de la médecine moderne, cette discipline est devenue la clé car elle aide à poser le diagnostic. Le radiologue est là pour interpréter ce que révèlent les images et confirmer la première suspicion du médecin. Sans ce diagnostic, il est difficile pour ce dernier de prescrire et de démarrer un traitement. Et en tant que médecins, nous voulons établir un diagnostic le plus tôt possible pour que les gens ne souffrent pas.»
C’est ainsi qu’il étudie la radiologie pendant quatre ans. Le Dr Liu opte aussi pour une année d’études supplémentaires afin de se spécialiser en radiologie pédiatrique. Il explique qu’en radiologie, il y a une douzaine de sous-spécialités et que les radiologues sont encouragés à se spécialiser dans plusieurs d’entre elles. «Dans un département de radiologie d’un hôpital canadien, il y a entre une vingtaine et une quarantaine de radiologues qui se sont spécialisés sur différentes parties du corps.»
En sus de la radiologie pédiatrique, il a choisi trois autres sous-spécialités, à savoir la neuroradiologie et les radiologies musculo-squelettique et abdomino-pelvienne. «Cela ne veut pas dire que je ne peux pas faire une mammographie, par exemple, mais il faut être à 100 % dédié à la sous-spécialité ou à celles qu’on a choisies.»
Ses études terminées, le Dr Liu a pris de l’emploi au Hospital for Sick Children de Toronto, qui se charge des cas pédiatriques les plus compliqués, tout en agissant comme Assistant professor auprès de l’université de Toronto. Il vit alors à 100 à l’heure, enseignant la radiologie à l’université et effectuant son service clinique à l’hôpital, tout en faisant de la recherche et en faisant publier ses résultats dans des publications médicales. «Faire de la recherche au sein d’une grande université implique qu’il faille annuellement publier trois articles issus des recherches. Je travaillais sept jours sur sept et je ne terminais pas ma journée quotidienne avant 21 heures.» Il vit à ce rythme pendant dix ans, jusqu’au jour où il s’interroge.
Ralentir la cadence
Il réalise qu’il doit lever un peu le pied de l’accélérateur et quitte tout pour rejoindre le Scarborough Hospital qui comprend entre 400 et 500 lits. Si les cas cliniques sont aussi importants qu’avant, la pression sur ses épaules est moindre car il n’a plus l’obligation d’enseigner la radiologie ni de faire des recherches et les publier. Il est rapidement nommé chef du département de radiologie dans cet hôpital.
Appelé à évoquer les cas les plus délicats qu’il a traités, il évoque trois cas de séparation de bébés siamois. «Dans deux des cas, les enfants étaient liés par le thorax et dans un cas, ils l’étaient par la tête. Ce sont des cas compliqués car il faut faire des examens pour voir où c’est possible de les séparer et comment le faire. Dans ces cas-là, la décision est entre les radiologues, les chirurgiens et les autres spécialistes. La planification, l’intervention chirurgicale proprement dite, les soins postopératoires et la rééducation font appel à plus de 20 spécialistes médicaux et chirurgicaux, ainsi qu’à du personnel infirmier et paramédical de soutien. Très peu d’hôpitaux dans le monde disposent des installations physiques et des équipements nécessaires, et sont en mesure de réunir une grande équipe de professionnels de santé et de personnel de soutien expérimentés pour réaliser la chirurgie complexe de séparation de jumeaux siamois. Parfois, il vous faut vérifier que le sang circule bien dans le foie car autrement, il faut faire une transplantation. La pression est forte lorsque le chirurgien se tourne vers vous en vous disant par exemple qu’il y a un foie qui attend d’être transplanté en Californie et si la transplantation est nécessaire dans le cas qui nous concerne. C’est une énorme responsabilité qui repose sur les épaules du radiologue. Il doit donner une réponse et le plus rapidement possible.»
Il est resté dix ans dans ce centre de soins général avant d’aller travailler pour un cabinet médical d’imagerie privé opérant en ambulatoire à Toronto. Cabinet qui a une antenne à Baltimore. L’avantage d’être connecté au système informatique fait qu’il était à même d’examiner les radios des patients à Baltimore en temps réel, tout en se trouvant à Toronto. «C’est ainsi en Amérique du Nord. Tant qu’on est dans le même système informatique hospitalier, on n’est pas obligé d’être sur place pour formuler un diagnostic, même si désormais au Canada, on ne peut le faire qu’en étant dans le même État.»
Le Dr Liu ne s’est jamais habitué au froid quasi-polaire canadien et à l’approche de l’âge de la retraite, il s’est dit qu’il serait agréable pour lui de fuir l’hiver canadien pour retrouver la chaleur de Maurice. Il pesait le pour et le contre d’une telle décision quand il a rencontré Joseph Tsang Man Kin, qui était de passage à Toronto. Ce dernier lui a parlé de la nécessité pour la diaspora mauricienne de regagner le pays et mettre son expertise au service de l’île. L’idée a fait son chemin dans la tête du Dr Liu.
Il a commencé par fuir la rigueur des hivers canadiens frôlant les quelque –40 °C pour venir passer quelques semaines à Maurice, puis deux à trois mois, se reposant à Mont-Choisy, lieu qu’il aime beaucoup. C’est au cours d’un de ses séjours qu’il a rencontré le Dr Dominique Lam Thuon Mine, neurologue, et un des deux cerveaux derrière la création de la Clinique Premium Care. Celui-ci a évoqué avec lui son projet de clinique et recherchait notamment un radiologue. Le Dr Lam a proposé au Dr Liu d’animer quotidiennement des consultations à Premium Care une fois que la clinique serait complétée. Cela a été le cas en janvier 2025. Le Dr Liu a accepté. «Même si j’aime beaucoup Mont-Choisy, j’aime aussi consacrer une partie de mes journées aux patients de la clinique Premium Care.»
Depuis l’ouverture de la clinique, il passe plus de temps à Maurice qu’à Toronto. Il s’est dit que l’idéal pour lui serait d’obtenir une autorisation de l’Economic Development Board (EDB) pour pouvoir acquérir un bien à son nom à Maurice. Il a soumis sa demande depuis 2024 et attend une réponse qu’il espère sera favorable.
L’apport de l’IA
Les équipements d’imagerie à Premium Care sont de dernier cri. «Le CT Scan de 128 barrettes c’est le standard dans un hôpital général canadien et c’est pareil pour l’IRM 1.5 Tesla. Pour une population de 1,2 million de Mauriciens, c’est très bien. Premium Care est équipé comme il faut. Je dois dire que lorsque le Dr Lam m’a parlé de son projet de clinique, j’étais dubitatif. Mais quand j’ai vu le résultat et le très haut niveau de qualité des soins et des équipements, je me suis dit qu’il a réussi. Il mérite des félicitations.»
Depuis les 25 dernières années, explique le Dr Liu, la radiologie a complètement changé. «Les équipements se modernisent et il y a aussi eu l’introduction de l’intelligence artificielle (IA). La manière dont l’IA reconstruit les images et la vitesse avec laquelle elle le fait, c’est fantastique. Au lieu d’avoir des images de qualité en deux minutes 30, avec l’IA, ce temps est réduit de moitié et cela compte beaucoup en arrière-plan. Parmi toutes les spécialités de la médecine, la radiologie est la discipline qui utilise le plus la technologie. Peut-être que d’ici cinq ans, l’IA pourra dépister certains cancers très précoces dans les poumons ou le sein mais elle ne remplacera jamais le radiologue.»
Le Dr Liu souhaite pouvoir continuer à faire le va-et-vient entre le Canada et Maurice.«À chaque fois que je reviens dans l’île et que je contemple les montagnes du Pouce ou du Lion, je me sens chez moi. J’espère pouvoir rester ici et mettre mon expertise à la portée des malades.» Un souhait totalement partagé…
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