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Accord sur les Chagos
Coup de tonnerre politique après la sortie fracassante de Trump
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Accord sur les Chagos
Coup de tonnerre politique après la sortie fracassante de Trump
Alors que le Diego Garcia Military Base and British Indian Ocean Territory Bill figurait, hier, à l’agenda de la Chambre des Communes pour l’étape cruciale de la consideration of Lords amendments, un élément extérieur est venu bouleverser le calendrier et la dynamique politique autour de l’accord sur les Chagos. Quelques heures avant l’ouverture des débats à Westminster, le président américain Donald Trump a publié un message incendiaire sur Truth Social, qualifiant le projet britannique de rétrocession de l’archipel à Maurice d’«act of GREAT STUPIDITY».
Dans ce message particulièrement virulent, Donald Trump s’en est pris directement au Royaume-Uni, accusé de vouloir «donner» l’île de Diego Garcia site d’une base militaire stratégique américano-britannique à Maurice «for no reason whatsoever». Selon lui, cette décision constituerait un signal de faiblesse majeur sur la scène internationale, observé de près par la Chine et la Russie, deux puissances qui, affirme-t-il, «ne reconnaissent que la force».
Le ton employé par le président américain tranche radicalement avec les usages diplomatiques. «Shockingly, our “brilliant” NATO Ally, the United Kingdom, is currently planning to giveaway the Island of Diego Garcia», écrit-il, avant d’affirmer que cette décision alimente une longue liste de raisons liées à la sécurité nationale américaine justifiant, selon lui, l’acquisition du Groenland. Dans le même message, Donald Trump interpelle directement le Danemark et ses alliés européens, les exhortant à «do the right thing».
Cette prise de position publique intervient à un moment politiquement sensible pour le gouvernement britannique, engagé dans la phase de «ping-pong» parlementaire avec la Chambre des Lords, après l’adoption de plusieurs amendements au texte encadrant juridiquement la rétrocession de souveraineté de l’archipel des Chagos à Maurice.
Revirement de la maison-blanche
La sortie de Donald Trump marque un revirement spectaculaire par rapport à la position officiellement exprimée par son administration quelques mois plus tôt. Lors de l’annonce de la signature de l’accord, le 22 mai 2025, le Premier ministre britannique Keir Starmer avait assuré que le président américain soutenait pleinement le compromis trouvé avec Maurice.
À l’époque, Keir Starmer soulignait que les alliés des États-Unis reconnaissaient «l’importance stratégique» de la base de Diego Garcia et la nécessité de sécuriser son avenir face aux risques juridiques et diplomatiques. Le président Trump lui-même, reçu à l’Oval Office en février, avait évoqué un bail «très fort» et «très long», allant jusqu’à mentionner une durée de 140 ans, avant que le texte final ne retienne une location de 99 ans, assortie d’une option de prolongation de 40 ans.
Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, avait alors salué un accord «monumental», reflet de la solidité de la relation bilatérale entre Washington et Londres, et garant, selon lui, de la stabilité régionale dans l’océan Indien.
La nouvelle déclaration de Donald Trump a immédiatement été récupérée par les opposants britanniques à l’accord. Nigel Farage, leader de Reform UK et critique de longue date du projet, s’est réjoui sur X, estimant que le président américain avait «vetoed» la rétrocession des Chagos. Selon lui, la position de Trump confirme que le Royaume-Uni s’engage sur une voie dangereuse en matière de souveraineté et de défense.
Même son de cloche du côté de la cheffe du Parti conservateur, Kemi Badenoch, qui qualifie l’accord de «sabotage complet». Dans un message accompagnant la publication de la déclaration de Trump, elle affirme que «payer pour abandonner les Chagos» affaiblit non seulement la sécurité du Royaume-Uni, mais aussi celle de ses alliés de l’OTAN, tout en offrant à Keir Starmer «une chance de changer de cap».
■ Un bombardier de l’US Air Force décolle de Diego Garcia à destination de l’Afghanistan, en octobre 2001.
Face à cette tempête politique, le gouvernement britannique a tenté de reprendre la main. Le Chief Secretary to the Prime Minister, Darren Jones, s’est exprimé sur BBC pour rejeter toute idée d’humiliation. Selon lui, le Royaume-Uni n’a «aucune raison d’être embarrassé», l’accord apportant des garanties sécuritaires essentielles concernant le fonctionnement de l’île et des eaux environnantes. Darren Jones insiste sur le fait que la décision s’inscrit dans une lecture lucide d’un monde géopolitiquement instable. «Nous ne devrions pas être intimidés», a-t-il déclaré, affirmant que le compromis trouvé est «la bonne manière de sécuriser l’avenir de Diego Garcia».
Une position appuyée par un porte-parole du gouvernement britannique, qui affirme que Londres n’a «jamais compromis sa sécurité nationale». Selon lui, la rétrocession était devenue inévitable après des décisions judiciaires fragilisant la position britannique et menaçante, à terme, l’opérabilité de la base militaire. L’accord garantirait ainsi la pérennité de la base conjointe pour plusieurs générations, avec des dispositions robustes visant à exclure toute ingérence d’acteurs hostiles.
Pour la correspondante de la BBC Nomia Iqbal, ce revirement s’explique par une combinaison de facteurs politiques. D’une part, il s’agirait d’un message adressé à Keir Starmer, après le soutien britannique au Danemark dans le dossier du Groenland et des critiques formulées à l’égard des politiques tarifaires américaines.
D’autre part, la position initiale de Trump sur les Chagos entrait en contradiction avec son argumentaire sécuritaire en faveur de l’acquisition du Groenland. En modifiant sa position, le président américain redéfinit les règles du jeu, laissant entendre qu’un soutien sur le dossier des Chagos pourrait impliquer un alignement sur celui du Groenland.
Maurice réagit
Le gouvernement mauricien a réagi, via un communiqué du bureau de l’Attorney General, au message publié plus tôt par Donald Trump au sujet des Chagos. Les autorités estiment que cette déclaration s’inscrit dans un contexte géopolitique international plus large, après que les États-Unis ont qualifié le traité conclu entre le Royaume-Uni et la République de Maurice d’accord historique. Le gouvernement rappelle que cet accord a été négocié exclusivement entre Londres et Port-Louis et attend la poursuite du processus législatif en cours à la Chambre des Communes. Il prend note des assurances britanniques quant à la conformité du traité au droit international et réaffirme que la souveraineté mauricienne sur l’archipel est reconnue sans ambiguïté.
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