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Émotions en action
Un défi comporte toujours une part de souffrance physique. Il vient un moment où l’intensité et le prolongement de l’effort s’accompagnent d’acide lactique, de douleurs musculaires, voire de crampes. Conséquemment ou concurremment, un défi est aussi une barrière émotionnelle qui s’érige et qu’il faut à un moment donné franchir. L’être humain est duel. Ce qui se vit sur un plan a une correspondance sur un autre plan. Le corps et l’esprit se répondent.
Grâce à la «carte corporelle des émotions» établie par des chercheurs finlandais et publiée fin décembre 2013 dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences américaine (PNAS), il a été démontré que les principales émotions humaines que sont la peur, la tristesse ou le bonheur, sont ressenties physiquement de la même façon pour tous, et ce quelle que soit la culture d’origine de l’individu.
L’émotion est un sentiment, un phénomène mental traduit par une expression somatique. L’effort physique n’est jamais qu’une histoire de muscles et d’énergie en mouvement. Ces deux dimensions se trouvent réunies dans la dualité de l’être humain et chacune d’elle traduit à sa façon sur le plan qui lui est propre les réactions se produisant sur le plan opposé. Si bien que l’on peut dire de l’émotion qu’elle est l’interface entre le cerveau et le corps.
C’est durant ce genre d’effort surhumain qu’est le défi, ce dépassement conduisant à l’autre bout de soi, que l’on parvient à établir une distinction entre émotions et sentiments, deux mots souvent utilisés comme synonymes. «Les émotions sont des actions. Certaines se traduisent par des mouvements des muscles du visage, comme des expressions faciales de joie, de colère, etc. ou du corps, la fuite ou la posture agressive. D’autres se traduisent par des actions internes, comme celles des hormones, du coeur ou des poumons. Les émotions sont donc d’une certaine façon publiques, on peut les mesurer, les étudier. Les sentiments, par contre, sont privés, subjectifs. Ils sont ressentis par l’individu et lui seul. Il ne s’agit pas de comportements mais de pensées.» (Antonio Damasio, neuroanatomiste)
Les émotions sont des actions. Et les actions sont des émotions. Elles s’interpénètrent dans une cogénération simultanée, une boucle partant tantôt du visible vers l’invisible et tantôt de l’invisible vers le visible. L’ascension du Morne réalisée quinze fois de suite par Yan de Maroussem touche au mysticisme, là où émotions et sentiments s’unissent dans une seule et même conscience.
Pour exprimer cela de façon plus belle encore, laissons-nous guider par un maître de l’ascension mystique. Djalâl od-Dîn Rûmî ne nous dit-il pas : «Dès qu’on commence à avancer sur le chemin, le chemin apparaît.» C’est toujours le premier pas qui compte, celui du corps autant que celui de l’esprit.
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