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Protégeons nos aînés

2 juin 2019, 04:24

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Protégeons nos aînés

 

Lu dans la presse, hier, que Philippe Gentil, 91 ans, et son épouse, Claudette, 83 ans, sont la cible de voleurs, cela depuis quatre mois. Ils ont été cambriolés et attaqués pas à une, pas à deux, mais à sept reprises. Dont certaines accompagnées de violences physiques et de menaces d’atteinte à leur vie. Depuis, ce couple vit dans la peur. Comme eux, nombre de nos aînés, surtout ceux qui habitent seuls ou en compagnie d’autres personnes âgées, sont les proies faciles de malfaiteurs ou de toxicomanes en quête d’un peu d’argent pour se procurer leur dose de drogue. Nous connaissons presque tous des vieilles personnes qui se sont faites attaquées et dépouillées, quand elles ne sont pas tout bonnement blessées ou tuées.

Ce préambule posé, revenons au couple Gentil. Surtout à Philippe Gentil. Nous venons de fêter notre 51e anniversaire d’Indépendance. Nos enfants, nos compatriotes ont entonné l’hymne national le 12 mars. Nous avons tous, un jour, siffloté l’air du «Motherland». C’est une belle musique, qui valorise et magnifie les paroles de notre hymne national. Mais combien d’entre nous, surtout parmi la jeune génération, savent qui est le compositeur de notre «Motherland» ? Celui qui a écrit la partition de musique et qui, avec le texte de Jean-Georges Prosper, a contribué à donner à Maurice son hymne national ? Oui, c’est bien Philippe Gentil, qui avec son ami Jean-Georges Prosper, 86 ans au compteur, sont les pères du «Motherland».

Un peuple qui ne connaît pas son histoire, c’est comme un navire sans boussole ou gouvernail. Il est condamné à dériver, sans repères, à l’aveugle. La première chose qui vient à l’esprit de tout bon citoyen, en prenant connaissance du cas Gentil, est que l’État a failli dans sa tâche d’assurer que les vieux jours de Philippe Gentil se déroulent dans la quiétude, la sécurité et le bonheur. Nous devons être reconnaissants envers ce grand monsieur, ce grand Mauricien. Sans oublier son compère Jean-Georges Prosper. Nous devons les protéger des rebus de la société. Car ce sont ni plus ni moins que des monuments de notre Histoire.

Au lieu de ça, que fait l’État ? Le couple Gentil, selon ce qui est rapporté dans la presse, a déposé de nombreuses plaintes à la police. À ce jour, aucune arrestation n’aurait été effectuée. C’est si difficile que ça de dénicher quelques toxicomanes qui squattent les alentours de la maison du couple ? Faudrait-il qu’un jour on apprend que le père de la musique du «Motherland» a été tué pour que les autorités réagissent ?

La police, il faut le souligner, fait du bon travail, avec les moyens dont elle dispose. Mais, sans vouloir dire que le cas Gentil a préséance sur d’autres cas, il est bon de rappeler que ce monsieur est une personnalité historique. Et que la moindre des choses que son pays peut faire pour lui, c’est de lui assurer aide et protection dans ses vieux jours.

 Philippe Gentil, 91 ans rappelons-le, assure, toujours selon la presse, qu’il a vu la mort en face quand des voleurs lui ont dit qu’ils lui fracasseraient le crâne avec un marteau s’il ne leur remettait pas de l’argent. Et la situation du vieux couple ne s’est guère améliorée car mari et femme vivent toujours dans la peur. À l’heure où on parle de mettre Maurice sur la carte du développement technologique, économique ou infrastructurel, il est temps que le social reprenne un peu de ses couleurs aussi.

Notre population est vieillissante. Les gens du troisième âge, comme on les appelle, ont contribué à faire de ce pays ce qu’il est aujourd’hui. Ils ont sué sang et eau pour jeter les fondations de notre patrie. Si aujourd’hui on peut contempler la justice sociale, l’égalité des droits, l’harmonie des cultures et le vivre-ensemble que le monde entier nous envie, c’est aussi, et surtout, grâce au sacrifice de nos aînés.

La moindre des choses que les plus jeunes peuvent faire pour que les plus âgés aient une fin de vie heureuse, c’est de ne pas les agresser. Ce ne sont pas des proies, des pigeons à plumer. Ce sont plutôt des puits de science et de connaissance, envers lesquels les jeunes peuvent se tourner, pour chercher aides et conseils.

Protégeons nos aînés. Les politiciens aussi ont leur rôle à jouer dans cette protection. Ne voyez pas en eux que des «voix électorales» à grappiller. Sachez les respecter. Et les honorer. La culture d’un peuple se mesure aussi à sa façon de traiter ses anciens. Sachons protéger les Philippe Gentil et les Jean-Georges Prosper de ce pays.

 

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