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Interview…
Véronique Leu-Govind : «La voix des artistes ne sera plus occultée»
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Véronique Leu-Govind : «La voix des artistes ne sera plus occultée»
Véronique Leu-Govind, «junior minister» des Arts et de la culture.
Le Budget 2026-2027 accorde une place importante au secteur culturel avec une enveloppe de Rs 30 millions destinée au développement des arts et de la culture. Parmi les principales annonces figurent la révision du «Status of the Artist Act», adopté en 2023, afin de reconnaître officiellement les artistes comme des travailleurs culturels, la création d’un «Creative Arts and Cultural Development Programme», la mise en place d’un guichet unique pour les permis d’événements, ainsi que la création d’un «Artistic and Cultural Hub». Dans cette interview, Véronique Leu-Govind, «junior minister» des Arts et de la culture, revient sur ces mesures et les changements qu’elles devraient apporter au secteur.
Pendant des années, de nombreux artistes ont estimé ne pas être suffisamment écoutés ou reconnus. Avec ce Budget, quel message souhaitez-vous leur adresser et quel engagement prenez-vous pour que les mesures annoncées se traduisent rapidement par des résultats concrets sur le terrain ?
Le Budget représente la vision du gouvernement mais aussi les demandes des artistes. Je peux assurer que, en ce qui concerne les artistes, cette mesure ne restera pas une simple annonce écrite sur un morceau de papier. Loin de là. Les artistes souffrent depuis trop longtemps. Il y a des mesures sur lesquelles j’ai moimême travaillé et pour lesquelles nous avons déjà beaucoup avancé. Avec un ministre à l’écoute, je peux garantir que nous entrerons dans la phase d’implémentation de ces mesures dès cette année. La voix des artistes ne sera plus occultée.
Le Budget prévoit enfin de reconnaître les artistes comme des «travailleurs culturels». Cela a toujours été l’un de vos combats. Concrètement, qu’est-ce que ce nouveau statut va changer dans leur quotidien ? Quels droits ou avantages supplémentaires pourront-ils espérer ?
Je dois vous rappeler une chose. En 2023, le projet de loi sur le statut des artistes avait été adopté sans consultation avec les artistes. Je me souviens de la première rencontre que j’ai eue avec quelques artistes. Je me souviens que c’était Jean-Jacques Arjoon qui avait proposé le projet de Cultural Workers avec Bruno Raya et toute une équipe. Nous avons aussi rencontré l’Union des Artistes afin d’organiser une convention des arts et de la culture pour avoir une écoute globale sur ce projet de loi, au cours de laquelle plusieurs artistes ont donné leur opinion.
Ce qui me fait plaisir, c’est l’appel de Jean-Jacques Arjoon, qui était très content d’entendre que le Premier ministre avait annoncé cette mesure dans le Budget. Il m’a même dit qu’il allait nous aider à finaliser ce projet de loi. C’est un texte extrêmement important qui permettra de donner un cadre légal adapté aux artistes et à la réalité de leur profession. Nous ferons le nécessaire pour qu’il réponde à leurs attentes.
Le «Creative Arts and Cultural Development Programme» sera doté de Rs 30 millions. Comment cet argent sera-t-il distribué ? Quels seront les critères de sélection pour que les artistes émergents comme les artistes confirmés puissent en bénéficier ?
Ce budget alloué aux artistes représente un soutien considérable. Quand je pense à tout ce que les artistes ont subi pendant des années, je dirais que c’est un soutien qu’ils méritent amplement. Bien sûr, il s’agit aujourd’hui d’une annonce, et maintenant vient la phase de mise en œuvre. Nous sommes convaincus et nous allons travailler d’arrache-pied pour concrétiser cette mesure.
Concernant les critères d’éligibilité, le ministère finalisera les critères de base en tenant compte des demandes des artistes. Le travail se fera dans l’objectif d’aboutir à une solution qui satisfera le plus grand nombre.
Les organisateurs d’événements se plaignent depuis longtemps des lourdeurs administratives. Vous annoncez un guichet unique avec des permis délivrés en 15 jours. Pouvezvous garantir ce délai et comment allez-vous coordonner les différents ministères et autorités concernés ?
Mon ministère a pris la responsabilité du One Stop Shop mais il faut que tous les stakeholders s’impliquent dans son implémentation. Un seul guichet, un délai clair de quinze jours : cela permettra d’éviter beaucoup de corruption, comme c’était le cas dans le passé. Je dois vous rappeler qu’à une époque, il y avait un clan mafieux qui bloquait les permis la veille des événements avant de les délivrer le lendemain. Ils travaillaient tellement dur que les permis étaient parfois délivrés le samedi matin, juste avant l’événement. Je vous laisse deviner pourquoi et comment. Nous allons nous assurer que les autorisations soient délivrées à temps et, surtout, sans corruption. Le projet de One Stop Shop me tient particulièrement à cœur. «Monn desann lor lari pou denons bann abi du Mouvement socialiste militant lor bann permi ki ti pe done kont lor baz koripsion.» Le ministère travaille donc sur ce projet depuis plusieurs mois. Je le redis, il faudra une collaboration de tous les stakeholders pour que le délai de quinze jours soit respecté. Quinze jours est un délai raisonnable. Cela apportera davantage de transparence et soulagera le secteur de l’événementiel.
Je dois vous dire que beaucoup de personnes ont quitté ce secteur parce qu’elles n’obtenaient pas leurs permis ou les recevaient seulement la veille des événements, après avoir perdu beaucoup d’argent. N’oublions pas non plus que le secteur de l’événementiel fait vivre non seulement les artistes, mais aussi les acteurs du transport, de la restauration, de la billetterie, du graphisme, du son, de l’éclairage et même l’État, qui perçoit des revenus grâce à la location des espaces publics. C’est tout un écosystème.
Le Budget annonce la création d’un «Artistic and Cultural Hub» ainsi que l’organisation de la Biennale de l’océan Indien en 2027. Au-delà de leur dimension culturelle, comment ces projets peuventils générer des retombées économiques et créer de nouvelles opportunités pour les artistes mauriciens ?
Effectivement, le Budget annonce la création d’un Artistic and Cultural Hub. Néanmoins, cela prendra du temps, et nous le savons tous. En attendant, il faut ouvrir les espaces disponibles pour l’événementiel, car les coûts sont extrêmement élevés, allant de Rs 500 000 à Rs 1,2 million, voire davantage, pour un concert en plein air. Les concerts en salle, notamment en hiver, rencontrent également des difficultés. Je prends l’exemple du J&J Auditorium à Phoenix, où la municipalité refuse d’accorder des permis en raison de problèmes de stationnement. Pourtant, il existe des solutions. Si le parking pose problème, il est possible de réduire la capacité d’accueil plutôt que de bloquer l’événementiel et les artistes. Je fais confiance aux municipalités, car l’art et la culture ne concernent pas uniquement mon ministère, mais l’ensemble des Mauriciens.
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