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Meurtre à Roche-Bois
Bébé tué, père hospitalisé à Brown-Séquard et les failles de tout un système
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Meurtre à Roche-Bois
Bébé tué, père hospitalisé à Brown-Séquard et les failles de tout un système
■ Le petit Adriano [en médaillon] est décédé dimanche, sous les coups de son père, Jean Daniel Perrine.
Un bébé de sept mois a été mortellement poignardé dimanche soir à Roche-Bois. Son père, Jean Daniel Perrine, arrêté dans le cadre de l’enquête, a comparu hier devant le tribunal de Port-Louis Sud, est [accusé provisoirement de meurtre et a été reconduit en détention. Il a ensuite été admis à l’hôpital Brown-Séquard. Alors que l’enquête se poursuit pour établir les circonstances exactes du drame, les témoignages recueillis font état de tensions au sein du couple, de problèmes de consommation de substances et de comportements inquiétants. Travailleurs sociaux, psychiatre et sociologue appellent toutefois à la prudence car la drogue ne saurait, à elle seule, expliquer un tel passage à l’acte. Au-delà du crime, une question demeure : les dispositifs de protection ont-ils permis d’intervenir avant qu’il ne soit trop tard ?
Adriano, âgé de sept mois, a été mortellement poignardé dimanche soir à Roche-Bois. Son père, Jean Daniel Perrine, arrêté dans le cadre de l’enquête, a comparu hier devant le tribunal de Port-Louis Sud, accusé provisoirement de meurtre. La police s’est opposée à sa libération et il a été reconduit en détention. Il a ensuite été admis à l’hôpital Brown-Séquard.
Le voisinage à Roche-Bois est sous le choc.
L’autopsie, pratiquée par les médecins légistes Dr Sudesh Kumar Gungadin et Dr Prem Chamane, a conclu à une blessure provoquée par une arme tranchante à l’abdomen. Les circonstances exactes du décès font toujours l’objet de l’enquête.
Pour l’Ombudsperson for Children, Aneeta Ghoorah, ce drame constitue une nouvelle alerte sur la protection des enfants exposés à des environnements dangereux. «Ce qui s’est passé à Roche-Bois avec un enfant, un bébé, est très grave. Je condamne cet acte de barbarie et de violence. Malgré la chaîne de protections mise en place par les autorités et les lanceurs d’alerte qui, des fois, nous informent des dangers auxquels certains enfants font face, je n’arrive pas à comprendre comment un adulte, fort probablement sous l’influence d’une substance, a fait quelque chose d’aussi barbare et irréversible.»
«Elle a découvert le petit dans un état terrible»
Une proche de la famille raconte les minutes qui ont précédé la découverte du corps. Selon son témoignage, le père était dehors avant de rentrer vers 18 heures. La mère, Anne Sophie Milazar, qui se trouvait au domicile, serait ensuite allée voir son bébé. «La maman était dans la maison. Elle ne savait pas que quelque chose était arrivé. Quand elle est rentrée pour regarder l’enfant, elle a eu un choc en découvrant le petit dans un état terrible. Elle s’est mise à crier et les voisins sont venus», raconte-t-elle.
La proche affirme que le nourrisson aurait été retrouvé blessé au couteau et des signes laissant penser qu’il aurait également été étouffé. Ces éléments devront toutefois être établis par l’enquête policière et les examens médicolégaux. L’attitude du père après les faits a également marqué les proches. «Après tout ce qui s’était passé, il est sorti dehors et il a fumé une cigarette comme si de rien n’était. Nous étions tous sous le choc. Puis, quelque temps après, la police est arrivée», relate-t-elle.
Un couple aux relations tendues
La mère du bébé vivait depuis environ deux ans en concubinage avec Perrine. Elle avait déjà deux enfants issus d’une précédente relation. Le nourrisson était le troisième enfant. Selon cette proche, les deux adultes avaient traversé des périodes difficiles. Une dispute liée à des problèmes de violence domestique aurait notamment donné lieu à une intervention en 2025.
«Le couple avait des hauts et des bas. Il avait parfois des crises de violence, mais jamais, à ma connaissance, il ne s’en était pris aux enfants», affirme-t-elle. Elle décrit néanmoins le père comme un homme qui semblait attaché au nourrisson. «Il était content d’avoir cet enfant. Il le gardait, il lui préparait des choses, il achetait même des gâteaux pour lui donner. On ne pensait pas qu’une chose pareille pouvait arriver», confiet-elle.
La proche affirme également que le compagnon d’Anne Sophie Milazar avait des problèmes de consommation de drogues, notamment du simik. «Elle savait qu’il prenait de la drogue, notamment de la drogue synthétique. Mais elle n’arrivait pas à quitter cette relation à cause de tout ce qu’il y avait autour de l’enfant et de leur vie de couple», poursuit-elle.
Antécédents judiciaires
Jean Daniel Perrine a déjà été condamné auparavant. En 2017, pour des affaires de larcin, de possession d’une arme offensive et de larcin commis par plus de deux individus. En 2018, pour des relations sexuelles avec une mineure de moins de 16 ans. Il avait écopé de dix mois d’emprisonnement, peine suspendue, assortie de 160 heures de travaux communautaires.
Son casier fait aussi état d’une condamnation en 2019 pour larcin sur la voie publique, puis d’une autre en 2022 pour recel de biens volés. Ces antécédents judiciaires ne permettent toutefois pas, à eux seuls, d’établir un lien avec le drame actuel.
«Il disait avoir entendu des voix»
Selon des éléments rapportés après son arrestation, Jean Daniel Perrine aurait tenu aux enquêteurs des propos particulièrement troublants. Il aurait affirmé avoir entendu des voix lui disant que son bébé était «diabolique» et qu’il fallait lui faire du mal. Ces déclarations devront être vérifiées et replacées dans le contexte de l’enquête. Elles pourraient notamment être examinées dans le cadre de l’évaluation de son état mental.
Pour la proche de la famille, le choc demeure immense. «Nous connaissions ses problèmes, nous connaissions ses crises, mais personne n’aurait imaginé qu’il pourrait faire du mal à son propre enfant. Hier encore, nous pensions que le petit était en sécurité avec ses parents. Aujourd’hui, nous essayons simplement de comprendre comment une telle tragédie a pu se produire.»
Au-delà de l’enquête criminelle, des antécédents judiciaires du suspect et des questions entourant la consommation de drogues, plusieurs interrogations demeurent : quels signes avaient été repérés ? Les dispositifs de protection ont-ils fonctionné ? Et aurait-il été possible d’intervenir avant que la violence n’atteigne un enfant de seulement sept mois ? Que font les autorités dans tout cela ?
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Shakeel Mohamed : «Mo anvi ki nou koz depenalizasion, nou azir e aret koze»
Réagissant au drame, le ministre Shakeel Mohamed, élu de la circonscription n°3), affirme que la lutte contre ce fléau doit passer par des mesures concrètes. «Le combat contre la drogue est une priorité pour le gouvernement», a-t-il déclaré. Pour lui, il est temps que les autorités changent d’approche. «J’ai envie que la National Agency for Drug Control vienne avec des solutions urgentes et que le gouvernement puisse les implémenter. Depuis les années 1970, on utilise la répression, la concentration et l’éducation contre la drogue. Si on continue avec le même système, le résultat sera le même.»

Shakeel Mohamed insiste sur la nécessité d’un débat de fond. «Mo pa interese score pwin politik avek ladrog. Mo anvi amenn solision konkre e ki nou koz depenalizasion (cannabis), nou azir e aret koze.» Il estime également que de nouvelles pistes doivent être étudiées. «Si on doit trouver des drogues de substitution, on doit le faire. Dimounn bizin aret pran sintetik pou touy dimounn», dit-il, appelant à une réponse urgente face aux ravages des drogues de synthèse.
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Drogues synthétiques : Il faut intervenir avant qu’il ne soit trop tard, rappellent des travailleurs sociaux
Le drame de Roche-Bois ravive les inquiétudes autour des effets des drogues synthétiques et de leur impact sur le comportement de certains consommateurs. Pour Ally Lazer, président de l’Association des travailleurs sociaux de Maurice, certains jeunes ayant consommé ces substances auraient rapporté, ces dernières années, des expériences particulièrement inquiétantes, notamment des hallucinations ou l’impression d’entendre des voix.
Ally Lazer, président de l’Association des travailleurs sociaux de Maurice.
Il cite notamment le cas de jeunes d’environ 19 ans qui auraient tenu des propos incohérents après avoir consommé des drogues synthétiques. Certains auraient par la suite commis des actes désespérés, dont des suicides à Pointe-aux-Piments. «Mo pe santi mwa kouma enn zwazo, mo anvi anvole, les mwa», aurait notamment dit un jeune à son père, selon le témoignage rapporté.
Pour Ally Lazer, ces situations doivent pousser les autorités à renforcer la prévention et la protection des enfants. Il réclame notamment une intervention plus systématique de la Child Development Unit lorsqu’un enfant vit dans un environnement où la consommation de drogues peut mettre sa sécurité en danger.
«Je demande que la loi vienne séparer les enfants des situations où la drogue prend le dessus sur la vie familiale», plaide-t-il. Pour lui, le pays ne peut plus se contenter d’intervenir une fois que le drame a eu lieu. «Quand une mère ou un père est prisonnier de la drogue, l’enfant peut devenir la première victime. Il faut intervenir avant qu’il ne soit trop tard», souligne-t-il.
Hallucination ou défense ?
José Ah Choon, du centre Anoula à Baie-du-Tombeau, décrit lui aussi une réalité particulièrement préoccupante : celle de consommateurs qui, après avoir pris des substances de composition inconnue, peuvent perdre leurs repères et ne plus maîtriser leurs actes. Selon lui, certaines substances vendues comme drogues synthétiques seraient mélangées à d’autres produits, ce qui rend leurs effets encore plus imprévisibles.
«Zot kapav vinn inkonsian, zot kapav dormi, zot pa kone ki zot pe fer. Apre enn ler, kan lefe diminie, zot retourn rod ankor. E parfwa, zot mem pa kone ki zot inn fer pandan sa moman-la», explique-t-il. Pour le responsable du centre, le danger ne réside donc pas uniquement dans la dépendance, mais également dans la perte de contrôle et l’altération profonde de la conscience. Son témoignage prend une résonance particulière après le drame de Roche-Bois, alors que le père aurait déclaré aux enquêteurs avoir entendu des voix lui disant que son bébé était «diabolique».
José Ah Choon appelle toutefois à la prudence avant de relier automatiquement ces déclarations à la consommation de drogue. «Parfwa mo demann mwa si vremem li ti pe gagn alisinasion, ou si li pe servi sa kouma enn defans pou kasiet deryer so akt. Nou pa kapav nou mem donn enn repons. Sa, se anketer ek exper ki pou determine.»
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Le point de vue du psychiatre Anil Jhugroo
Le Dr Anil Jhugroo, psychiatre et spécialiste du traitement des addictions, a plus de 30 années d’expérience dans les domaines de la psychiatrie et de la médecine des addictions. Après avoir exercé pendant 15 ans au Royaume-Uni, il est rentré à Maurice, où il poursuit son travail depuis 15 ans. Selon lui, les drogues synthétiques, notamment certains cannabinoïdes de synthèse ou les cathinones, également appelées «sels de bain», peuvent provoquer un large éventail de symptômes neurologiques et neuropsychiatriques.
Dr Anil Jhugroo.
«Les cannabinoïdes de synthèse, en particulier, ont été associés à des hallucinations, des délires, de la confusion, une psychose et une agitation sévère. Des consommateurs de ces substances peuvent développer des convictions fortement ancrées qui ne correspondent pas à la réalité – par exemple, croire que quelqu’un est possédé par des démons, qu’on les surveille avec des caméras, qu’on complote contre eux ou encore que des événements ordinaires contiennent des messages secrets.»
Mais le psychiatre insiste sur une distinction fondamentale. «La consommation d’une drogue ne prouve pas automatiquement qu’elle est à l’origine de la psychose. Un premier épisode psychotique peut également être la première manifestation d’un autre trouble psychiatrique ou neurologique. Les substances peuvent parfois déclencher ou révéler une vulnérabilité sous-jacente.»
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Nirbhay Ramkhelawon : «La drogue ne peut pas servir d’excuse»
Le sociologue Nirbhay Ramkhelawon estime également qu’il serait réducteur d’attribuer le drame à la seule consommation de substances. «La drogue ne peut en aucun cas servir d’excuse ou justifier le meurtre d’un enfant», insiste-t-il. Selon lui, l’enquête devra chercher à comprendre l’ensemble des facteurs ayant pu conduire à un tel passage à l’acte. Des difficultés psychologiques, émotionnelles, économiques ou familiales pourraient notamment entrer en ligne de compte. Il évoque l’hypothèse d’une instabilité personnelle ou familiale, de conflits au sein du couple, de problèmes de pauvreté, de chômage ou encore de difficultés à assumer les responsabilités parentales.
Nirbhay Ramkhelawon, sociologue.
Dans certains cas, explique-t-il, la consommation de drogue peut devenir un moyen d’échapper temporairement aux pressions et aux problèmes du quotidien. «Mais cela ne signifie pas que tous les consommateurs de drogue deviennent violents ou capables de tuer», nuance-t-il.
Pour le sociologue, cette affaire dépasse donc largement la seule question de la drogue synthétique. Une évaluation approfondie, incluant éventuellement l’intervention de psychologues et de psychiatres, serait nécessaire afin de déterminer l’état mental du suspect, ses antécédents et son environnement social. Le meurtre d’un nourrisson constitue, selon lui, un signal particulièrement alarmant pour la société. «Si un crime aussi extrême peut survenir dans notre société en 2026, nous devons nous demander où se trouvent les failles.»
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