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“Je déplore la façon de faire de Ian Paterson !”

5 août 2005, 00:00

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<B>Philippe Henry vous étiez un homme très en colère à l’issue de la dernière journée. Pouvez-vous nous donner les raisons derrière cette indignation ?</B>

– Oui, j’étais hors de moi car je considérais que mes deux jockeys, Jeffrey Lloyd et Swapneel Rama, ont été injustement mis sous pression.

<B>Que reprochez-vous au juste au Chairman des RMS ?</B>

– Je ne veux pas retourner le couteau dans la plaie, mais j’ai cette impression que son approche n’était pas correcte. Jeffrey Lloyd l’a fait savoir haut et fort, car il a eu l’impression d’être dans le collimateur.

<B>Pourquoi, selon vous, en voudrait-il à Jeffrey Lloyd ?</B>

– Je ne sais pas. Ce n’est pas à moi qu’il faut poser cette question.

<B>M. Henry, vous mettez en doute les compétences de Ian Paterson. Il n’est pas n’importe qui. Sa carte de visite est impressionnante et il est reconnu comme un véritable professionnel à Macau…</B>

– Nous n’avons jamais mis en doute les compétences de Ian Paterson. Tout ce que nous avons fait, c’est de déplorer sa façon de faire. Je me suis déjà expliqué aux commissaires administratifs alors que Jeffrey Lloyd a également eu l’occasion de donner sa version des faits au Chairman des Race Meeting Stewards (RMS). Je crois que nous nous sommes bien fait comprendre et nous sommes tout à fait d’accord que chacun doit faire son travail dans l’intérêt des courses.

<B>Vous avez également déclaré que vous vous sentez victimisé. Citez-nous des cas dans lesquels vous estimez avoir été injustement traité ?</B>

– C’est une question à laquelle je n’aurais pas dû répondre étant donné que ma version des faits pourrait être mal interprétée ou encore apporter de l’eau au moulin de certains. Mais je crois qu’il est important que je m’explique pour que les turfistes aient une idée exacte de la situation.

Tout d’abord la rétrogradation de Germany On en début de saison. Je ne dis pas si c’était justifié ou pas, mais il est clair que Rambo Royale ne l’aurait jamais battu ce jour-là et je ne pense pas qu’il puisse le battre un jour. Je ne me suis jamais plaint de cette décision et pourtant la semaine dernière on a eu un cas où un cheval, qui aurait dû être rétrogradé, ne l’a pas été. Je ne veux pas citer de nom, mais ceux qui suivent les courses doivent le savoir. Je ne comprends pas cette décision.

Le deuxième cas concerne Lump Sum lors de la 13e journée. Ce jour-là, on m’avait dit que Rama allait être appelé pour une enquête, concernant une interférence. Ce n’est que bien après que j’ai su que l’enquête était sur le running and riding. Je trouve cela injuste car Rama étant un jeune jockey, j’aurais aimé être à ses côtés pour pouvoir le guider durant cette enquête. Autant que je sache, quand Sunil Bussunt avait été appelé pour s’expliquer au sujet de sa monte sur Major Hero, son entraîneur était bel et bien à ses côtés. Pourquoi ne m’a-t-on pas informé ? Tout compte fait, Swapneel Rama n’a rien eu, mais quand on sait que lors de la même journée, un attentiste confirmé est parti faire la course à l’avant aux côtés de Big Breeze sans que cela suscite la moindre interrogation…

Et puis, combien de fois nous a-t-on convoqués sans qu’aucune décision ne soit prise à notre encontre ? C’est ce que Jeffrey Lloyd appelle “undue pressure”.

Sans parler que lors de deux enquêtes, Jeffrey Lloyd n’a pas eu le droit de faire appeler les témoins qu’il souhaitait. Il avait demandé à convoquer Swapneel Rama et Anand Bundhoo lors de l’enquête sur la course où il a été condamné à Rs 50 000 pour sa monte sur Gdansk, mais ce droit lui a été refusé.

Dans la première partie de l’enquête de Milad, il avait demandé de convoquer les handlers, mais une fois de plus, ce droit lui a été refusé. Il a demandé à ce qu’on prenne en considération le “past record” de Milad, et là aussi, on a fait la sourde oreille. Et pourtant, tout le monde sait que Milad est un cheval difficile, qui avait même été suspendu lorsqu’il évoluait sous les couleurs de l’écurie Guy Fok. Voilà pourquoi Jeffrey Lloyd a fait état de “undue pressure” !

<B>En parlant du cas Lump Sum, même si c’est vrai que Rama n’a pas été sanctionné, il semblerait que l’entourage du cheval ne fût pas totalement satisfait de sa monte ce jour-là…</B>

– C’est difficile pour moi de me prononcer sur ce sujet précis. Hugues Maigrot était libre de choisir qui il voulait après le forfait de Craven. S’il n’était vraiment pas satisfait de la monte de Rama, je ne pense pas qu’il l’aurait laissé piloter deux de ses autres chevaux après la course de Lump Sum. Et puis, s’il avait un quelconque doute, il aurait rapporté le cas aux commissaires.

<B>Est-ce que vos reproches s’adressent, également, aux autres membres du panel des “Racing Stewards” ?</B>

– Pas nécessairement. Il faut savoir que Lloyd a été appelé en pas moins de cinq occasions ces trois dernières journées. Mais il n’a été condamné qu’une fois au cours de ses cinq comparutions. Je tiens également à faire ressortir que je n’ai même pas eu le temps de poser mes longues vues après la course de Milad, qu’on m’avait déjà convoqué dans la salle des commissaires de courses. Et dire qu’au cours de la même journée, Destination avait aussi mal sauté que Milad et personne n’avait demandé des explications jusqu’à mardi matin.

<B>M. Henry, Yashin Emamdee a été sanctionné par M. Paterson en deux occasions au cours des semaines précédentes. Quelque part, ne croyez-vous pas que c’est injuste de venir dire que M. Paterson s’acharne uniquement sur Jeffrey Lloyd ?</B>

– Personnellement, je ne veux pas citer de noms ou prendre des cas en particulier, mais je laisse le soin au public-turfiste de tirer sa propre conclusion. Pour moi, il y a des montes qui ne peuvent être comparées. Maintenant, si vous me dites que c’est comparable, alors, il faut que je recommence mon apprentissage.

<B>Paradoxalement, Bud Gujadhur, dont le jockey Emamdee avait été sanctionné quelques semaines plus tôt, n’a pas hésité à faire les éloges de Ian Paterson dans la presse. Il avait même déclaré qu’il fallait lui décerner un M.C.S (Maestro in Chief Stiping). Un commentaire…</B>

– Si Lloyd avait bénéficié d’un traitement identique, j’aurais ajouté d’autres qualificatifs encore plus élogieux devant ce fameux M.C.S.

<B>Pour avoir assisté aux enquêtes, on trouve que Lloyd peut effectivement avoir le bénéfice du doute sur Milad, vu les antécédents du cheval. En revanche, on voit mal comment il n’aurait pas été sanctionné sur Gdansk. Ne pensez-vous pas qu’il aurait pu mieux faire sur ce cheval ?</B>

– Qui vous dit que je suis d’accord avec la monte de Jeffrey Lloyd sur Gdansk ou la décision qu’il a prise dans cette course ? Mais avez-vous déjà vu quelqu’un écoper d’une aussi forte amende pour une telle faute ? Je trouve qu’il y a des limites. De toute façon, je préfère ne pas faire d’autres commentaires sur ce sujet car Lloyd a fait appel.

<B>Êtes-vous conscient qu’en contestant la présence de M. Paterson au sein du board, vous êtes, indirectement, en train de contester l’autorité du MTC ?</B>

– Je ne conteste pas la présence de M. Paterson au sein du panel, mais je déplore sa façon de faire.

<B>Est-il vrai que vous aviez exprimé, à un certain moment, votre intention de ne pas faire courir vos chevaux samedi ?</B>

– Je confirme cela. Après la journée de samedi, j’ai expliqué ma position à quelques membres influents de mon établissement et je leur ai demandé de réfléchir s’ils voulaient vraiment courir leurs chevaux à l’occasion de la 15e journée. Comme convenu, ils m’ont communiqué leur décision le lendemain et j’ai alors fait descendre mes chevaux de Floréal. Je vous assure que tout a été fait dans les règles. J’avais jusqu’à 15 heures dimanche après-midi pour descendre mes chevaux et comme j’ai mon propre float, cela ne m’a pas posé de gros problèmes.

<B>Vous avez également rencontré les commissaires mardi. Comment s’est déroulée cette réunion ?</B>

– Cela s’est bien passé. J’avais demandé cette rencontre pour que je puisse rétablir certains faits et mettre en avant mes inquiétudes.

<B>Cette affaire va-t-elle remettre en question l’avenir de votre établissement ?</B>

– Comme je l’ai souvent déclaré dans le passé, ce n’est pas vous, les journalistes, qui allez décider de mon avenir au Champ-de-Mars ! Tout ce que je peux vous dire, c’est que je suis très serein en vue de la saison prochaine.

<B>Une dernière question pour conclure cet entretien. Vu vos relations privilégiées avec l’ancien président Jean-Michel Giraud, il y a une perception dans le giron, mais également dans le grand public, que vous êtes un intouchable au Mauritius Turf Club. Etes-vous conscient que cette récente affaire risque d’exacerber davantage ce sentiment ?</B>

– Je suis d’avis que tous les professionnels de courses qui font leur travail comme il le faut, doivent être protégés par le Mauritius Turf Club. En ce qui me concerne, je constate avec amusement que, si l’on se base sur ce que l’on dit, je suis protégé non seulement par Jean-Michel Giraud, mais également par les Race Meeting Stewards, le responsable de Floréal, le responsable du transport, le responsable de la sécurité, et j’en passe. Et pas plus tard que lundi, on a trouvé que le Racing Manager également me protège. Ai-je un don naturel ? Je me le demande. Cela dit, et si cela peut rassurer les jaloux, je suis très honoré d’avoir un ami comme Jean-Michel Giraud.

<I>Propos recueillis</I>

<B>par Nitin LECKRAJ</B>

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