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Interview
Ras Minik : «Je souhaite que le seggae passe à l’international»
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Interview
Ras Minik : «Je souhaite que le seggae passe à l’international»
Ras Minik, de son vrai nom Dominique Andy, chanteur du groupe Cool Is I.
Un savoureux mélange entre le sega et le reggae a bouleversé le peuple d’une petite île. Le seggae est devenu une musique porte-drapeau de notre culture. Chanteur et fondateur de Cool Is I, Ras Minik est un artiste de la première génération du seggae. Une musique qu’il cultive encore pour garder vivant et puissant l’héritage de Kaya et de Ras Natty Baby. Le groupe des faubourgs de Port-Louis vient de perdre son bassiste et fondateur, Maxime Rosalba, la semaine dernière. Un autre grand nom du seggae qui est parti rejoindre les pionniers du genre «in Zion». Dans une conversation ouverte, Ras Minik nous conte sa passion pour le seggae.
Parlez-nous de l’histoire de Cool Is I ?
Cool Is I a été formé par Georges Corette, Maxime Rosalba et moi en 1993. On était un trio voulant aider les jeunes artistes. J’étais à la guitare, Georges à la batterie, Maxime à la basse. On répétait où on pouvait, sur le terrain de football à Vallijee, à la plage, inpe partou partou. Georges était le chanteur avec un répertoire de Bob Marley et ses compositions. Il voulait qu’on trouve un endroit pour nous, pour pouvoir mieux travailler sur notre musique. La région de Terrason à La Tour-Koenig devint le quartier général du groupe. On y trouve une petite maison et on installe la batterie de Georges. L’aventure a commencé ici, d’autres musiciens sont venus nous rejoindre.

À cette même époque, Menwar est revenu de France et a commencé à fréquenter le lieu. Menwar avait son équipe de percussionnistes, Kurwin Castel et Curty O’clou, nous, on avait notre groupe électrique. On décide de cotiser pour payer le loyer de la maison pour partager et perfectionner notre musique. C’était la maison de la musique, un espace pour être libre de faire notre musique et continuer à apprendre. La formation complète de Cool Is I a pris naissance dans cette maison. Menwar a donné vie à son école de ravanne et on a commencé à travailler avec lui sur son projet Méthode Ravanne… Et Cool Is I a continué à faire sa route. Il y a eu l’album, les concerts et les tournées.
Le seggae à ses débuts était un combat musical dur ?
On a connu un début vraiment difficile. À cette époque, sega ti pe kraz partou. Avec Jean-Claude Gaspard, Serge Lebrasse, Claudio et plein d’autres. Donc, pas trop d’espace pour une autre musique locale. Quand Kaya est venu avec le seggae, cette musique était nouvelle pour le public.
La communauté rasta était fortement stigmatisée dans les années 1990. La société avait des préjugés sur les rastas. E rasta ki pe zwe lamizik seggae. Ti pe trouv rasta kouma sa enn bann malang enn bann droger… C’est bien après que les mentalités ont changé et évolué. Mais il fallait être fort mentalement pour faire du seggae et se lancer dans la musique rebelle et contestataire.
Qui vous a poussé vers la voie du seggae et comment ?
C’est à travers Kaya que je me suis intéressé au seggae, surtout à la rythmique de sa guitare. Un reggae plus rapide et plus saccadé. C’est en 1992, quand Kaya était en vogue avec sa nouvelle musique, que j’ai commencé à laisser pousser mes dreads.
** Maxime Rosalba.**
Mon voisin de l’époque, Maxime Rosalba, était le bassiste de Kaya. Un jour, en allant aux répétitions avec Kaya, il me propose de venir avec lui. On est sortis de Vallijee pour aller à Péreybère sur une moto P50 pour aller voir Kaya et Racinetatane en répétition. J’étais tout excité de rencontrer Kaya en personne et d’écouter sa musique. Mo rapel kan repet fini, Kaya dir mwa: “Ti man ki pe dir… ki to fer dan lavi, to dan lamizik twa osi?” Je lui dis que je chante avec un petit groupe. Kaya me propose de venir faire les chœurs avec Racinetatane. «Pran bann morso la ek Maxime pou prosin repetision», me dit Kaya. C’est à ce moment que je suis tombé dans le seggae… et je suis toujours attaché à cette musique.
Cela va faire 16 ans que Georges Corette est mort, parlez-nous de votre aventure musicale avec Kolonel ?
J’ai connu Georges Corette quand j’avais 19 ans et je suis resté à ses côtés jusqu’à sa mort. C’était une relation fraternelle forte. Chapeau à cet homme, ce qu’il a fait et mis en place pour la musique est immense. Je ne vois personne qui a pu prendre la relève. Il nous a enseigné la discipline et la droiture dans la musique. Pour lui, le travail, c’est le travail, on peut rire ensemble et se distraire, mais quand on commence à faire de la musique, ça devient sérieux.
Georges Corette.
Ce surnom Kolonel est venu avec sa manière de travailler dans l’école Cool Is I à La Tour Koenig. Il nous disait : «Là, on est en service militaire.» Lui, il était le colonel, Menwar le général, Curty O’clou le lieutenant, Kurwin Castel, le capitaine, Maxime Rosalba, le commandant et moi, l’adjudant en chef. Georges nous a pris en main et a partage avec nous des choses inestimables dans la musique. Georges était plus qu’un père, un guide, un mentor pour moi. Sans lui, il n’y aurait pas eu Ras Minik aujourd’hui. Je serai toujours reconnaissant envers lui. Kolonel res Kolonel.
Les pionniers du seggae s’en vont un après l’autre, cela vous fait quoi ?
Li dir kan perdi bann lezand koumsa. Les pionniers partent un après l’autre. La vie est ainsi, il y a un début et une fin. On doit faire preuve de respect et de reconnaissance pour ce qu’ils ont légué et pour nous. On doit conserver leur mémoire en valorisant leur héritage. Leurs musiques resteront vivantes.
La musique «roots» évolue comment, selon vous ?
La musique roots a connu une progression, surtout au niveau du son. La qualité est bien meilleure, avant, c’était galère de trouver un son potable… Il n’y avait pas autant d’options qu’aujourd’hui. La manière de jouer aussi a connu quelques changements, mais la base reste là. Mais il ne reste pas beaucoup de groupes qui font de la musique roots pure et dure. L’évolution sonore apporte un changement inévitable, dans la musique comme ailleurs.
Il manque quoi au seggae pour qu’il passe à l’international ?
Pour passer à l’international, il faut avant tout aller vers une sonorité propre. Il faut entendre tous les instruments comme il se doit. Le mixage et le mastering sont importants et essentiels. Il faut trouver sa couleur musicale pour se démarquer.
Il faut aussi un bon chanteur, qui travaille avec rigueur pour conserver et perfectionner sa voix. Pour une tournée à l’international, il est important d’avoir un bon manager. Une personne qui connaît son métier et qui a un carnet de contacts dans le réseau du booking pour pouvoir placer son artiste.
La solidité du groupe est importante aussi. Les tiraillements entre musiciens sont un des facteurs qui provoquent plein de cassures ou la fin du groupe. Je suis passé dedans plein de fois, je parle en connaissance de cause. La discipline des musiciens est aussi primordiale. Sans cela, tout va en désordre. La discipline et le travail sont les ingrédients essentiels pour tourner à l’international.
Quel est votre regard sur la nouvelle génération du seggae ?
Pour la nouvelle génération, je ne vois pas beaucoup de groupes qui font du seggae. C’est dommage. Mais je garde espoir et j’encourage les jeunes à faire du seggae. C’est l’héritage de Kaya qu’il faut continuer à valoriser. Il ne faut pas qu’il tombe dans l’oubli. C’est la musique identitaire de notre pays. Mettre un titre de seggae dans votre répertoire va permettre à cette culture musicale de rester vivante dans la conscience des gens.
Qui sont les artistes seggae en qui vous voyez l’espoir de la survie du seggae ?
Murvin Clélie & The Prophecy fait un beau travail musical pour la promotion du seggae. Ce groupe monte et gagne en maturité. Je trouve que Sayaa aussi fait bien. Bilygane est un jeune artiste très prometteur. Son discours, son charisme et sa plume se démarquent. Pour moi, ces trois-là sont des artistes engagés, avec des discours percutants. Le seggae est une musique militante et on a besoin d’artistes qui militent avec leur plume et leur voix. Je leur souhaite une bonne continuation et je pense qu’ils iront loin.
Votre vision ou votre souhait pour le seggae ?
Pour que Kaya ne tombe pas dans l’oubli. Je souhaite que le seggae passe à l’international. Qu’il soit joué sur tous les festivals de reggae dans le monde. Pour que Kaya et les pionniers du seggae soient fiers lao dan Zion.
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Les derniers Mohicans s’en vont
Le 18 août 2026, Maxime Rosalba a fait sa dernière phrasé de basse avant d’aller rejoindre Kaya. L’ancien sideman de Joseph Reginald Topize, de Cool Is I et bien d’autres, a marqué son empreinte dans la musique roots d’ici. Avec lui, c’est un pan d’histoire du seggae qui s’en va. Un bassiste à la signature particulière qui compte plus d’une vingtaine de participations sur des albums du genre.
Neville Célèrine.
Ces dernières années marquent les départs des Mohicans du seggae. On a perdu la légende Ras Natty Baby le 26 avril et Éric Célérine, guitariste et chanteur de Natir Chamarel, le 8 janvier. Avant eux, un autre bassiste du seggae a passé l’instrument à gauche : Neville Célèrine, le 17 juillet 2025. Ce membre fondateur de Natir Chamarel a laissé une trace indélébile. Sa dextérité, son assise sont connues de tous. On le reconnaît à la première gamme, surtout sur le projet de collaboration musicale OSB Crew feat. Natir Chamarel. Un combo dynamique en live, où la basse de Neville Célèrine se démarquait.
Bien d’autres militants du seggae sont partis, mais le seggae reste vivant.
La clé de la maison est dans les mains des nouveaux ambassadeurs des seggaemen. La première lignée de cette musique passe le relais à une nouvelle génération.
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Georges Corette, l’architecte
Cette année marque les 16 ans depuis la disparition du Kolonel, de son vrai nom Georges Corette. Celui qu’on considère comme l’architecte du seggae, lui donnant une sonorité plus affinée et accompagnant Kaya sur ses plus belles productions discographiques. Son apport dans la musique locale, avec Kaya ou avec OSB Crew, a apporté une autre approche du son, avec plus d’emphase sur les motifs polyrythmiques de notre musique ternaire pour faire que le seggae sonne authentique. Sa vision de la musique, sa rigueur et sa discipline ont été les moteurs permettant à la première génération du seggae de sortir la tête hors de l’eau et de faire émerger cette musique aux yeux du monde, malgré les stigmates et les préjugés d’une société conservatrice. «Être musicien, c’est prendre le risque de survivre. Sa vie est incomplète s’il ne va pas voir ailleurs. Il faut que le musicien se libère de ses complexes. Tant qu’il aura peur, il restera un amateur», disait Georges Corette.
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