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Service civil

«Si le poumon du pays ne fonctionne pas, rien ne va»

13 septembre 2026, 16:00

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«Si le poumon du pays ne fonctionne pas, rien ne va»

■ De g à d: Krish Ponnusamy, Narendranath Gopee et Alain Wong.

Comment rendre la Fonction publique plus transparente, efficace et adaptée aux exigences de demain ? C’est l’une des questions centrales soulevées lors du Workshop on the Public Sector Reform Legislation, organisé le lundi 7 septembre à l’Atal Bihari Vajpayee Institute of Public Service and Innovation, à Côte-d’Or Technopole. Un atelier consultatif d’un jour et demi, où les participants ont été appelés à faire part de leurs propositions sur la réforme du secteur public. Pour le ministre de la Fonction publique et de la Réforme administrative, Raj Pentiah, l’objectif était précisément de recueillir les contributions du plus grand nombre.

«Nou bizin enn servis piblik ki transparan», a insisté le ministre. Parmi les priorités évoquées figurent une révision des méthodes de recrutement et de promotion, la réduction de la bureaucratie et une transformation en profondeur du fonctionnement de l’administration. Les qualificatifs mis en avant sont clairs : un service public «redevable, efficient, résilient, agile».

Selon Raj Pentiah, l’enjeu dépasse le seul fonctionnement administratif. «Si la fonction publique répond positivement à la demande du public et à celle du secteur privé, notre PIB pourrait augmenter de 1,5 %», a-t-il déclaré. Pour lui, restaurer la confiance de la population dans le service civil constitue également un objectif majeur. La réforme devra ainsi s’attaquer aux causes structurelles des lenteurs administratives plutôt qu’aux seuls symptômes.

«La réforme doit être une action continue»

Pour Krish Ponnusamy, ancien Senior Chief Executive du ministère de la Fonction publique, la première réforme à envisager est celle de la réforme elle-même. Il estime qu’il ne faut pas considérer la transformation de l’administration comme une opération ponctuelle, mais comme un processus perpétuel.

«Les réformes dans le service civil ne se font pas d’un seul coup. Les réformes, c’est une activité qu’il faudra faire régulièrement.» Il préconise ainsi une continuous reform, régulièrement mise à jour, afin de tenir compte des exigences de la modernité, des nouvelles stratégies gouvernementales et des avancées technologiques.

Son idée centrale est celle d’un programme intégré de réforme pour l’ensemble du service civil, plutôt que des initiatives isolées dans chaque ministère. Une telle approche permettrait, selon lui, d’améliorer la productivité, l’efficience, la qualité de la prestation de services, le customer care ainsi que la qualité des ressources humaines et du leadership.

Mais cette transformation prendra du temps. Krish Ponnusamy met en garde contre une attente immédiate des résultats. «Les grandes réformes vont apporter des résultats dans le long terme. Mais le court terme aussi, c’est important.» Il estime donc qu’il faut parallèlement identifier des mesures capables de répondre aux problèmes urgents auxquels fait face actuellement le service public.

Miser sur la technologie et donner davantage de moyens

La transformation numérique constitue l’un des autres axes majeurs évoqués. Krish Ponnusamy cite notamment l’utilisation de l’intelligence artificielle et la mise en place d’une législation permettant de donner davantage de pouvoirs d’action aux ministres et aux chefs de département.

Cette approche rejoint également certaines propositions d’Alain Wong, ancien ministre de la Fonction publique et des Réformes administratives et ancien ambassadeur de Maurice en Chine. Celui-ci rappelle que le ministère de la Fonction publique a été créé en 1988, en remplacement de l’ancienne Establishment Division du bureau du Premier ministre.

Parmi les mesures qu’il propose figure notamment le flexi-time. Une organisation aux horaires plus flexibles pourrait, selon lui, avoir des répercussions positives sur plusieurs domaines: le trafic routier, la consommation d’eau et d’électricité, les dépenses énergétiques, mais aussi l’équilibre familial. Il avance également l’idée de prolonger de deux heures par jour les horaires d’ouverture de bureaux de la plupart des ministères, sans coût salarial supplémentaire, afin d’améliorer l’accès aux services publics.

La formation au cœur de la transformation

La réforme ne pourra toutefois être durable sans investissement dans les compétences. Alain Wong propose que la formation soit obligatoire pour tous les agents publics, y compris ceux des organismes parapublics et des collectivités locales.

Il souligne que le problème ne réside pas nécessairement dans le montant consacré à la formation, mais plutôt dans sa répartition. «Le budget de formation n’a jamais posé problème, mais sa répartition entre les ministères et départements est inégale», fait-il ressortir. Il suggère ainsi de centraliser ce budget auprès du nouvel Atal Bihari Vajpayee Institute of Public Service and Innovation, afin que chaque ministère puisse envoyer ses agents en formation sans être limité par ses propres ressources financières.

Chaque fonctionnaire pourrait également disposer d’un espace numérique personnel permettant d’enregistrer les formations suivies et d’obtenir des microcertifications, susceptibles de conduire progressivement à un certificat, un diplôme ou un grade.

Pour Alain Wong, les responsables des ressources humaines doivent également être plus proactifs dans l’identification des besoins. «Le déficit de compétences freinera le progrès économique et les services aux citoyens et aux entreprises», prévient-il.

Il propose par ailleurs de s’inspirer de modèles étrangers. Les hauts fonctionnaires pourraient bénéficier d’une formation comparable à celle dispensée par l’Institut national du service public en France, avec une année de formation suivie d’un stage. L’Académie nationale d’administration Lal Bahadur Shastri en Inde constitue également, selon lui, une référence.

Sortir le «Public Service Bill» des tiroirs

Pour Narendranath Gopee, négociateur de la Federation of Civil Service and Other Unions, la réforme doit cependant commencer par les fondations du système. Il réclame une révision en profondeur des Public Service Commission Regulations, qu’il considère comme un cadre devenu inadapté à la réalité mauricienne.

«Après 58 ans d’indépendance, nous ne pouvons pas laisser la fonction publique être guidée par un document colonial.» Selon lui, ces règlements, qui encadrent notamment le recrutement, les promotions et les procédures disciplinaires, accordent une place importante aux fautes commises par les fonctionnaires, mais ne valorisent pas suffisamment le bon travail accompli. «Le Public Service Bill dort dans un tiroir de la fonction publique.»

Il estime donc qu’une refonte complète de ce mécanisme est indispensable. «Tant que ce document n’est pas revu, la fonction publique va piétiner. La fonction publique est le moteur et le poumon du développement du pays, s’il ne fonctionne pas, rien ne va.»

Pour Narendranath Gopee, cette réforme est d’autant plus urgente que la Fonction publique constitue un moteur essentiel du développement national. Agriculture, intelligence artificielle, technologie, énergie, économie bleue ou encore projets liés à l’océan… autant de secteurs qui nécessitent une administration capable de fonctionner avec davantage d’efficacité.

Une transformation qui doit toucher tout le système

Au final, les propositions convergent vers une même nécessité : dépasser les réformes ponctuelles pour engager une transformation structurelle. Recrutement et promotions plus transparents, réduction de la bureaucratie, numérisation, intelligence artificielle, flexi-time, formation obligatoire, meilleure gestion des ressources humaines et refonte des règlements sont autant de pistes avancées.

L’objectif affiché par le ministre Raj Pentiah est de construire un service public capable de répondre aux besoins d’une société et d’une économie en évolution. Mais, comme le rappelle Krish Ponnusamy, «la réforme doit être une action continue». Pour réussir, elle devra donc combiner des mesures immédiates avec une vision de long terme. C’est à cette condition que la Fonction publique pourra passer d’un système principalement administratif à une structure plus agile, compétente et centrée sur le citoyen.

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