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“Il faut cesser de diaboliser l’industrie de la cigarette”
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“Il faut cesser de diaboliser l’industrie de la cigarette”
<B>Comment expliquez-vous que les profits du British American Tobacco (BAT) soient en hausse alors que les chiffres d’affaires connaissent une chute ? </B>
Il faut faire beaucoup d’efforts pour maîtriser les coûts. Nous mettons aussi de la qualité dans le produit. Il y a toutefois une limite à la différentiation. On est obligé d’être plus efficient. Nous avons fait baisser les coûts de l’électricité de 20 % au cours de ces deux dernières années. On essaye d’être aussi efficient que possible dans tous les postes de dépense.
<B>La taxe constitue une composante importante dans la structure du prix des cigarettes…</B>
Pour chaque roupie dépensée par le consommateur de cigarettes, 71 sous partent dans la caisse du gouvernement. Le BAT paye environ Rs 1,7 milliard à l’Etat chaque année sous forme de taxe, soit une somme de Rs 4 millions chaque jour. L’industrie contribue pour environ 6 % du revenu national et autour de 50 % du montant global de l’excise duty sur les produits fabriqués localement.
Le BAT est le seul acheteur du tabac produit localement et dont l’activité emploie quelque 10 000 personnes.
<B>Le BAT fait de plus en plus face à la concurrence des cigarettes importées. Comment gérer une telle situation après une longue période de monopole ?</B>
Il n’y pas de level playing field sur le marché. Les importateurs de cigarettes n’ont pas les mêmes contraintes que nous. Nous avons des conditions à respecter vis-à-vis des producteurs de tabac et du Tobacco Board. Nous devons acheter le tabac à un prix fixé par cette institution de régulation. A Maurice, nous payons US$ 4,5 aux planteurs locaux pour chaque kilo de tabac, alors que la moyenne internationale est de US$ 1,5 le kilo. Les importateurs, eux, peuvent acheter un tabac meilleur marché.
Notre marché est extrêmement réglementé. Il faut réformer l’industrie. Il y a trop de régulation. Cela peut tuer l’activité elle-même. Il faut que toute la chaîne de production (les planteurs, le Tobacco Board et les fabricants de cigarettes) devienne plus efficiente. Le BAT est le seul à subir les conséquences lorsqu’il y a des éléments inefficients dans la chaîne.
<B>La contrebande vous inquiète-elle ?</B>
Nous pouvons faire face à la compétition aussi longtemps qu’elle est loyale. Il existe de gros risques que des pratiques illicites existent sur le marché des cigarettes importées. Des produits entrent dans le pays en contrebande. Il faut que les autorités exercent un plus grand contrôle à la douane. Nous estimons que 30 % des cigarettes importées entrent sur notre marché à travers des filières illicites.
<B> Comment faites-vous pour faire face à la concurrence étrangère ?</B>
Nous offrons à nos clients un produit frais, contrairement aux produits importés. Nous offrons au consommateur ce qu’il cherche selon ses goûts et son pouvoir d’achat.
Notre stratégie de branding comprend trois axes : un brand local, un brand régional et un brand international. Dans tous les pays où nos opérons, nous offrons cette gamme diversifiée. Nous savons aussi qu’il y a une certaine fierté patriotique qui joue en faveur des marques locales.
<B>Votre activité n’a pas une bonne image auprès d’une large frange de la communauté, et surtout auprès de plusieurs groupes de pression anti-tabac…</B>
C’est vrai que notre industrie a un penchant controversé. Il faut qu’il y ait un dialogue. Nous demandons qu’on écoute notre point de vue également. Il est malheureux que certains ne fassent que critiquer. Nous acceptons de les écouter mais lorsqu’ils disent qu’il faut arrêter la production de tabac, nous estimons que ce n’est pas sérieux. Il faut cesser de diaboliser l’industrie de la cigarette.
Au BAT, nous croyons fermement que les enfants ne devraient pas fumer. Fumer doit être un choix réfléchi, et donc d’un adulte.
<B>Dans quelle mesure votre système de “social reporting” vous aide-t-il à mieux communiquer avec la communauté ? </B>
Le social reporting fait partie de notre responsabilité sociale. Au BAT, nous avons adopté un système rigoureux et structuré de reporting. La compagnie vise à identifier de manière proactive les attentes du public par rapport à un comportement responsable de notre part.
Nous invitons les stakeholders à participer à la démarche. Cela nous permet de mieux tenir compte de leurs aspirations dans les décisions de la compagnie. En même temps, nous pouvons démontrer que nous sommes attentifs à certaines attentes et inquiétudes de la population touchant à l’industrie du tabac.
Nous proposons une structure crédible. Nous avons fait appel à des modérateurs et à des arbitres indépendants et externes à la compagnie. Notre responsabilité sociale à Maurice se focalise sur trois domaines en particulier : l’éducation tertiaire, l’environnement et la capacity building au sein de la société. Nous avons mis en place une bourse d’études pour le premier cycle, destinée aux étudiants de condition modeste ayant obtenu des résultats brillants à la Higher School Certificate. Nous sommes aussi engagés dans une campagne contre le tabagisme au sein de la population infantile.
<B> Plusieurs de vos cadres locaux obtiennent des responsabilités importantes au sein du groupe à l’étranger. Quel est le facteur qui favorise cette mobilité ? </B>
Effectivement. Beaucoup de nos collègues obtiennent une affectation dans les filiales du groupe dans d’autres pays. Un manager du BAT à Maurice sur cinq se trouve à l’étranger. Ceux-ci occupent des postes à responsabilité dans plusieurs pays, notamment Dubayy, le Bangladesh et l’Angleterre. Le groupe estime que les managers à Maurice sont très talentueux. Le fait qu’on soit bilingue nous aide beaucoup, surtout dans des pays francophones.
Le groupe du BAT offre aussi la possibilité à ses cadres de travailler en outremer. Cela leur permet d’acquérir une expérience internationale et leur offre une ouverture d’esprit. Nous avons un Management Training Scheme offrant une formation de deux ans. Ainsi, le groupe dispose d’un pool de compétences mis à la disposition de toutes les filiales du BAT à travers le monde.
<I>“C’est vrai que notre industrie a un penchant controversé. Il faut qu’il y ait un dialogue. Il est malheureux que certains ne fassent que critiquer. Nous acceptons de les écouter. Mais lorsqu’ils disent qu’il faut arrêter la production de cigarettes, nous estimons que ce n’est pas sérieux.”</I>
<I>Propos recueillis par Akilesh ROOPUN</I>
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