Publicité
“On n’est pas un syndicat de marchands”
Par
Partager cet article
“On n’est pas un syndicat de marchands”
•<B> Comment votre institution a-t-elle évolué pour prendre en compte les réalités actuelles ?</B>
En 1850, la chambre était une association de marchands et de commerçants uniquement. Au fil du temps notre institution a accueilli l’ensemble des secteurs qui ont émergé au cours de ces dernières 150 années, notamment l’industrie, la zone franche, et tout récemment les technologies de l’information et des communications (Tic).
Depuis 2003, la Chambre de commerce et d’industrie (CCI ) a un nouveau mission statement qui se lit ainsi : “To serve and promote the interest of the business community in playing a leading role in the economic development of Mauritius.”
Il est donc clair que maintenant notre rôle est de servir la communauté des affaires en général, même si nous avons aussi des engagements envers nos membres.
La chambre n’est pas un syndicat de commerçants. Nous gardons notre indépendance dans toutes nos démarches et négociations. Parfois, nous avons à réitérer à nos membres que nous défendons l’intérêt de la communauté des affaires en général et non des intérêts particuliers.
Dans le sillage de notre 150e anniversaire, nous avons entrepris un exercice de réflexion sur notre mission et sur nos structures. L’exercice a débouché sur le nouveau mission statement évoqué plus haut, mais aussi sur une nouvelle structure.
Nous avons un nouvel organigramme et nous avons recruté pour étoffer nos divers départements. La chambre compte aujourd’hui une cinquantaine d’employés contre une dizaine à peine il y a une décennie.
•<B>Comment gérez-vous les conflits entre les intérêts de vos membres et l’intérêt général et même entre les intérêts parfois divergents de vos propres membres ? A titre d’exemple, les commerçants et les industriels n’ont pas la même appréciation de la politique du taux de change…</B>
C’est complexe. Il y a effectivement parfois des intérêts conflictuels mais notre approche est justement de nous placer au-dessus de la mêlée pour nous concentrer sur l’intérêt de l’économie en général. Nous essayons d’adopter un point de vue équilibré pour trouver un compromis entre les intérêts divergents. La CCI ne s’intéresse pas aux intérêts à court terme car nous privilégions le long terme.
Il est important de savoir que les décisions de la chambre sont prises par notre conseil où tous les secteurs de l’économie sont représentés : le commerce, l’industrie, la banque, l’assurance et les services. Il se dégage donc nécessairement une vision globale qui reflète l’intérêt de l’économie dans son ensemble.
•<B>De quelle manière la CCI contribue-t-elle au développement économique du pays ? </B>
Nous faisons partie intégrante du processus d’orientation de l’économie. Nous contribuons de manière permanente à l’élaboration de la politique de développement économique à travers nos propositions au gouvernement, notamment notre mémoire pré-budgétaire.
Cette réflexion proactive constitue l’essentiel de notre activité. C’est ce qui nous permet de prendre les devants sur plusieurs dossiers tels la formation, l’encouragement de l’esprit d’entreprise et l’intégration économique et commerciale du pays.
La CCI est ainsi activement engagée dans toutes les négociations commerciales du pays que ce soit au niveau de l’Organisation mondiale du commerce, de la Southern africa development community (SADC) et du Common market for eastern and southern Africa (Comesa).
Chaque semaine, un cadre de la CCI est impliqué dans l’une de ces discussions ou négociations.
Dans la pratique, nous offrons une variété de services à la communauté des affaires. Nous agissons comme facilitateurs. Nous gérons le système de code-barre qui est un système international. Nous gérons aussi le système de remboursement des droits de douane à l’aéroport. Nous avons également créé une instance d’arbitrage pour le règlement des litiges.
La chambre fournit aussi gratuitement un service conseil à la communauté des affaires. Il est accessible à tous et n’est pas réservé à nos membres. Ainsi, si quelqu’un veut créer une compagnie, on lui expliquera toutes les procédures légales et administratives.
Il y a eu le lancement du Young Entrepreneurship Trust pour encourager la culture d’entreprise chez les jeunes. C’est un autre exemple où nous avons pris les devants car c’est devenu une priorité aujourd’hui.
•<B> Vous dites que la CCI n’est pas un syndicat pourtant la perception est justement qu’elle est là essentiellement pour défendre les intérêts de ses membres….</B>
Cette perception a peut-être existé dans le passé, mais je crois que ce n’est plus le cas. Aujourd’hui, avec nos diverses publications et notre participation au débat économique, notamment à travers la presse, le public a l’occasion de connaître nos points de vue. Il se rend compte que nous tenons un discours qui va au-delà des intérêts particuliers de nos membres.
•<B> Comment les institutions du secteur privé sont-elles appelées à évoluer ? </B>
Lorsque nous avions fait notre brainstorming des questions sur les autres institutions du secteur privé se sont effectivement posées. Mais ce n’est pas notre mandat d’y répondre. C’est à ces entreprises de faire leur auto-analyse. Il ne nous appartient pas de dire ce qu’elles devraient faire.
Inévitablement, toutes les institutions seront amenées à revoir leur rôle et fonctionnement. Cela dit, il convient de faire ressortir que c’est lorsqu’on voyage que l’on se rend compte que le secteur privé mauricien est l’un des mieux structurés.
À l’étranger, nos interlocuteurs sont impressionnés par notre manière de travailler. Il y a même des pays qui ont copié notre modèle d’organisation.
•<B>Quand on parle des institutions du secteur privé, on ne peut manquer de se poser des questions quant à leur représentativité et leur légitimité pour parler au nom de l’ensemble du secteur privé. Que répondez-vous ? </B>
Le nombre d’adhérents directs n’est pas la seule mesure. À Maurice, quand il s’agit de payer une cotisation, même minime, cela représente une barrière pour certains.
Néanmoins, les entreprises – toutes tailles confondues – qui sont membres de la chambre, sont représentatives des opérateurs économiques du pays. Si on additionne le chiffre d’affaires de nos membres, le total représenterait un pourcentage important du produit intérieur brut. Près de 75 % des entreprises figurant dans le top 100 sont nos membres.
Par ailleurs, la CCI obtient une partie de son financement à travers les services payants que nous offrons à la communauté des affaires. On peut ainsi dire qu’indirectement, c’est l’ensemble de la communauté des affaires qui nous finance.
De plus, comme déjà évoqué, nous offrons des services gratuits à qui le veut. Nous ne pouvons donc pas réduire notre action et notre rayonnement à nos membres seulement.
La CCI intervient à chaque fois qu’il y a une question ou un problème important. Lorsque le problème des poids lourds sur l’autoroute a surgi, nous avons réuni toutes les parties prenantes et nous avons aidé à trouver des solutions. Ce n’est qu’un exemple qui démontre que la CCI est un partenaire respecté. Notre représentativité et légitimité ne sont pas remises en question.
•<B> La CCI est très présente dans le domaine de la formation et vous allez consolider vos assises avec l’ouverture d’un centre à Ebène…</B>
En effet. Nous sommes des pionniers dans le domaine de l’informatique. La chambre a été la première a proposer une formation sanctionnée par un diplôme. C’était il y a 20 ans, soit en 1985.
Aujourd’hui, nous travaillons avec trois universités françaises pour offrir des diplômes d’État de niveau Bac plus 2 à Bac plus 5. Nous comptons 150 étudiants à temps plein et entre 175 et 200 étudiants à temps partiel.
Nous avons donc besoin de plus d’espaces d’où notre investissement dans un centre de formation dans la cybercité. Il sera opérationnel en octobre ou vers la fin de l’année au plus tard. On pourra y faire des études commerciales, en gestion et en informatique. Nous aurons la collaboration de la Haute école de commerce et de l’Ecole supérieure de commerce, qui sont gérées par la Chambre de commerce de Paris.
Par ailleurs, nous sommes en pourparlers avec la Chambre des métiers de l’île de la Réunion pour promouvoir la formation technique qui fait défaut à Maurice.
<I>“(...) notre approche est justement de nous placer au-dessus de la mêlée pour nous concentrer sur l’intérêt de l’économie en général. ”</I>
<I>Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN</I>
Publicité
Publicité
Les plus récents