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Ô femme, quand tu parais?
Alanguie, offerte à la caresse du regard, Urmila, La Belle prend la pose. S?expose. Profite d?une pause. Un moment d?intimité où simplicité et réminiscences de peurs passées sont mêlés.
Que fait-elle exactement ? Est-elle agenouillée pour prier ou pour panser une blessure au mollet ? Et ce bras qu?elle garde obstinément replié derrière son dos. Retient-il les pans d?une tunique diaphane ou est-ce la posture inconfortable d?une torture autant physique que morale ?
Françoise Vrot laisse volontairement planer l?ambiguïté entre les drapés du tissus. Un jeu du suggéré que l?artiste peintre décline en 24 tableaux à la galerie Chane Cane, à Grand-Baie, depuis le 26 novembre et ce jusqu?au 8 décembre.
Aux côtés du personnage d?Urmila, qui hante visiblement l?imaginaire or, rouge, ocre et safrané de Françoise Vrot, se tiennent quatre autres artistes. Fabien Cango, Liu, Laëticia Li et Jean Alain La Perotine participent à leur échelle à la Célébration de la Femme, thème de l?exposition.
Mais il est difficile de quitter des yeux les longs cheveux ébouriffés d?Urmila. Lascivement posée sur un divan, pensive dans sa Chambre Jaune ou Devant la Mer, voire carrément Endormie sur un Fauteuil Louis XVI, ses gestes mettent en scène une impudeur débarrassée de toute agressivité.
A la place, un bonheur presque ? nous insistons - presque parfait. Celui qui vous tombe dessus à La sortie du bain par exemple. Temps privilégié par excellence qui n?appartient qu?à soi. Pendant ce semblant d?éternité, nous devinons que les gestes mécaniques d?Urmila laissent remonter à la surface ses pensées les plus intimes. L?essence même de la féminité déborde entre les doigts qui refont un n?ud, rajustent une bretelle.
La fragilité de la nudité est aussi double. Debout dans l?antichambre d?un ailleurs qui lui échappe, Urmila reste souvent à attendre. L?attente, cruelle et inexorable, est marquée dans la chute de reins. Tout le long de cette ligne qui file jusqu?au bas du dos, comme une éternité de chagrin.
Une attente qui signifie aussi vieillesse ou kilos en trop, selon que l?on se place devant les nus figés par l?objectif de Jean Alain La Perotine. Ses photos en blanc et noir font étalage d?un dégradé de gris pour éclairer un ventre rebondi zébré de vergetures.
Pas de ?mode brindille.? Il faut que le corps s?exprime. Qu?il ose basculer cul pardessus tête, pour retrouver l?équilibre de rondeurs d?abord mal assumées, puis exhibées, avant d?être acceptées. Des états d?âmes qui brouillent la pensée à la vue de ce masque blanc que le photographe place à même la peau. Un doigt est posé sur la bouche. C?est le carcan de nos tabous.
Ceux que Liu fait voler en éclat avec ses silhouettes de femmes désarticulées. Pantins dans leur propre existence. Elles nous tournent le dos. Pire, La Rousse, ?vulgaire? avec ses bas fuschia, pointe vers son sexe réduit au symbole de carré orangé.
Lieu de plaisir : volontaire, acheté ou vendu. Masturbation. Lieu de la naissance, désirée ou imposée. Mais aussi lieu de souffrance, siège de toutes les barbaries. Les dessins de Liu nous forcent à regarder en face la difficulté d?être femme. Le rouge est colérique, le jaune emporté, le bleu sombre et inquiétant. Fantasmes et figures imposées nous secouent. C?est déjà la fin de la fête. Le début de la réflexion.
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