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États-Unis... d?Afrique
Kenya, à côté de chez nous. Plus de 1 000 morts. Entre 250 000 et 300 000 déplacés. Si le Kenya, jusqu?ici modèle de stabilité et de progrès post-colonial, s?est à ce point embrasé en un mois, alors il est évident que toute l?Afrique, plus que jamais, est assise sur une poudrière, alimentée par des hommes aux intérêts divers.
La cinquantaine de chefs d'État et de gouvernement des États membres de l?Union africaine, réunis en fin de semaine à Addis-Abeba, mesurent bien leur incapacité à éteindre le feu et à assurer la paix sur l?ensemble du continent sans l?aide étrangère. Sans une armée digne de ce nom, sans une volonté politique fédératrice, le conseil de paix et de securité de l?Union africaine continuera à siéger uniquement pour appeler l?aide internationale, qui par ailleurs se bouscule au chevet africain.
Outre l?Europe, accusée d?imposer une nouvelle forme de colonialisme économique, qui régresse, outre l?Inde et la Chine qui investissent, à pas de géants, le terrain industriel, il y a les États-Unis surtout qui s?intéressent de près à l?Afrique. Les Américains veulent y implanter un commandement militaire, l?« Africa Command » ou l?« Africom ». Le projet américain vient d?être présenté aux autorités mauriciennes, qui voient surtout d?un bon oeil le volet Formation que recèle l?« Africom ». Même en concédant que ses météorologues et ses policiers en ont bien besoin, Maurice demeure bien loin des préoccupations africaines et des enjeux communs à ce bloc auquel nous appartenons.
L?administration Bush aux États-Unis, qui vit sa dernière année au pouvoir, veut précipiter les choses en Afrique pour des raisons qui lui sont propres. Et elle ne perd pas de temps à parlementer avec l?Union africaine, la SADC ou d?autres regroupements regionaux, qui ?uvrent déjà avec les Nations unies. Les autorités américaines pensent qu?en négociant de pays à pays, les résultats pour un accord de principe seront plus probants.
Si ceux qui vendent l?« Africom » à l?Afrique ? George Bush viendra le faire en personne à la mi-février ? n?avouent pas que les ressources en Afrique leur sont capitales, que l?Afrique de l?Ouest les approvisionne, à hauteur de 15 %, en besoins pétroliers, et que ce chiffre est appelé à croître jusqu?à 25 % d?ici 2015, alors les marchands de stabilité, champions humanitaires, mènent l?Afrique en bateau, comme la Grande-Bretagne nous a menés en bateau en bradant Diego Garcia.
Récemment, dans la mémoire africaine, le bombardement en Somalie, contre des extrémistes religieux, dans la corne de l?Afrique, a surtout tué des hommes, femmes et enfants innocents, et a provoqué une exode de réfugiés. Qui viennent s?ajouter à ceux du Kenya et du Soudan, ces drames de l?Afrique.
Nous disons l?Afrique, mais c?est une simplification sommaire et commode. L?Afrique, hormis sa notion géographique, n?existe pas, du moins pas encore, quoi qu?on en dise. C?est un espace trop vaste, divisé par la nature et déchiré par l?homme. Ce continent, riche en ressources en tous genres, n?a jamais cessé d?être décimé autant de l?intérieur, notamment par des tribus rivales et des marchands d?esclaves, que de l?extérieur principalement par des puissances coloniales et aujourd?hui par des multinationales en quête de pétrole, de diamants et de marchés pour écouler médicaments et autres produits de première nécessité. L?Afrique deuxième continent le plus peuplé du monde, qui ne dispose que de 10 % des réserves mondiales de pétrole et de gaz, est le terrain en friche d?une folle course énergétique, le nouvel Eldorado en raison des conflits au Moyen-Orient. Pourtant ce pétrole, source de tensions, qu?on surexploite, l?Afrique risque de le payer trois fois plus cher une fois ses ressources épuisées... Mais l?Afrique ne pense pas en tant que bloc. Ce manque de vision commune profite aux autres.
La dimension militaire dans les aides internationales n?est pas forcément la meilleure des recettes. Il y a une panoplie de mesures de redressement à entreprendre pour aider l?Afrique à se remettre sur pied. Par exemple, soutenir l?Union africaine pour la constitution d?une armée panafricaine pour assurer la paix sur le continent, ce qu?elle a été incapable de faire jusqu?ici. Ou annuler des dettes pour des économies au bord du gouffre car incapables de profiter de l?économie du marché. La construction des hôpitaux et des écoles serait également plus profitable que des bases militaires.
Car finalement, sur l?échiquier global, ce sera à l?Afrique de se prendre en main, de veiller à ses ressources, de régler ses problemes de corruption et de sanctionner ses dirigeants dictatoriaux et ses empereurs autoproclamés, bref de promouvoir le respect des droits de l?homme afin d?arriver à établir des échanges en tant que bloc uni et hétérogène. Le rapport des forces avec les États-Unis ou l?Europe serait alors moins déséquilibré. Avec les changements de configuration sur l?échelle planétaire, l?Union africaine devrait sans tarder se muer en un espace politique fédérateur, sinon Kadhafi risque de rejoindre Sarkozy sur un projet d?Union méditerranéenne, sinon d?autres puissances vont se partager, une nouvelle fois, le continent, avec les guerres tribales que cela risque d?engendrer, comme aujourd?hui au Kenya.
L'histoire n'est écrite nulle part. Elle est celle que les hommes d?un même continent veulent bien faire... L?Europe n?a pas fini sa construction. La fameuse « Pax Africana », rêve d?antan, doit commencer la sienne. Elle a déja un nom : les États-Unis d?Afrique... c?est, dans la douleur de la guerre aussi, qu?est né l?autre USA !
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