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Après des millions d’années : Le sable, substance banale, est devenu de... «l’or jaune»

12 juin 2026, 22:00

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Après des millions d’années : Le sable, substance banale, est devenu de... «l’or jaune»

Il suffit d’un grain de sable pour enrayer la machine. Le sable que l’on croyait infini est maintenant considéré comme de «l’or jaune». L’homme a encore une fois trop bousculé la nature : chaque année, il prélève 50 milliards de tonnes de sable, et ce chiffre astronomique va doubler d’ici 2060. Un énorme impact environnemental.

Et dire que ce sable est un fossile vieux de plusieurs centaines de milliers d’années. Il est le produit de l’érosion des roches, lesquelles ont encaissé durant ces milliers d’années la pluie, le vent, le gel, et les vagues brisant la roche mère en fragments. Un très long périple qui se termine dans les fonds marins. Entretemps, il est devenu du sable à la suite des entrechocs.

Exploitation massive

Ce maillon naturel filtre l’eau et régule les rivières et les habitats, par exemple pour les crabes. L’homme procède alors à des extractions massives. Il entre dans la construction d’immeubles, de routes, de verre, de smartphones, de cosmétiques et même de puces électroniques. Le roi béton est né. L’homme explore les littoraux, les embouchures de fleuves les fonds marins côtiers. Le sable est banal et bon marché.

Savez-vous que Singapour a été construit sur du sable ? Ce qui a provoqué la disparition d’une quinzaine de petites îles. Il a continué à agrandir son territoire grâce au sable importé d’Asie. Une exploitation qui ne plaît guère à des pays comme le Cambodge et la Malaisie. La cité-État importe massivement des produits des pays voisins, ce qui suscite des tensions diplomatiques. Voilà qui va donner naissance à la mafia du sable qui, en dehors du cadre légal, va dilapider des pays comme le Maroc, l’Inde et le Kenya. À l’heure actuelle, 40 à 50 % du sable extrait des mers relèvent de l’illégalité.

La Chine mène des exploitations destructrices. Les gisements s’épuisent puisqu’elle consomme 50 % du sable côtier mondial. À force de trop prélever, le sable est devenu la deuxième ressource naturelle la plus exploitée après l’eau. Ce qui affecte directement la sécurité alimentaire. Ce phénomène renforce la pénurie d’eau, provoque une baisse des nappes phréatiques – donc des produits agricoles – causant la sècheresse ou l’inondation.. Des terres devenues moins cultivables comme pour la riziculture.

Écosystème ravagé

Il faut avoir vu la taille des bateaux aspirateurs et leurs machines de dragage. Ils raclent les fonds marins, ce qui affecte grandement les poissons et la pêche. Au départ, le sable est censé assurer la protection naturelle des plages, mais au fil du temps, ces dernières vont disparaître. C’est déjà fait pour certains petits États insulaires. Les Maldives, situées dans notre zone géographique, vont en pâtir, tout comme l’Indonésie.

Cette extraction massive se fait aussi sentir dans des pays européens et aux États-Unis. On drague même des rivières dans des zones où les poissons viennent pondre leurs œufs. Cette exploitation outrancière transforme le sable marin en une substance de plus en plus précieuse. Il n’a plus le temps de se recréer, soit des centaines de milliers d’années.

La cause principale est la fièvre de l’urbanisation. Des villes de plus en plus gigantesques. Béton oblige, le sable est devenu indispensable, représentant 70 % des matériaux phares de la construction. À raison de 50 milliards de tonnes extraites chaque année, le sable va finir par manquer. Les réserves diminuent.

N’allez surtout pas croire qu’il nous reste du sable en quantité illimitée dans les déserts. Ce sable est beaucoup trop fin, donc inutilisable pour en faire du béton. Comment des États comme Dubaï et l’Arabie Saoudite ont-ils pu s’installer ? Certainement pas grâce au sable du désert. Ils ont dû importer, grâce à leurs pétrodollars, de gigantesques quantités de sable pour ériger les immeubles et les tours vertigineuses. C’est une grosse perte pour la biodiversité et les micro-organismes parce que les fonds marins à force d’être raclés sont devenus stériles.

Inévitable pénurie

Le sable devient donc une substance stratégique. Sans le sable, pas de villes, pas d’infrastructures, pas d’internet. L’homme a cru que cette ressource naturelle était infinie. Une croyance qui s’effondre comme un château de... sable. La demande explose à cause de l’urbanisation et de la croissance démographique dans le monde. Le sable est devenu aussi vital que le pétrole ou l’eau. De «l’or jaune».

Il aura fallu des millions de tonnes de sable pour ériger les tours démesurées de New York ou de Dubaï. Mais peut-on remplacer le sable ? Renoncer au roi béton ? Soulignons au passage qu’une tonne de béton émet une tonne de CO2 dans l’atmosphère. Faites le calcul...

Des chercheurs s’activent pour trouver une solution. Ils travaillent sur le recyclage des déchets issus des exploitations minières. Après avoir extrait les minerais, il reste en pleine nature des terrils, soit des monticules de résidus qu’ils comparent déjà à des dunes de sable. Des essais sont en cours.

Ce n’est qu’en 2014 que l’on a envisagé de rédiger un rapport sur la possible pénurie de sable. Les sceptiques ont répliqué qu’il y en a partout, oubliant qu’il n’est pas renouvelable. Dans nos esprits, le sable est synonyme de mer et de vacances. En attendant, les aspirateurs géants de la Belgique et des Pays-Bas provoquent d’immenses dégâts. Comment combler ces trous béants creusés au fond des mers ?

Ramenons le problème au simple citoyen. Sans le sable, pas d’écoles, pas d’hôpitaux, pas de routes, pas de barrages, pas de panneaux solaires. En outre, il faut savoir – et c’est un comble – qu’il n’existe aucune réglementation internationale régissant ces énormes prélèvements de sable. Rien ne surveille ces navires extracteurs.

Très tardivement, les Nations unies ont réagi. Elles ont voté en faveur de la création immédiate d’une plateforme, ne seraitce que pour se documenter sur l’extraction de sable en mer. Mais le temps s’écoule inéluctablement, indique le... sablier !

Pez nene bwar delwil!

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