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Éolienne : enfin le démarrage
Ceux qui se sont rendus à Grand-Bassin entre 1987 à 1990 se souviennent encore du grondement sourd de ce colosse blanc. Depuis, cette éolienne s?est tue. Elle a été démantelée à la suite d?un problème d?approvisionnement en pièces de rechange. Mais dans un avenir proche, ce même spectacle pourrait être observé à Bigara. Quand un parc de 20 turbines éoliennes y sera construit par la firme indienne Suzlon Energy. Faisant ainsi figurer Maurice dans la liste des pays qui ont recours à cette méthode de génération d?énergie propre. Mais tout ceci n?est que projet pour l?instant !
Car des contraintes de taille pèsent encore sur l?avenir de ce projet. À commencer par le prix. Estimé à Rs 400 millions pour une capacité de production de 25 mégawatts en 2004. Deux ans plus tard, le compteur tourne plutôt autour des Rs 800 millions. « Ce qui était économiquement irréalisable il y a cinq ans, devient viable maintenant. Quand on sait que le prix des carburants qu?utilisent les centrales a pratiquement doublé durant les derniers 18 mois », indique un proche du dossier.
Suzlon annoncerait-elle un profond chamboulement dans le paysage des quelques Independent Power Producers (IPP) du pays dont les centrales thermiques de Belle-Vue ou de Savanah ? Rien n?est moins sûr car on souligne surtout l?aspect appoint du parc éolien. Car tandis que les IPP peuvent produire 2 014 gigawatts heures d?électricité, les installations de Suzlon ne pourront atteindre que 52 gigawatts dans des conditions de vents optimales. Pas de quoi alarmer les IPP qui ne bronchent pas à propos de ce projet d?implantation.
Les repreneurs ne se bousculent pas
Tandis que le Central Electricity Board (CEB) approfondit de mois en mois ses possibilités de collaboration future avec Suzlon, déjà les pourtours de la collaboration se dessinent. Pas question pour le CEB de participer au financement du parc éolien. Quand on souffre d?un déficit de Rs 2 milliards, on compte ses sous. Par contre, le CEB et le gouvernement seraient favorables à un régime de Build Own Operate, puis à un transfert à un groupe privé local désireux d?acheter les installations.
Mais les potentiels repreneurs des futures installations de Suzlon ne se bousculent pas non plus. Ce qui n?arrange pas nécessairement le groupe indien. Car l?entreprise n?a pas pour pratique de gérer elle-même les éoliennes. Dans la majorité des cas, elle se contente de les construire pour le compte de son commanditaire. Mais à Maurice, plus qu?ailleurs, Suzlon a une bonne raison de vouloir transférer la propriété des installations à un repreneur privé ? les vents cycloniques pouvant atteindre 300 km/h.
Un pari risqué pour le pays ?
Certes, l?entreprise certifie que les éoliennes qu?elle a conçues pour Maurice vont être adaptées aux conditions climatiques du pays. Mais certains observateurs font remarquer qu?aucune compagnie au monde ne peut, pour l?heure construire un parc éolien qui résisterait à des vents de 300 km/h. Et de parler de la mésaventure de la Nouvelle Calédonie, où une tempête tropicale avait décimé 80 % des éoliennes du parc construit quelques années plus tôt.
« Il serait risqué dans ces conditions d?investir dans un tel projet sans une couverture de risque adéquate », commente le dirigeant d?une entreprise qui souhaite investir dans la génération d?électricité. Qui s?empresse d?ajouter que les assurances ne vont jamais vouloir couvrir un tel risque pour son client.
Alors l?énergie éolienne est-elle un pari risqué pour le pays ? Certains observateurs disent qu?au-delà des considérations économiques et écologiques, le projet de Suzlon pourrait bien se concrétiser pour des raisons diplomatiques. En effet, l?Inde offre depuis quelques années déjà un soutien indéfectible à une île Maurice dont l?économie a besoin de partenaires loyaux.
Or, permettre à une compagnie indienne de décrocher un important contrat dans le domaine de l?énergie pourrait bien constituer un gage du pays pour démontrer son appréciation de l?aide du grand frère indien. Tant que cela se fait sans risque pour des entreprises locales et qu?elles ne perdent pas des centaines de millions de roupies? emportées par des vents cycloniques !
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