Publicité
Économie sans remède
Après le lait, le gouvernement a ouvert un nouveau front, celui des médicaments. Avec la même justification : la marge des opérateurs est jugée “exorbitante”. Le gouvernement travailliste a rendossé en moins de deux son manteau de père protecteur pour pourfendre les “méchants profiteurs” et protéger le bon peuple.
Le gouvernement argue que de nombreux malades ne peuvent se payer les médicaments dont ils ont besoin, notamment les cardiaques, les diabétiques, les asthmatiques et ceux souffrant d’hypertension.
Que l’on sache, ces maladies sont prises en charge gratuitement par les hôpitaux de l’Etat où les médicaments sont également gratuits ! Qui plus est, ce sont justement les médicaments destinés à ces catégories de malades qui absorbent près de 60 % des dépenses de l’Etat en médicaments.
Proposer aujourd’hui une subvention de Rs 100 millions pour ces mêmes médicaments serait un véritable gaspillage de l’argent public. Car en plus d’approvisionner les pharmacies des hôpitaux, il faudrait en plus subventionner les mêmes médicaments dans les pharmacies privées. C’est du délire !
La préférence des malades pour des médicaments de marques plutôt que pour des médicaments génériques semble être au cœur du problème. En subventionnant les médicaments de marque, l’Etat encouragerait les Mauriciens à vivre au-dessus de leurs moyens.
Par ailleurs, faisons la distinction entre marge et profits. La marge est la différence brute entre le prix d’achat et le prix de vente. Cette différence – la marge – sert à couvrir les frais d’opération : main-d’œuvre, transport, fret, frais de dédouanement, marketing, licences et ainsi de suite. Les profits c’est ce qui reste après avoir couvert tous ces frais.
Il faut donc une marge suffisante pour qu’à la fin de la journée, l’opérateur se retrouve avec un taux de bénéfice suffisant pour rémunérer le capital. Si le taux de rendement sur le capital est trop faible, le jeu n’en vaut pas la chandelle. Pourquoi prendre des risques d’entrepreneurs pour un rendement de 5 % quand on peut obtenir 7 % sans effort et sans risque sur les bons du Trésor ? Le moteur de l’économie de marché, ce sont les profits. Soit on y croit, soit on fait autrement.
Sur le fond, en adoptant cette posture de père bienveillant le gouvernement renvoie à l’idée que l’Etat peut tout et s’occupera de tout. Son intervention sur les marchés du lait et des médicaments arrive dans le sillage de deux autres mesures populaires : le transport gratuit pour les vieux et les étudiants et le retour à la pension universelle.
Tout cela réunit ne peut que réjouir la population. Après tout, on lui avait promis que sa vie allait changer. Le changement qui se dessine à l’horizon sera autrement plus profond. Les cadeaux “labouss dou” d’aujourd’hui risquent d’avoir un goût bien amer dans pas longtemps. Ces largesses au coût de Rs 1,5 milliard ne font qu’aggraver les finances publiques déjà au bord du gouffre.
Tous les observateurs le disent : le spectre de 1982 n’est pas loin. La période de grâce s’achève. Les élections municipales seront bientôt derrière nous. Les mesures impopulaires ne seront sans doute pas pour avant Noël.
Mais le retour de manivelle est inévitable et ce sont justement ceux que le gouvernement dit vouloir protéger aujourd’hui qui en subiront plus lourdement les conséquences. Rien n’est gratuit. Il y a toujours quelqu’un qui doit passer à la caisse.
Publicité
Publicité
Les plus récents