Publicité

À la Résidence Keurdamel c?est la Playsation qui rythme la vie?

17 mai 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

C?est à une quinzaine de minutes de marche du stade, dans le quartier de Keurdamel, dans la banlieue dakaroise que vivent les gars du CIAD, alors que les filles, elles, habitent dans le quartier de Nord Foire, qui se situe à une trentaine de minutes du stade.

À vrai dire, ce trajet n?a rien d?une petite marche paisible, c?est quasiment une séance d?entraînement car il faut franchir deux dunes? de quoi décourager les plus téméraires.

Visiblement très habitués à affronter cette marche dans le désert, Jonathan Chimier lance : ?C?est rien ça ! On fait cette route tous les jours. On n?est plus très loin??, avant d?éclater de rire.

Et voilà Keurdamel qui apparaît ! Un quartier tranquille, sans grosse animation et malgré sa proximité avec le brouhaha de la zone active, c?est calme. Mais ce qui étonne le plus, c?est que chacun des habitants rencontrés en route connaissent bien les athlètes du centre : un ?bonjour !? par-ci et un ?comment ça va ?? par-là?

En somme, les gens du quartier n?ont eu aucun mal à adopter les athlètes du centre. C?est comme si ces derniers y avaient toujours vécu?

Nous voici enfin chez les athlètes du CIAD : la Résidence Keurdamel. ?C?est là que je vis, au premier étage?, lâche spontanément Jonathan Chimier, en pointant du doigt le bâtiment de trois étages.

?Les filles habitent toujours à Nord Foire, le quartier où nous étions avant. Ce n?est pas trop loin d?ici. Quant aux coaches, ils sont juste à côté de nos appartements, au rez-de-chaussée?, explique notre compatriote.

Eric Milazar, lui, vit à quelques centaines de mètres de la Résidence Keurdamel. Cela fait quelques mois déjà ? plus précisément depuis que son épouse, Natacha, l?a rejoint à Dakar ? que le couple a décidé de prendre un appartement, mais surtout pas très loin de la vie du centre. Histoire d?avoir une certaine intimité, sans pour autant trop s?éloigner de la famille du CIAD.

<B>Ça chambre,ça crie, ça hurle?</B>

?Après les Jeux d?Athènes, Natacha m?a dit qu?elle m?accompagnerait à Dakar pour être présente à chaque instant afin de me soutenir. C?est un choix qui ne me laisse pas insensible, et je suis très heureux de l?avoir à mes côtés, ici, à Dakar?, confie Eric Milazar, tout heureux de vivre cette aventure avec sa tendre moitié? Eric Milazar et son épouse, Natacha, passent de temps en temps à la Résidence Keurdamel. Difficile, en effet, de s?éloigner longtemps du groupe.

La vie au CIAD n?est pas compliquée, une vie communautaire où les loisirs sont rares, trop rares, hélas. Alors, pour occuper ces journées ponctuées de séances d?entraînement, les pensionnaires du CIAD ont trouvé en la Playstation 2, la voie de la détente.

?Après les séances d?entraînement, je fais un p?tit tour au Cybercafé, histoire de consulter ma boîte aux lettres électronique et ensuite c?est déjeuner et détente?, explique Jonathan Chimier. La détente, c?est souvent, et toujours même, la Playstation 2.

Après le déjeuner, ils se réunissent tous au deuxième étage, et Jonathan Chimier installe minutieusement la Playstation 2. Et là, la fête commence. Amr Ibrahim Mostofa, Yahyia Beerabah, Ndiss Kaba Badji ou encore Ali Abubabkr Nagmeldin sont tous présents et surtout déterminés à réussir la performance du siècle.

Face à cette rareté de loisirs, c?est avec un certain regret que les pensionnaires du Centre de Dakar avouent, unanimement, que l?unique moyen de se défouler reste cette Playstation 2. ?C?est l?entraînement et puis la Playstation?, explique le sauteur en longueur marocain, Yayhia Berrabah, tout en s?acharnant sur sa manette.

Aussi étrange que cela puisse paraître, après la souffrance de l?entraînement sur la piste du stade Léopold Sédar Senghor, on s?éclate encore avec de l?athlétisme, mais cette fois à travers les jeux vidéo.

Là, l?ambiance est électrique. Ça chambre, ça crie, ça hurle, ça conseille, ça nargue? Bref, ça vit ! Tantôt athlète, tantôt coach, Jonathan Chimier est le métronome de ces parties interminables de Playstation. On n?entend qu?une voix, celle de Jonathan ! ?Allez, allez ! Relax ! C?est bon ! Bravo !?, lâche-t-il dans l?euphorie du moment. Les heures passent, et les athlètes du CIAD pousuivent leur quête de la perfection sur leur console de jeu sans pour autant voir les secondes s?égrener. Tant mieux?

Sans doute exténués par la dureté des séances du matin, certains s?assoupissent sur le divan du salon, en attendant leur tour ou d?autres encore descendent au premier étage pour aller voir le kiné du CIAD, Mamadou Goumbala, pour une petite séance de remise en forme ou un massage.

Et si l?heure choisie pour une séance de kiné coïncide avec la prière de la mi-journée (le Zohr, la deuxième des cinq prières musulmanes de la journée), c?est en toute discrétion que les athlètes du CIAD attendent, respectueux, que Mamadou Goumbala finisse de se recueillir pour bénéficier de ses soins. Voilà, en gros, à quoi se résument les journées interminables des pensionnaires du Centre international de Dakar?

<B>Communication

La Tour de Babel</B>

Onze différentes nationalités ? égyptienne, marocaine, ivoirienne, sénégalaise, mauricienne, béninoise, burundaise, centre-africaine, soudanaise, nigériane et malienne ? se côtoient au CIAD. Ça décoiffe !

Ce melting pot culturel est vraiment une expérience plus qu?enrichissante pour chacun des vingt-deux athlètes présents au CIAD. Mais ça a aussi ces inconvénients?

Le gros souci reste la barrière linguistique. ?On se débrouille comme on peut?, explique Eric Milazar. ?Souvent, on communique par signes ou par mots clefs. Ce n?est pas toujours évident, mais l?essentiel est d?arriver à communiquer. Et puis, avec le temps et les cours de langues, on finit par mieux se comprendre?, poursuit-il.

L?exemple le plus impressionnant, reste celui de Victor Kouzine. Arrivé à Dakar en 1999, le coach russe ne parlait pas un mot de français. C?est donc à travers des signes et des codes gestuels qu?il coordonnait les séances d?entraînement. ?Ce n?était pas pratique, car je n?arrivais pas à entrer en profondeur dans les fondamentaux de l?entraînement. Et puis, petit à petit, j?ai appris à parler le français, et aujourd?hui, j?estime que je me débrouille bien? n?est-ce pas ??, raconte Victor Kouzine dans un français impeccable.

Le dernier venu au CIAD, le Soudanais Ali Abubabkr Nagmeldin, 19 ans, détenteur pendant un certain temps de la meilleure marque mondiale sur le tour de piste, ne parle que l?arabe. Heureusement, l?Égyptien Amr Ibrahim Mostofa lui sert d?interprète, le temps qu?il apprenne l?anglais ou le français? ce qui ne devrait pas tarder !

Publicité