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«Un filet de protection pour les PME est nécessaire»

17 juin 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Êtes-vous satisfait des mesures préconisées pour les PME dans le budget 2006-2007 ? </B>

C?est un budget qui apporte une nouvelle orientation économique. C?est un budget qui a été fait en vue de la mondialisation, la baisse du prix du sucre et le démantlèment de l?accord multifibre. Le ministre des Finances dit qu?il faut revoir notre manière de fonctionner puisque nous ne vivons plus dans un monde de préférences commerciales. Mais il met l?emphase sur les Petites et moyennes entreprises (PME) et dit c?est un secteur qui a généré des emplois et qui peut maintenant aider à la croissance. Mais les PME dont parle le ministre ont aussi évolué dans ce cadre préférentiel. Aujourd?hui alors que les préférences disparaissent, les PME sont aussi remises en question. Quand il n?y a plus de taxes douanières imposées sur les importations, cela affecte les PME. Elles n?ont plus de filet de protection et ne pourront pas aider à la croissance.

<B> Et qu?aurait dû faire le gouvernement selon vous ? </B>

Vous savez, l?Organisation mondiale du commerce (OMC) dit effectivement que le commerce doit être liberalisé. Mais et je ne sais pas si le gouvernement ne le sait pas ou prétend ne pas le savoir ? l?OMC dit aussi qu?il faut un filet de protection pour les PME. Selon l?OMC, si les importations sont tellement bon marché qu?elles mettent en péril la production locale et l?emploi, l?entrepreneur peut faire une représentation auprès de son gouvernement pour demander qu?un dumping duty et un customs duty soient imposés pour protéger son entreprise et l?emploi. Et c?est ce que nous attendons du gouvernement. Sans ce filet de protection, rien ne va sauver les PME car il y aura des pertes d?emplois.

<B> Que répondez-vous à Ali Mansoor qui dit que si une entreprise n?est pas profitable, elle perd sa raison d?être ? </B>

J?ai écouté Ali Mansoor et il donne l?impression de ne pas vivre ici. Maurice a ses spécificités car elle importe toutes ses matières premières. Ces autres pays dont parle Mansoor ont des ressources qui peuvent soutenir leurs économies. Je demande à Ali Mansoor de m?expliquer comment cet entrepreneur qui importe ses matières premières va pouvoir concurrencer les produits qui viennent de Chine. De faire des comparaisons avec des pays comme la Chine et le Singapour relève de la fantaisie, ce n?est pas réaliste.

<B> Mais vous n?aurez bientôt plus le choix de dire cela car Maurice n?a plus le choix ! </B>

Mais bien sûr que nous n?avons plus le choix. Je suis bien d?accord qu?il faut une réforme économique mais on ne peut pas le faire au détriment de la population !

<B>C?est finalement une des rares fois que les PME et le secteur privé se retrouvent sur la même longueur d?onde ! Libéraliser mais pas trop?</B>

Mais nous sommes bien obligés de résister car c?est une politique économique suicidaire. Si nous allons dans ce sens-là, bientôt beaucoup d?entre nous allons être au chômage.

<B>Mais quid de ces facilités que met la Development Bank of Mauritius (DBM) à la disposition des entrepreneurs ? </B>

Sans ce filet de protection, nous perdons notre temps. Il est facile de scander des slogans et de faire des déclarations pour épater la galerie.

<B> Il semblerait donc que les PME n?auront bientôt plus d?autre choix que de se concentrer sur le secteur des services ? </B>

Oui et PME veut aussi dire services. Mais le secteur des services n?a pas encore évolué et nous ne savons pas trop ce que cela va donner en termes de création d?emplois. Mais je parle du secteur manufacturier qui emploie 175 000 personnes d?après les chiffres du Central Statistics

Office. La question que je me pose est la suivante ; est-ce que alors que le taux de chômage est à 9,9 %, nous allons mettre en péril 175 000 emplois ? Il faut trouver un équilibre quelque part. On ne peut pas venir nous dire qu?il faut détaxer à cause de la globalisation sans prendre en considération ce qu?est vraiment la situation en termes d?emplois. Les pertes d?emplois vont créer des problèmes sociaux.

<B>Mais il est clair que la situation va s?aggraver. Verra-t-on la lumière au bout du tunnel après les moments durs qui nous attendent ? </B>

(Hésitations?) Je veux bien le croire. Je ne veux pas être aussi pessimiste que cela. Mais il faudra que le gouvernement démontre une certaine volonté politique, il ne faut pas que ce soit que des promesses. Il y a plein de mesures dans le budget mais il faut qu?elles soient appliquées avec souplesse.

«C?est une politique économique suicidaire. Si nous allons dans ce sens-là, bientôt beaucoup d?entre nous allons être au chômage.»

<B>L?abolition des permis est-elle une bonne chose ? </B>

Les permis n?ont pas été abolis mais simplement remis à plus tard. C?est vrai que les entrepreneurs se plaignent souvent pour l?obtention de leur permis. Et la solution du gouvernement a été de les abolir. Nous n?avons jamais demandé l?abolition des permis mais de rendre le système plus efficace car non seulement il n?était pas correct qu?un entrepreneur attende des années avant d?obtenir son permis mais aussi que les mêmes règles s?appliquent aux petits entrepreneurs et les grandes entreprises. Il fallait identifier quelles étaient les conditions à respecter. Quand j?avais débuté, c?était les petits détails qui mettaient les bâtons dans les roues. Que se passe-t-il si après qu?une entreprise ait démarré, on réalise que les normes ne sont pas satisfaites ? C?est dangeureux en termes de sécurité, de facteurs environnementaux.

<B>Vous parlez de bâtons dans les roues. Comment pouvons-nous prétendre concurrencer les pays étrangers si nous ne pouvons même pas avoir les conditions de base ? </B>

(Hésitations?) C?est un point intéressant et c?est vrai. On décide d?entreprendre pour réussir. C?est aussi vrai que nous avons un problème de compétitivité parce que nous produisons pour un petit marché. Un entrepreneur est par définition quelqu?un de débrouillard mais il y a des limites à ce qu?il peut faire sans l?aide de l?état. Dans les foires nous nous sommes rendu compte que les produits mauriciens sont meilleurs que ceux fabriqués ailleurs mais nous avons toujours le problème de coûts prohibitifs.

<B>Rama Sithanen disait l?autre jour au Parlement que le plus grand problème des PME n?était pas un problème de capital mais de manque de formation. Qu?en pensez-vous ? </B>

Je ne sais pas d?où il a tiré cela mais je peux vous dire que beaucoup d?entrepreneurs ne savent pas souvent où investir et par manque d?orientation, ils investissent dans des secteurs qui sont déjà saturés.

<B>Mais n?y a-t-il pas un organisme pour le guider avant que de la DBM n?approuve les prêts ? </B>

Cela ne se fait pas. Quelqu?un devrait les conseiller pour qu?ils se concentrent sur le secteur des Tics ou des services.

<B>Et d?autres viendront évidemment remplacer ceux dans le secteur manufacturier qui ne peuvent plus s?adapter aux contraintes actuelles ? </B>

Définitivement. Car aujourd?hui il faut miser plus sur la qualité et le service.

<B>Si je vous comprends bien, la situation n?est pas aussi désespérée. Est-il possible qu?avec beaucoup d?efforts et de bonne volonté que les PME trouvent un nouveau souffle ?</B>

Oui mais avec ce filet de protection. Et là il y a un autre danger qui se pointe à l?horizon. C?est l?ouverture de l?économie à des étrangers. Ils vont venir avec la force de leur argent et ce sera la loi du plus fort et cet entrepreneur étranger en sus de bénéficier de toutes les facilités incitatives pour venir à Maurice, aura les mêmes facilités que nous. Savez-vous qu?il n?y a pas de définition de PME ? Il faut avoir un maximum de dix employés pour avoir le statut de petite entreprise mais qu?est-ce une entreprise moyenne ? On ne le sait pas et je me demande si ce n?est pas fait exprès. Les mesures que l?on annonce pour les PME sont aussi applicables à tous les autres entrepreneurs.

<B> Mais c?est là où le bât blesse n?est-ce pas ? Vous refusez d?être mis sur un même pied d?égalité alors que la situation économique l?exige !</B>

Pourquoi identifier les PME par rapport aux autres entreprises ? C?est parce que nous sommes différents. Maurice doit dire à l?OMC que nous sommes un petit pays vulnérable et que nous avons besoin de protection. Mais il faut une cohérence.

«J?ai écouté Ali Mansoor et il donne l?impression de ne pas vivre ici. Mau- rice a ses spécificités car elle importe toutes ses matières premières.»

<B> Et que pensez-vous de l?action d?Enterprise Mauritius (EM) ? </B>

J?étais très sceptique au départ, je dois l?avouer. Mais sous le leadership d?Amédée Darga, EM est très performante, ce qui compense beaucoup les manquements de Small Enterprise Handicraft Development Authority.

<B> Êtes-vous satisfait du rôle de votre ministre de tutelle ? </B>

Disons les choses comme elles sont ; toute institution doit avoir un bon leadership. Non, je ne suis pas satisfait avec le leadership du ministère.

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