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«Mon espoir réside dans la génération qui vient»
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«Mon espoir réside dans la génération qui vient»
● Parlez nous de vos projets.
Le Global Environment Facility Small Grants Program-me (GEF SGP) est une initiative du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) à Maurice depuis 1995 et je le dirige depuis 1997. Nous approchons la centaine de projets et le GEF SGP octroie des financements à hauteur de USD 50 000 par projet à des ONG ?uvrant dans l?environnement. J?ai pour la période 2007-2010 USD 1,4 m pour financer des projets.
● Le GEF SGP promeut des projets à petite et moyenne échelle. N?est-ce pas la meilleure façon d?agit positivement ?
En effet, ce programme prône ce qu?on appelle la bottom-up approach à l?inverse de la top down qui est celle des macro programmes. Les deux sont nécessaires mais, à travers les petits projets, qui font Rs 1,5 million et plus, nous arrivons en peu de temps à donner des résultats, à voir ce qui marche et ce qui ne marche pas et surtout à renforcer la capacité des ONG à mener des projets. Après ces projets pilotes, il faut quand même qu?il y ait une duplication pour que l?impact sur l?environnement puisse se faire sentir. Il ressort aussi de certains de nos projets qu?il faut un changement dans la politique gouvernementale et là certains de nos projets ont eu un impact formidable. Prenez le composteur rotatif développé par le Dr Romeela Mohee ou encore les bouées d?amarrage développées par Reef Conservation Mauritius qui sont placés un peu partout dans l?île pour empêcher la dégradation des coraux sur les sites de plongée? ce sont des innovations développées dans des projets financés par le GEF SGP. Nous avons donné à ces ONG et à ces experts mauriciens la possibilité de démontrer leurs talents d?innovation et d?adaptation ainsi que leur savoir-faire local en protection de l?environnement. À travers ces projets, le partenariat avec l?État a été essentiel et c?est là mon rôle de facilitateur et d?administrateur du GEF SGP à Maurice.
● Avez-vous constaté une prise de conscience écologique pendant ces dernières années ?
Oui et non. Oui, parce que je crois par exemple que le changement climatique est le facteur qui a créé le déclic dans la tête de beaucoup de Mauriciens et ailleurs dans le monde sur la fragilité de la planète. Non, parce que, malgré ce déclic, la plupart de nos compatriotes n?ont toujours pas réalisé que, dans leur vie quotidienne, ils ont un comportement qui affecte l?environnement. Beaucoup de gens vont réagir quand ils voient quelqu?un jeter des déchets hors de son véhicule en roulant, par exemple, mais la majorité ne réalisent pas qu?en faisant leurs achats au supermarché, ils choisissent des produits suremballés ou des dizaines de produits d?entretien polluants qui vont finir dans nos rivières, nos nappes d?eau souterraines, nos lagons, etc. C?est toujours l?autre qui pollue !
● Développement économique et préservation de l?environnement sont-ils compatibles ?
Oui, j?entends cette question trop souvent encore. Cette question est dépassée dès lors que le rapport Brundtland de la Commission mondiale sur l?environnement et le développement, publié en 1987 et qui s?intitule Notre avenir à tous, vient confirmer que le développement durable a trois piliers : économique, social et écologique. Le problème, c?est que nous avons trop souvent fait abstraction de ce que nous rapporte l?environnement : l?économique et le social nous comprenons, c?est les revenus, la création d?emplois mais l?environnement c?est abstrait, alors que c?est la beauté, le bonheur, l?oxygène bref l?essentiel, qui va nous permettre de jouir du développement économique et social. Si notre capital environnement se dégrade, croyez-vous que les touristes et les acquéreurs d?IRS seront toujours intéressés à venir chez nous ? Nous sommes plusieurs Mauriciens et internationaux à tirer la sonnette d?alarme et à dire qu?il faut préserver ce capital.
● Quels sont les défis majeurs auxquels le pays est confronté ?
L?énergie. Il n?est plus économiquement viable pour le pays de continuer à laisser se gâcher tout ce potentiel solaire et éolien alors que le baril de pétrole approche dangereusement le seuil des USD150. Mais il faut se décider maintenant. J?attends beaucoup du prochain budget. J?espère qu?il y aura des mesures incitatives tant au niveau individuel qu?industriel.
La gestion des déchets est l?autre défi majeur. Comment continuer à gérer les déchets de 1,3 million d?individus sur une île qui fait 80 km par 40 km ? Tous les experts sensés vont dire qu?il faut d?abord réduire la quantité de déchets que nous générons, pour les recycler? l?incinération devenant la solution ultime. Et pour moi il ne s?agit même pas de réfléchir en matière de pollution atmosphérique. C?est simple. Pourquoi continuer à extraire de la planète des matières premières non renouvelables au détriment de l?environnement, pour fabriquer des produits que nous allons incinérer ? Où est la logique ?
● Quelles actions les secteur privé peut-il prendre pour réduire son impact sur l?environnement ?
Je crois que les grandes entreprises sont conscientes qu?il leur faut réduire leur consommation d?énergie et d?eau car il y va de leur budget. Investir dans le solaire, revoir la gestion de leurs déchets, et former leurs employés à la gestion environnementale. Là où j?ai un souci, c?est par rapport aux PME qui polluent de façon diffuse. Encore une fois, j?espère qu?il y aura des mesures incitatives réelles pour les aider à s?amender.
● Comment le gouvernement peut-il montrer la voie en termes de développement durable ?
En mettant l?environnement comme condition sine qua non dans tout développement. Et là je ne parle pas d?un Environment Impact Assessment. Je parle d?exiger le solaire, par exemple, dans tout IRS et pourquoi pas dans le projet Tian Li. Je l?ai suggéré à Joël de Rosnay quand il était là récemment. Les Chinois maîtrisent les énergies renouvelables depuis très longtemps. Et qu?on ne vienne pas me dire que ça va coûter plus cher? c?est nous qui allons de toutes façons payer la facture énergétique et la pollution atmosphérique.
● Que peut faire tout un chacun pour être plus «environment-friendly»?
Revoir ce que j?ai dit plus haut sur les comportements d?achats. Mais mon espoir est dans la génération qui vient. Il nous faut conscientiser les jeunes et leur apprendre la protection de l?environnement à l?école. C?est pourquoi mon Programme a financé plusieurs projets de sensibilisation dans les écoles qui parlent du changement climatique, de la protection des dauphins de la baie de Tamarin, de la biodiversité, etc. En espérant que nos enfants demain seront des décideurs avertis? et qu?il ne sera pas trop tard pour notre petite île !
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