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La relève du MMM, une question qui préoccupait Jayen Cuttaree
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La relève du MMM, une question qui préoccupait Jayen Cuttaree
Photos: Beekash Roopun.
Le nom de Jaya Krishna Jayen Cuttaree, restera désormais inscrit dans un lieu qui lui était particulièrement cher. Le Conseil des ministres a décidé, vendredi dernier, de rebaptiser la Stanley Government School du nom de l’ancien ministre et député de Stanley–Rose-Hill, Jaya Krishna «Jayen» Cuttaree, GCSK, qui a occupé plusieurs portefeuilles ministériels, dont le Logement et les Affaires étrangères.
Pour sa famille, cette décision représente bien plus qu’un changement de nom : elle constitue, selon son épouse, Swatee Cuttaree, l’aboutissement d’une longue lutte familiale. Derrière le ministre et cette grande figure du MMM, il y avait aussi un mari et un père profondément lié à Stanley–RoseHill. Pour en parler, nous recevons son épouse, Swatee Cuttaree, et sa fille, Lillka Cuttaree, économiste et fondatrice de la JKC Foundation.
■ Retrouvailles entre Swatee Cuttaree et Nad Sivaramen hier dans les locaux de «l’express», à Baie-du-Tombeau.
Quelle a été votre première réaction en apprenant la décision de rebaptiser l’école ?
Swatee Cuttaree : C’était beaucoup d’émotion, comme une récompense, une reconnaissance pour Jayen Cuttaree qui était dévoué pendant au moins 30 ans à Stanley-Rose Hill, comme sa deuxième maison. À chaque fois qu’il partait, je lui disais, kot to pe ale. Il me répondait dan sirkonskripsion. Il y avait beaucoup de personnes qui le connaissaient, il a grandi et joué au football dans la rue.
Vous êtes à la tête de la JKC Foundation. Comment accueillez-vous cette reconnaissance ?
Lillka Cuttaree : C’était une grande émotion parce que c’est un nom qu’on voit dans Rose Hill ou dans n’importe quel quartier. Les gens se rappellent de sa contribution, peutêtre moins la jeunesse. Les familles de Rose Hill se rappellent du développement de la ville, avec ses colistiers. Il y a aussi le côté authentique de l’homme. Li ti la. C’était un homme du peuple qui aimait le contact humain.
C’était comment de concilier vie de couple et politique ?
Swatee Cuttaree : Je comprenais sa passion. Il est parti étudier le droit pour devenir avocat et faire de la politique sans dépendre du parti pour un financement. J’étais à l’université, j’ai fait ma maîtrise en tourisme. Il voulait au contraire que je m’intéresse à la politique : il m’a demandé de mettre en place des associations féminines dans la circonscription. Durant les campagnes électorales, j’allais chercher les gens qui ne voulaient pas sortir. Les gens disaient Madame Cuttaree inn vini, bizin sorti. Il m’a fait intégrer la politique.
Quelles sont les valeurs de votre père que vous voulez retransmettre ?
Lillka Cuttaree : Je pense que le métier de politicien est avant tout le sens du service. C’est une des vraies valeurs qu’il m’a transmises. Au sein de la JKC, on travaille avec les enfants autour de l’éducation inclusive : donner sa chance à tous les enfants, peu importe d’où ils viennent, pour qu’ils puissent rêver et aspirer à être les meilleurs. Il y a aussi la résilience, le travail dur, et l’authenticité : ne jamais oublier d’où l’on vient.
C’était quoi, pour Jayen Cuttaree, les vraies valeurs militantes ?
Swatee Cuttaree : Les vraies valeurs militantes rejoignent surtout le fait de s’occuper des gens pauvres et de rester accessible. Aujourd’hui, si vous appelez un ministre, vous ne l’aurez pas au téléphone. Jayen répondait toujours, il était à l’écoute et allait dans la circonscription.
Comment se positionnerait-il aujourd’hui face à la scène politique ?
Lillka Cuttaree : C’est une question compliquée, mais très certainement il ne se retrouverait pas totalement. Quand il a pris sa retraite, il pensait avoir donné ce qu’il avait à donner, ouvrant la porte à de nouveaux politiciens. L’important, c’est de ne pas oublier le rôle de la politique : être au service d’une société et se concentrer sur ceux qui sont vraiment dans le besoin.
Aujourd’hui, le MMM est divisé : Paul Bérenger a quitté le parti pour former le Fron Militan Progresis…
Swatee Cuttaree (nous interrompt) : C’est le vieillissement. Paul Bérenger est différent de ce qu’il était avant 1982. Il n’a jamais voulu préparer la relève, Jayen le lui reprochait tout le temps. Il faut un vrai adjoint, quelqu’un qui le remplace avec des objectifs. Bérenger avait dit : ena 2. Seki pli for pou vini. Mais ce n’est pas comme ça. À l’époque, Jayen avec Jean Claude de l’Estrac et Shirin Aumeeruddy-Cziffra, c’était un trio qui travaillait.
Jayen Cuttaree aurait-il suivi Paul Bérenger au FMP aujourd’hui, ou seraitil resté au MMM ?
Swatee Cuttaree : Il y avait des problèmes, il y a eu une plateforme avec Steve Obeegadoo, ça n’a pas marché, et chacun est parti de son côté. Jayen est décédé depuis. Mais je vois comment le parti s’est affaibli. Paul Bérenger est devenu vieux, Chetan Baboolall est nouveau, Joanna Bérenger essaye de faire quelque chose. Ce n’est plus le MMM. Je pense plus à une alliance. Je souhaite voir cela même s’il ne me reste plus beaucoup de jours à vivre sur terre.

■ Swatee et Lillka Cuttaree.
Qu’est-ce que vous aimeriez que les jeunes qui iront à l’école Jayen Cuttaree retiennent de l’homme derrière ?
Lillka Cuttaree : Je dirais la mobilité sociale : peu importe l’enfant, en se concentrant sur l’éducation, il pourra atteindre ses objectifs. C’est notre responsabilité de créer les conditions pour que cet enfant réalise son rêve, même s’il vient d’un milieu défavorisé. Kan papa ti tipti, li ti ena potansiel. Lor so sime ti ena bann anz gardien, bann mentor kinn ouver so laport. Se sa ki manke zordi. Le vrai militant, c’est celui qui assure ce niveau de justice.
Qu’est-ce qui vous manque le plus de Jayen Cuttaree ?
Swatee Cuttaree : Sa présence et surtout le fait qu’on discutait de tout. Quand il sortait de l’Assemblée nationale, il ne prenait jamais la clé, c’était pour me réveiller. C’est ce qui me manque. On parlait de tout.
Lillka Cuttaree : Moi c’est sa joie de vivre : quelqu’un de très enthousiaste et toujours positif, même dans les moments difficiles. Il avait la capacité de transmettre cette énergie à toutes les personnes qu’il rencontrait.
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