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«Les planteurs ne veulent que leur dû»

6 mai 2006, 00:00

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● <B> Le prix garanti du sucre baisse dès 2006 suite à la réforme du régime sucrier européen. La communauté des petits planteurs reste toujours les bras croisés. Vos commentaires ? </B>

Les petits planteurs sont au courant de ce qui se passe dans ce secteur uniquement à travers les médias. Ils sont un peu dans le flou dans le sens qu?on n?est pas au courant du montant final des mesures d?accompagnement. On parle de regroupement. Quelle forme prendra ce système ? Automatiquement, le planteur s?élèvera contre car cela touche à la propriété. Nous avons des rencontres à ce sujet avec le ministre. Nous travaillons en ce moment sur un système moins compliqué portant sur le droit de propriété. C?est maintenant clair dans l?esprit des planteurs que le regroupement équivaut à leur survie.

Nous sommes des planteurs. Quoi qu?il advienne, nous sommes là pour rester. Nous avons toujours été là sur une période de quatre générations. Nous faisons ce qu?il y a de mieux, la culture de la canne à sucre.

● <B> Quand les petits planteurs abandonneront-ils cette attitude d?assistés, attendant que le gouvernement leur donne le beurre et l?argent du beurre ? </B>

Nous ne demandons pas de l?assistance. Nous réclamons notre dû légitime. Donnez-nous les moyens. Nous ferons le reste. En ces temps difficiles, l?état est là en tant que facilitateur. Le planteur a jadis travaillé pendant des années dans des conditions encore plus difficiles pour assurer une entrée de devises.

On parle de diversification. Cela fait belle lurette que les planteurs s?y sont engagés. Ils ont investi dans l?éducation, apportant pas mal de professionnels au pays. Je ne crois pas qu?on puisse venir dire que les planteurs sont restés les bras croisés demandant toujours de l?assistance. Les faits prouvent le contraire.

● <B> Justement. Quel progrès avez-vous accompli ? </B>

Depuis très longtemps, les planteurs ont préparé leurs terres pour améliorer le rendement de la récolte avec les moyens de bord. Certains ont mécanisé et installé leurs propres systèmes d?irrigation.

● <B> Vous conviendrez qu?il y a ces petits lopins dont les planteurs ne peuvent toujours pas se débarrasser. </B>

Vendre n?est pas dans la philosophie des planteurs. Les générations précédentes ont acquis ces terres dans des conditions très ardues. Ils n?ont pas des terrains à bail octroyés par l?état. Ils sont des propriétaires authentiques.

La question de s?en débarrasser ne se pose pas. Avec les moyens du bord, nous nous battrons. Nous resterons toujours des planteurs. Nous sommes là pour rester. Les planteurs ont acquis une certaine connaissance dans ce domaine, étant donc en mesure de changer de culture au fur et à mesure que la demande évolue. Tout ce que nous demandons, c?est le marketing.

● <B> Les mesures d?accompagnement de l?Union européenne devraient-elles être prioritairement accordées aux petits planteurs ? </B>

L?enveloppe est insuffisante. C?est tout à fait normal que l?argent soit prioritairement distribué aux petits planteurs afin de leur donner le niveau répondant aux exigences du nouveau marché. Nous craignons fort que des intermédiaires viennent entre l?état et les petits planteurs pour profiter de l?argent obtenu de l?Union européenne. Nous veillerons à ce que cela ne se produise pas.

● <B> N?est-il pas à la charge des petits planteurs de puiser de leurs poches pour financer les plans d?irrigation et de mécanisation ? </B>

Le planteur d?aujourd?hui s?est beaucoup amélioré, que ce soit au niveau de la culture, du coût et du rendement. Ils bénéficient aussi de l?assistance de grands planteurs dont les terres jouxtent les leurs. La communauté le sait très bien. Avec le maintien de la culture traditionnelle, elle disparaîtra. Nous demandons que les moyens que légitimement nous méritons, tant au niveau international et national soient mis à notre disposition.

● <B> La réussite de la réforme est tributaire des sacrifices de tous les partenaires de l?industrie sucrière. Où devront-ils intervenir ? </B>

Il faut d?abord observer des principes de transparence et de bonne gouvernance. Éliminons les largesses. Introduisons un audit assez serré. Depuis la nuit des temps, les usiniers-planteurs affirment essuyer des pertes. Certes, ils ont contribué énormément à l?économie. Mais sachez qu?ils ont quand même de gros moyens, des souplesses bancaires que les petits planteurs n?ont pas. L?exemple doit venir de ces usiniers et planteurs. Ils doivent réduire leurs dépenses dans chaque segment des opérations. On ne peut pas se permettre des largesses et de l?autre chercher des mesures d?accompagnement auprès de l?Union européenne. Cela n?a aucun sens.

● <B> L?heure est à l?urgence. Un partenaire de l?industrie ne peut plus accuser l?autre de largesses et ainsi et suite ! </B>

Dans une telle situation, l?industrie sucrière ne peut pas se permettre de mener le même train de vie qu?hier. Il faut économiser, centraliser. La baisse incite à une redistribution efficace de nos ressources. Nous sommes en quête d?explications sur le non-développement de l?industrie de l?éthanol. Nous avons pris cette question au niveau de diverses ins-tances telles que la Mauritius Sugar Authority (MSA) car beaucoup de pays s?y sont lancés. Depuis le temps que nous cultivons la canne à sucre, nous aurions dû être les pionniers dans ce domaine et non pas être à la traîne alors que les pays comme le Guatemala et le Brésil sont à la pointe de la production d?éthanol.

Je salue l?effort fait pour la construction de la distillerie très sophistiquée d?Alcodis. En tant que planteur et Mauricien, j?en suis fier. Mais c?est vraiment dommage que l?usine achète la mélasse locale de Tate & Lyle. C?est incompréhensible. Tous les contrats qui sont en notre défaveur tiennent toujours et ceux qui auraient été à notre avantage, nous les ignorons.

On aurait souhaité qu?à travers un système de coopératives que nous soyons partie prenante au lieu d?avoir un prix dérisoire pour la bagasse et la mélasse.

Par exemple, l?industrie produit de l?électricité à partir de la bagasse. Mais le prix que nous obtenons par tonne de bagasse est dérisoire. En 1994, nous avons obtenu Rs 47,16 la tonne. En 2004, que Rs 76,46. Nous pensons que ce montant aurait dû être indexé sur la valeur calorifique de la bagasse.

● <B> Quels sont ces organismes de l?industrie qui devront être éliminés ? Pourquoi ? </B>

Pour améliorer nos revenus, une baisse d?au moins 50 % de nos contributions au Cess Fund est primordiale.

Avec la réforme, des telles institutions sont appelées à changer leur fusil d?épaule afin d?offrir de meilleurs services à la communauté des planteurs. C?est peut-être la seule industrie disposant d?un système où des institutions dépensent les revenus obtenus par d?autres. Dans de tels cas, la tendance est de dépenser en excès. La majorité de ces entités doivent fusionner, d?autres sont condamnées à disparaître, étant obsolètes.

«Les planteurs digèrent mal qu?une institution comme la MSA tarde à soumettre son bilan financier annuel.»

Valeur du jour, les planteurs digèrent mal qu?une institution comme la MSA tarde à soumettre son bilan financier annuel. Quel est le rôle de la MSA ? C?est un fardeau.

Ces instances ont un budget. Cependant, leurs directions ont une obligation morale de dépenser à bon escient. Il y a eu trop de gaspillages dans le passé. Voyez les comptes audités. Qu?est-ce que ces projets et les missions à l?étranger ont rapporté aux petits planteurs ? Aucun projet hors sucre n?a pu être concrétisé !

Le Sugar Industry Fund Board (SIFB) est là depuis très longtemps. C?est une institution qui pourrait aider les planteurs. Dans le passé, le SIFB a injecté de l?argent dans la défunte banque coopérative. Malheureusement, l?argent a été gaspillé. La contribution des planteurs au SIFB est déduite à la source. Cet argent aurait pu être investi avec l?apport des funds managers.

Les planteurs digèrent très mal cette augmentation de salaires de 46 à 56 % que l?ancienne direction du Syndicat des sucres s?est octroyée en catimini. Comment se fait-il que dans un secteur qui souffre, sur lequel pèse une baisse conséquente de revenus, on puisse s?accorder de telles faveurs ?

Qui plus est, les planteurs siégeant au sein de ces organismes financés par le Cess Fund doivent mettre en avant les intérêts de la communauté. Certains, dans le passé, agissaient davantage dans leurs intérêts personnels.

«Vendre n?est pas dans la philosophie des planteurs. Les générations précédentes ont acquis ces terres dans des conditions très ardues.»

● <B> Êtes-vous favorable à une hausse du prix du sucre sur le marché local ? </B>

Il y a eu une demande dans le passé. Nous avons un manque à gagner conséquent. Nous sommes en train de revoir l?industrie dans son ensemble afin de trouver des solutions pour pallier le manque à gagner. Nous ne pouvons plus être généreux dans de telles circonstances.

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