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«La prison de Beau-Bassin, c?est l?enfer»
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«La prison de Beau-Bassin, c?est l?enfer»
?<B> Libre, enfin, après sept mois derrière les barreaux. La liberté prend-elle une autre dimension ? </B>
J?avais déjà la liberté d?esprit. Je m?étais préparé à cela. La prison, je la vois plutôt comme une entrave que l?on fait au corps et non pas à l?esprit.
?<B> Un mois passé à la prison de Beau-Bassin avant d?être transféré à Richelieu pour 6 mois. Pourquoi la prison centrale, puis le transfert ? </B>
Le jour de mon arrestation, on m?a transporté à la prison de Beau-Bassin. Là-bas j?ai eu la visite d?un haut gradé qui m?a dit que je n?y avais pas ma place, à cause du délit dont on m?a trouvé coupable. Il m?a assuré qu?on me transférerait dès le lendemain à Richelieu. Cela ne devait pas se passer, puisqu?un autre haut gradé m?a demandé de rester jusqu?à la célébration de la fête de la Musique, le 21 juin. J?ai accepté.
?<B> Comment ce séjour d?un mois s?est-il passé ? </B>
Je ne dirai pas que j?étais un privilégié. Mais les autorités n?étaient pas si strictes avec moi. Je passais ma journée dans un hall avec les autres musiciens pour les répétitions. J?étais tellement occupé à observer les gens autour de moi que j?avais presque oublié la promesse de transfert à Richelieu. Jusqu?au jour où je me suis réveillé, j?avais tellement froid que je me suis dit que j?avais fait mon temps. Je suis allé voir le welfare officer et les démarches ont été enclenchées. Le lendemain, le 1er juillet, j?ai quitté Beau-Bassin pour Richelieu.
?<B> Racontez-nous Richelieu. </B>
Il faut d?abord dire que les détenus avaient déjà eu vent de mon arrivée. Ils m?attendaient. Richelieu, c?est un jardin de fleurs, littéralement. Mais c?est aussi et surtout un centre de réhabilitation. L?institution a confiance dans les détenus. La personne responsable est une femme. Richelieu offre des cours d?anglais, de français et de mathématiques.
Il y a des sessions de méditation, de pensée positive, de tai-chi, une art academy, des leçons de peinture et des cours en informatique en sus des activités comme les dominos, le carrom et la musique. Sam Pongavanum, que tout le monde connaît, aide beaucoup l?institution. Le seul contrôle que l?on exerce sur les détenus est l?appel à chaque fois que la relève des gardiens change. Les gardiens sont formés pour s?occuper de Richelieu. Le plus merveilleux c?est que les prisonniers disent bonjour et bonsoir. Certains souhaitent même bon appétit. On vous prépare à réintégrer la société. Mais si vous faites un faux pas, on vous renvoie à Petit-Verger ou Beau-Bassin.
?<B> On a l?impression que vous avez passé un bon moment à Richelieu?</B>
J?y ai fait un séjour reposant. A Richelieu, on consomme juste ce qu?il faut de sel, de sucre et d?huile. Tous les matins, je contemplais la mer, les brebis, les vaches, la savane, je respirais l?air pur, j?avais accès à des médecins régulièrement. Tout dépend de votre état d?esprit. Ceci dit, je ne fais pas de la publicité pour la prison. C?est surtout pour rassurer les familles des condamnés.
?<B> Deux centres pénitentiaires, deux régimes ? </B>
En ce qui concerne Beau-Bassin, c?est le gouvernement qui refuse de changer les choses. Beaucoup de prisonniers attendent une réduction de leur peine. C?est leur seul espoir. J?ai eu l?occasion de rencontrer Bill Duff et les autres conseillers. Ils me disent que le gouvernement refuse les remises de peine. Les prisonniers se tuent à petit feu à Beau-Bassin. Ils n?ont plus d?espoir.
?<B> Ils n?ont plus d?espoir d?être un jour libérés ? </B>
Passer 30 ans à Beau-Bassin est une éventualité terrible. Certains ne peuvent pas y faire face. Des personnes comme Pongavanum attendent que la commission de pourvoi en grâce s?occupe enfin de son cas. Roger Boucherville a été condamné à vie et a maintenant 74 ans. Quel mal vont-ils faire à la société s?ils sont relâchés ?
?<B> Seriez-vous un homme différent si vous aviez passé ces sept mois à Beau-Bassin ? </B>
La prison de Beau-Bassin, c?est l?enfer. Petit-Verger et Grande-Rivière un purgatoire et Richelieu c?est le paradis, en termes de centres pénitentiaires. Bill Duff m?a dit «Don?t worry, in three months, I will make of Beau-Bassin a paradise». Attendons voir.
?<B> Vous n?y croyez pas? </B>
Je ne sais pas.
?<B> Vous pensez qu?il n?y a pas de volonté politique ? Que la prison de Beau-Bassin ne sera jamais un centre de réhabilitation ? </B>
Il n?y a pas de réhabilitation à Beau-Bassin à part le centre Lotus, qui est une oasis en plein désert. Expliquez-moi comment on va réhabiliter les prisonniers dans un système où les violeurs, les trafiquants de drogue et les récidivistes sont enfermés dans une même cellule avec un jeune de 20 ans qui s?est fait emprisonner parce qu?on l?a attrapé avec un pouliah de gandia ? Et quand, tous les soirs, ce jeune est sodomisé ?
?<B> Vous avez témoigné de ce que vous dites ? </B>
Oui, cela s?est passé dans ma cellule alors que je dormais. Au fil des mois, ce jeune deviendra soit un drogué, soit un homosexuel.
?<B> Mais les détenus victimes ne rapportent pas ces cas là ? </B>
Quand vous faites cela à la prison, on vous donne une leçon. Soit on vous bat, soit on vous agresse au cutter. Si les autorités vous transfèrent dans un autre bloc, le message sera passé et quelqu?un d?autre se chargera de vous administrer la leçon.
?<B> Combien sont-ils dans une cellule à Beau-Bassin ? </B>
Trois à quatre. Et il n?y a pas de tri. Les cellules ne sont pas allouées aux prisonniers en fonction de leurs délits.
?<B> Quel est le rôle de la «Prison Security Squad» ? </B>
Je pense que bientôt elle n?aura plus de rôle à jouer.
?<B> Pourquoi cela ? </B>
Des médecins qui viennent expliquer à des sidéens comment utiliser des seringues ! Où allons-nous ? Ils n?essayent pas de faire en sorte que la drogue n?entre plus dans les prisons, ils veulent aider les prisonniers à mieux se droguer.
?<B> Quand vous ne pouvez empêcher la prolifération de drogue, n?est-il pas important de faire en sorte que le sida ne se propage pas ? </B>
Pas du tout. Il faut pouvoir faire en sorte que la drogue ne soit plus accessible dans les prisons. C?est une question de volonté.
?<B> Alors pourquoi les autorités ne veulent-elles pas éliminer la drogue dans les prisons ? </B>
Parce que quand les détenus sont drogués, ils sont plus faciles à gérer. Il n?y a pas de désordre et il n?y aura jamais plus de mutinerie. Ils ne mangeront même pas.
?<B> Est-ce fait exprès ? </B>
C?est plus facile que de l?empêcher. Je le pense sincèrement.
?<B> Etes-vous pour ou contre la réhabilitation ? </B>
Pour, bien sûr. Encourager les seringues n?a rien à faire avec la réhabilitation. Il faut un suivi psychologique. Quand j?étais à Beau-Bassin, quelqu?un racontait à qui voulait l?entendre comment il avait fait pour tuer sa femme. Il l?a découpée en petits morceaux. Et il prenait plaisir à raconter ses «prouesses». Ces personnes ont besoin de suivi médical. Les sidéens à Beau-Bassin seront relâchés et iront contaminer la population.
?<B> Votre regard sur la société a-t-il changé depuis votre libération ? </B>
Pas vraiment. Mais j?ai découvert que le communalisme n?existe pas à l?intérieur de la prison. En dehors, c?est l?influence des politiciens.
?<B> Que pensez-vous de la justice ? </B>
Je n?y crois pas. Elle fonctionne mal. On pense que la solution à tous les maux, c?est d?envoyer les gens en prison. Vous savez combien ça coûte ? Rs 130 000 par année par détenu.
?<B> Que dites-vous à ceux que vous avez côtoyés et qui sont toujours derrière les barreaux ? </B>
Que cette porte qui s?est ouverte pour les accueillir en prison s?ouvrira aussi pour qu?ils puissent en sortir.
<I>«Richelieu, c?est un jardin de fleurs, littéralement. Mais c?est aussi et surtout un centre de réhabilitation. L?institution a confiance dans les détenus.»
<I>«Expliquez-moi comment on va réhabiliter les prisonniers dans un système où les violeurs, les trafiquants de drogue et les récidivistes sont enfermés dans une même cellule avec un jeune de 20 ans.»
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