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«La menace à la biodiversité vient des espèces envahissantes»
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«La menace à la biodiversité vient des espèces envahissantes»
<B>Harison Randrianasolo, </B><I> Directeur de la conservation à Conservation International (CI) Madagascar
● <B>Quel est le but de votre passage ici ?</B>
Globalement, notre mission est de sauver les espèces menacées en collaborant avec les partenaires locaux. Conservation International a une base à Madagascar et on travaille avec les pays de la région, tels Maurice, La Réunion, les Comores et les Seychelles. Ces pays constituent un des hot spots du monde. Maurice n?est pas un hot spot à part mais il fait partie de la région océan Indien. Un hot spot, c?est quoi ? C?est une région ou il y a beaucoup d?espèces, animales ou végétales, qui ne se trouvent nulle part ailleurs dans le monde et qui sont confrontées à des menaces, telles la déforestation et l?exploitation forestière.
● <B>Quelles sont les menaces spécifiques pour la biodiversité à Maurice ? </B>
La première particularité se trouve être surtout les espèces envahissantes. C?est vraiment très grave. On a visité deux sites ? Combo et Pétrin ? dans le Parc national des gorges de la Rivière-Noire et on a pu constater l?impact des espèces envahissantes sur la forêt. À Madagascar, par contre, le problème est plutôt la déforestation. Il faut énormément de moyens, surtout financiers, pour lutter contre ces espèces. Du point de vue technique je pense que la Mauritian Wildlife Foundation (MWF) a déjà beaucoup d?expérience dans le domaine. Il y a eu beaucoup d?exploitation forestière ici et on a constaté qu?il y a seulement des lambeaux de forêts et pas une masse étendue de forêts.
● <B>La MWF a eu un succès inégalé dans la sauvegarde d?espèces endémiques, surtout en sauvant des espèces animales de l?extinction. Ces efforts sont-ils reconnus par CI ? </B>
D?après les rapports que j?ai lus et les discussions que j?ai eues avec des experts, il est évident que la MWF a fait des choses extraordinaires. Ils ont pu changer le statut de l?International Union for the Conservation Nature (IUCN) pour cinq ou six espèces qui étaient gravement menacées, vraiment au bord de l?extinction. La conservation à Maurice est sur la bonne voie.
● <B>A Madagascar, qui sont les plus menacées : les espèces animales ou végétales ? </B>
Surtout les espèces animales, tels les amphibiens et les lémuriens. On a déjà fait des évaluations d?espèces végétales mais étant donné qu?il y en a beaucoup ? plus de 12 000 ? c?est vraiment un gros travail d?établir leur statut IUCN. Pour cela, on collabore avec d?autres associations et ONG. Beaucoup de choses évoluent. Par exemple, il y a 10 ans, il n?y avait pas beaucoup de biologistes. Maintenant il y a beaucoup de collaboration avec des institutions, des universités dans le domaine de la conservation. Le président malgache, Marc Ravalomanana, avait déclaré au Congrès international des parcs à Durban en 2003 que le gouvernement avait l?intention de tripler la superficie des zones protégées à Madagascar. Auparavant 1 700 000 hectares seulement étaient protégés et maintenant on peut envisager d?augmenter ce chiffre de façon considérable.
● <B>Maurice possède un seul parc national. Ne faudrait-il pas en désigner d?autres ? </B>
Ce serait très souhaitable effectivement. Nous avons discuté du processus du Key Biodiversity Area (KBA) avec la MWF, qui est un processus scientifique pour identifier des sites potentiels de zones protégées. Il se base sur la présence d?espèces gravement menacées et d?espèces en répartition restreinte. On espère collaborer sur un tel projet dans l?avenir.
● <B>Un des grands défis pour ceux engagés dans la conservation, ici ou à Madagascar, c?est la sensibilisation. Les gens ne sont pas toujours au courant des menaces qui pèsent sur la biodiversité. Que faites-vous pour sensibiliser la population ?</B>
CI a une équipe chargée de la communication. Elle essaie de travailler avec les médias pour expliquer ce qui se passe. Pour la Journée mondiale de l?environnement on a organisé un concours de dessins animés dans toutes les écoles de Tamatave, une ville qui se trouve sur la cote est, pour demander aux étudiants de nous montrer comment ils perçoivent l?environnement.
● <B> Et en termes de menaces plus globales, telles le réchauffement climatique, quelles sont les vulnérabilités des pays de la région ?</B>
On a discuté de ça en janvier, on a contacté beaucoup d?experts venant de différents pays pour savoir ce qui se passe exactement par rapport au changement climatique à Madagascar. On s?est basé surtout sur des informations scientifiques et on a constaté que les montagnes seront possiblement un des derniers refuges de la biodiversité. Par exemple, une étude a été menée du côté de Tarlatane par des chercheurs de l?Université de Tananarive et du American Museum of Natural History qui a démontré une tendance des espèces à monter en altitude. Il est possible que ce phénomène affecte Maurice aussi. Les corridors forestiers constituent un autre refuge, ainsi que les zones longeant les rivières.
● <B>Quel devrait être le rôle des gouvernements dans cette tache herculéenne qu?est la conservation ?</B>
Tout d?abord, les gouvernements doivent être les leaders en termes de conservation. CI et d?autres ONG et associations sont là avant tout pour soutenir les gouvernements, financièrement et techniquement. Mais il faut que la volonté vienne du gouvernement.
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