Publicité
«La baisse du taux d?intérêt par la Banque centrale est salutaire»
Par
Partager cet article
«La baisse du taux d?intérêt par la Banque centrale est salutaire»
● Que pensez-vous de la décision de la Banque centrale de baisser le taux d?intérêt directeur ?
Une très bonne décision. Vous savez bien que nous ne pouvons négliger l?impact de la récession américaine sur l?économie mondiale. La question des crédits subprime aux USA, par exemple, a eu des effets néfastes au-delà des frontières américaines. Pour cette raison, ici à Maurice, on ne peut pas rester les bras croisés face à une situation qui risque de s?étendre au monde entier, grâce au phénomène de la mondialisation.
La réduction du taux d?intérêt directeur de la Banque de Maurice de 25 points à la base ? qui passe alors de 9,25 % à 9 % l?an ? prend en considération cet aspect. C?est une mesure avant-gardiste visant à atténuer les effets néfastes d?une récession probable comme c?est actuellement le cas en Asie et ailleurs. Je crois que la stratégie adoptée va dans le bon sens et aussi que cela tranquillise tous les Mauriciens qui pensent que de façon technique, Maurice n?est pas à l?abri d?une récession globale.
● Etes-vous d?avis que cette baisse du taux d?intérêt pourrait exacerber les tendances inflationnistes ?
Au contraire. Je crois que l?inflation a reculé l?année dernière, passant de 10,7 % en juin 2007 à 8,8 % en décembre de la même année. Cette baisse du taux d?inflation prouve amplement que les décisions prises, et par le gouvernement, et par la Banque centrale, portent leurs fruits.
Ceci dit, il ne faut pas oublier les tendances actuelles du coût de l?énergie et de celui des aliments qui ne cessent de grimper. Il ne faut pas non plus oublier la dépréciation du pouvoir d?achat de la population qui reste, d?ailleurs, l?une des priorités du gouvernement.
● Justement, la baisse du taux d?intérêt pourrait provoquer l?accroissement de la demande des ménages, ce qui serait à la base d?une nouvelle poussée inflationniste?
Je crois qu?il faut sensibiliser les ménages à investir davantage à travers la création de petites et moyennes entreprises, afin de stimuler la croissance.
● Pensez-vous qu?il est vraiment possible de sensibiliser la population à changer ses habitudes d?achat ?
Certainement. La sensibilisation doit être en permanence d?actualité, dans le but d?encourager la population à consommer, mais aussi, surtout, à investir intelligemment. Si ce processus de sensibilisation des consommateurs devient permanent, alors on peut espérer changer le comportement de la consommation.
● Croyez-vous que l?île Maurice pourra échapper à la récession globale que tous les pays craignent ?
Certes, il y a deux différentes écoles de pensées qui essayent de répondre à cette question : la première pense que Maurice est à l?abri de la récession tandis que la seconde estime que la récession est inévitable.
Moi, je suis d?avis qu?avec la mondialisation, nul n?est épargné. Les Etats-Unis étant le plus grand consommateur dans le monde, si le niveau de consommation mondiale décline, parallèlement l?investissement va en pâtir.
Pour cette raison, je dis encore une fois que la décision prise par la Banque centrale est salutaire car elle va dans la bonne direction.
COMPRENDRE
Explications du gouverneur de la «Bank of Mauritius»
■ La décision du «Monetary Policy Committee» (MPC) de la «Bank of Mauritius» (BOM) de baisser le taux d?intérêt directeur de 25 points à la base répond aux tendances générales observées dans la plupart des pays. La BOM a suivi le mouvement, après la «Federal Reserve» aux Etats-Unis et la «Bank of England», qui ont aussi réduit leurs taux d?intérêt directeurs de 125 points et 25 points respectivement. L?une des raisons de la réduction du taux local (de 9,25 % à 9 % l?an), explique Rundheersing Bheenick, gouverneur de la BOM, relève du «besoin d?avoir des différentiels de taux d?intérêt compatibles avec le maintien d?une stabilité financière et monétaire à Maurice». Le MPC a axé sa décision sur les turbulences des marchés financiers de plusieurs pays connaissant une baisse de croissance. La projection de ce taux globale a chuté de 4,9 % en 2007 à 4,1 % en 2008. Il devenait impérieux de réduire les risques potentiels défavorables que cette situation internationale récessive aurait pu avoir sur la croissance économique à Maurice.
Mais le taux d?inflation, à tendance baissière (de 10,7 % à 8,8 % entre juin et décembre 2007), risque d?être exacerbé. Le gouverneur de la BOM demande plus de retenue : «Bien souvent, ce sont les importateurs, les distributeurs et, il faut le dire, les consommateurs mauriciens qui, ensemble, font que l?inflation importée a des effets secondaires ou tertiaires qui compliquent la situation», a insisté Rundheersing Bheenick. «Nous sommes à une étape transitionnelle où il n?y a pas de régime de fixation des prix, bien que nous voulions faire ressortir que quand il y a des conditions exceptionnelles sur un marché, même les grands pays n?hésitent pas à introduire des contrôles de prix sur des articles de première nécessité, sur une base transitionnelle, intérimaire. A Maurice on ne l?a pas fait parce qu?on a mis en place un régime de concurrence. Nous attendons qu?il soit complètement opérationnel, et il est nécessaire d?observer beaucoup de prudence.» Des actions concrètes ont déjà été entreprises, dit le gouverneur, en partenariat avec les organisations non gouvernementales, responsables de l?éducation des consommateurs pour voir dans quelles mesures on peut essayer de circonscrire l?inflation par l?éducation et la sensibilisation des consommateurs.
Nico PANOU
Publicité
Publicité
Les plus récents