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«Teat dan vilaz!»

Quand le théâtre reprend la route des villages

24 août 2026, 17:00

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Quand le théâtre reprend la route des villages

Il fut un temps où le théâtre allait vers les hommes. Il dressait ses tréteaux sur une place, sous un arbre, à l’ombre d’une église ou au bord d’une route, et il attendait que les curieux viennent s’asseoir – quand il y avait des sièges – ou simplement rester debout. Le spectacle appartenait alors moins à un bâtiment qu’à une communauté.

C’est cette vieille idée, avec des masques, des couleurs et beaucoup d’énergie, que le projet TEAT DAN VILAZ! entend remettre en mouvement à Maurice.

À l’occasion des 60 ans d’Eclosia, son département Arts, Culture & Sports (ACS) lance une aventure qui veut faire sortir le théâtre de ses murs pour le rapprocher du public. Le principe est simple : former une troupe, créer ensemble un spectacle inspiré de la Commedia dell’arte, puis aller jouer là où les Mauriciens se trouvent.

«La culture doit pouvoir aller vers les gens», résume le projet.

Le théâtre n’ira pourtant pas tout à fait dans les villages au sens géographique du terme. Pour des raisons pratiques et techniques, les organisateurs ont choisi ce qu’ils présentent comme les «nouvelles places de village» : les centres commerciaux, devenus aujourd’hui des lieux de passage, de rencontre et de vie quotidienne.

L’idée possède quelque chose d’ancien et de très contemporain à la fois. Ancien, parce que la Commedia dell’arte est née au XVIᵉ siècle en Italie comme un théâtre populaire fondé sur le masque, l’improvisation, le mouvement, la musique et la relation directe avec les spectateurs. Contemporain, parce que le spectacle quitte précisément les salles auxquelles le public associe généralement le théâtre pour investir des espaces ouverts, fréquentés par tous.

Pendant six semaines, à raison de 16 heures par semaine, les membres de la troupe vont recevoir plus de 100 heures de formation sous la direction de David Pion, comédien, metteur en scène et formateur professionnel, qui pratique la Commedia dell’arte depuis plus de 30 ans. Formé notamment auprès de Carlo Boso, il a travaillé en Belgique, en France et en Suisse avant de s’installer à Maurice.

Express.mu (620 x 330) (12) David Pion.

Le travail ne consiste pas simplement à apprendre un texte.

Les participants s’initient au jeu masqué, à l’improvisation, à la construction du personnage, à l’expression corporelle, au rythme, au chant, à l’écriture collective et au travail d’ensemble. Une scène de combat est également préparée, avec l’intervention d’une spécialiste de l’escrime. Le spectacle doit surtout pouvoir s’adapter à l’espace public et à un public qui, lui, ne sera pas nécessairement venu pour voir du théâtre.

C’est peut-être là que réside la partie la plus intéressante de l’expérience : faire du spectateur un voisin avant d’en faire un spectateur.

Une troupe née de l’entreprise

TEAT DAN VILAZ! ne réunit pas uniquement des comédiens professionnels.

La troupe est hybride. Elle rassemble David Pion, trois comédiens de la scène locale – Yoan Francis, Rachel de Spéville et Shrita Hassamal – ainsi que des collaborateurs d’Eclosia issus de différentes entreprises du groupe. Une coach vocale, Stéphanie Noël, une spécialiste de l’escrime, Larissa Sirop, et une équipe technique complètent le dispositif.

Ainsi, dans les exercices de théâtre, les fonctions habituelles s’effacent un peu. Le salarié devient comédien, le collègue devient partenaire de jeu, celui qu’on croisait dans un couloir devient un personnage.

Le projet se veut donc autant une expérience artistique qu’une expérience humaine : transmettre un savoir-faire, révéler des talents et apprendre à travailler ensemble.

Après les six semaines de formation, deux journées de masterclass permettront à la troupe de construire le canevas du spectacle, de travailler l’improvisation collective, la prise de parole, la mise en espace et l’adaptation aux lieux et aux publics.

Puis viendra le moment où le théâtre cessera d’être un exercice. Il faudra sortir.

Quatre week-ends, seize représentations

La tournée est prévue sur quatre week-ends de septembre 2026. Au total, 16 représentations gratuites sont annoncées.

La première étape aura lieu les 5 et 6 septembre à Cascavelle Mall, avant de se poursuivre les 12 et 13 septembre à Coeur de Ville Flacq, les 19 et 20 septembre à Montebello Mall, puis les 26 et 27 septembre à La Croisette, Grand-Baie.

Le choix de ces espaces donne au projet une dimension populaire assumée. On ne demande pas au public de réserver une soirée, d’acheter un billet ou de franchir les portes d’un théâtre. Il suffit d’être là.

Un enfant qui accompagne ses parents. Une famille venue faire ses courses. Un adolescent qui passe. Un grand-père qui s’attarde. Et soudain, au milieu de la vie ordinaire, les masques apparaissent. Le théâtre vient surprendre le quotidien.

Les représentations ne seront d’ailleurs pas isolées. Chaque étape est pensée comme un rendez-vous festif, dans l’esprit des anciennes foires populaires autour desquelles les spectacles itinérants trouvaient autrefois leur public.

Les entreprises partenaires pourront proposer des dégustations, des animations, des activations de produits et des espaces de vente. L’objectif affiché est de créer autour du spectacle une atmosphère conviviale et intergénérationnelle, mêlant théâtre, musique, découverte, gastronomie et rencontre.

La formule peut sembler commerciale par certains aspects, puisqu’elle associe culture et marques. Mais elle porte aussi une idée devenue presque subversive dans une époque où l’accès à la culture demeure souvent conditionné par le lieu, le prix ou les habitudes : faire venir l’art au public plutôt que d’attendre que le public vienne à l’art.

Il y a dans cette démarche un petit paradoxe mauricien.

Les lieux choisis sont des malls, ces espaces modernes qui ont progressivement remplacé certaines places publiques comme lieux de promenade, de rencontre et de consommation. Et pourtant, le projet cherche précisément à y recréer quelque chose de l’ancienne place du village.

Le spectacle devient alors un prétexte à la rencontre. C’est sans doute ce qui donne à TEAT DAN VILAZ! une portée qui dépasse la seule célébration des 60 ans d’Eclosia. Le projet entend faire de la culture un levier de cohésion sociale, rapprocher artistes professionnels et amateurs, valoriser les talents des collaborateurs et renouer un lien entre l’entreprise et les communautés.

Le théâtre reprend donc la route.

Il n’aura peut-être plus les tréteaux de bois des anciennes troupes ambulantes. Il aura des malls, des parkings, des espaces ouverts, des familles pressées et des passants qui ne l’attendaient pas.

Mais il aura toujours ce qui faisait sa force première : des hommes et des femmes réunis pendant quelques instants autour d’une histoire, d’un rire, d’un geste, d’un masque.

Et peut-être est-ce cela, au fond, qu’un village attend encore de son théâtre : qu’il lui rappelle qu’au milieu du bruit ordinaire des jours, il est encore possible de s’arrêter ensemble.

? Les masques prennent la route. Ils ne sont pas de simples accessoires : hérités de la tradition de la «Commedia dell’arte», ils permettent aux comédiens d’incarner des personnages, de jouer avec les gestes, les corps et les expressions, et d’installer une relation directe avec le public.


Pierre-André Boullé : «La culture doit pouvoir aller vers les gens»

Express.mu (620 x 330) (11)

Pierre-André Boullé (photo), ACS Manager chez Eclosia, résume la philosophie du projet : «Avec ACS, nous croyons que l’art et la culture ont cette capacité particulière de créer du lien, de révéler des talents et de provoquer des rencontres qui n’auraient peut-être jamais eu lieu autrement.»

Pour le manager d’ACS-Eclosia, «TEAT DAN VILAZ!» est d’abord une démarche de transmission : former, transmettre, créer ensemble, puis aller à la rencontre du public. Mais l’idée centrale est ailleurs : le théâtre ne doit pas nécessairement attendre le public derrière les murs d’une salle. Une place peut devenir une scène et susciter, le temps d’une représentation, «du rire, de l’émotion et surtout du lien». Le choix des malls répond à cette logique. Ces espaces sont décrits comme les «nouvelles places de village», fréquentées par des publics de tous âges et de tous horizons. Pour Pierre-André Boullé, ce choix permet de retrouver, dans un cadre contemporain, une tradition ancienne du théâtre populaire : «dresser les tréteaux là où les gens se trouvent déjà».

À l’occasion des 60 ans d’Eclosia, le projet prend ainsi la forme d’une invitation à aller vers les autres. «C’est probablement cela, pour moi, l’essentiel de ‘TEAT DAN VILAZ!’», conclut-il.

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