Publicité
«Ki koté la mer ?»
Nous sommes en terre comblée. à Mer-Rouge, c?est là que l?on panse les bateaux de pêche que la mer a saignés. Maladies des thoniers, des longliners, des palangriers réunionnais, autant de blessures réparées par les chirurgiens du chantier naval de l?océan Indien (CNOI).
Dans le premier bloc opératoire, jaillissement d?étincelles dans un bruit assourdissant. Sur la «table» un squelette prend forme. Il s?agit de la première étape de construction d?un bateau de pêche de 22 mètres de long. «C?est la pose de la quille, la colonne vertébrale du navire. C?est là que tout commence.» Propos de Franck Piriou, directeur du CNOI. Ce contrat, signé le mois dernier, prend tout doucement forme sous les fers à souder et autres outils.
Acier, aluminium et inox viendront bientôt étoffer ce squelette, qui tel un nouveau-né encore faible, appuie son poids sur de nombreuses cales. «L?aluminium est cinq fois plus léger que l?acier. Il est utilisé pour gagner du poids dans la partie haute du bateau.»
Autour du squelette, soudeurs, chaudronniers, électriciens, mécaniciens, hydrauliciens surveillent les paramètres de l?opération. « Nous essayons de faire le maximum possible dans l?atelier, avant d?accrocher le bateau à un chariot et de le hisser jusqu?au plan incliné à l?aide du treuil.»
Il s?agit d?un longliner, bateau de pêche, qui traîne des hameçons accrochés sur un fil, sur une longueur de 80 km. « La particularité de ce bateau, c?est qu?il a deux cales, l?une à 0°C et l?autre à ?25°C. » Coût de l?ouvrage ? Franck Piriou compte en euros. Sans doute aussi, « parce que nous avons peu de clients locaux. Il faut 1,2 million d?euros pour le longliner et 500 000 euros pour un skiff, petit bateau accroché à l?arrière du thonier, servant à jeter le filet de pêche. »
La balade au soleil se poursuit. Direction la cale sèche, où un thonier se refait une beauté sous d?énergiques coups de rouleaux de peinture. Longue de 130 mètres et large de 27 mètres, la cale sèche est séparée de l?océan par une porte fermée. L?appel du large est irrésistible. Sous sa peau verte, le Stern Concarneau respire déjà de grandes bouffées de grand air.
Attend impatiemment de retourner à la mer. « L?une des qualités les plus demandées, c?est la vitesse d?exécution. »
Dans quelque temps, le chantier tournera 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Il s?agira de réparer en quinze jours, le Marion Dufresne, navire français engagé dans la recherche océanographique en Antarctique, notamment au large des Kerguelen. « C?est un défi. Cela va nous demander 20 000 à 25 000 heures de travail en quinze jours. L?équipe est jeune, elle sait donner le maximum», ajoute notre interlocuteur.
Mais revenons à l?énoncé des métiers. Pas de mention de charpentier de marine. Explications de Franck Piriou : «Il y a de moins en moins de bois sur les bateaux. Il n?y a pas suffisamment de travail pour que nous employions ce type d?ouvriers. C?est une activité que nous sous-traitons à des menuisiers quand le besoin se fait sentir.»
«La qualité de notre travail est connue»
Besoin de grand air, après l?atelier plutôt sombre. Il nous attend au bout du hangar construit comme une antichambre au soleil. Après la relative fraîcheur où crissent les machines, nous nous amarrons au quai. Celui qui fera l?objet de travaux d?extension d?ici juillet. Alors qu?il mesure 300 mètres à l?heure qu?il est, il gagnera 150 mètres additionnels après les travaux de comblement de la mer. Profondeur actuelle : 8 mètres 50. «Notre projet, c?est d?aménager nos installations pour pouvoir construire un bateau de 100 mètres. Nous comptons aussi installer un élévateur pour soulever jusqu?à 1 400 tonnes, l?équivalent de la coquille vide d?un bateau de 100 mètres. »
Des investissements de l?ordre de Rs 250 millions pour accommoder les pensionnaires à la fois réguliers et nouveaux de CNOI ( dont les actionnaires sont Ireland Blyth Ltd et Les chantiers Piriou de France). Parmi les longliners fréquemment enregistrés sur les listes de patients, ceux des thoniers à armement français, basés aux Seychelles. «L?avantage, c?est que ces bateaux ont quasiment tous été construits en France. Ils connaissent déjà la qualité de notre travail.»
Dans un deuxième temps, le CNOI attend les bateaux des armateurs espagnols. «Nous les avons démarchés. Vous savez, IBL est partenaire de Thon des Mascareignes où il y a des Espagnols. IBL est aussi l?un des actionnaires de CNOI. C?est comme cela que nous avons rencontré ces gens.» Et de poursuivre avec comment le CNOI a joué la ,carte de sa situation stratégique dans l?océan Indien. « Ils ne peuvent pas aller aux Seychelles, ni à Madagascar, ni à Mombassa au Kenya. Nous sommes le lieu de réparation le plus complet pour les thoniers dans la région. »
Et les clients locaux ? Franck Piriou les énumère de mémoire : la Coast Guard, les remorqueurs portuaires de la Mauritius Ports Authority. Autant de navires qui profitent des soins accordés aux palangriers australiens ou aux bateaux du groupe Bourbon, avant de reprendre la mer.
Publicité
Publicité
Les plus récents