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«Je voulais qu?In The Cut ressemble aux films de Friedkin et de Scorsese»

30 avril 2004, 20:00

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Comment avez-vous découvert le roman de Susanna Moore, A vif ?

Une amie me l?a prêté, et je l?ai dévoré, sans penser à en faire un film. Ce livre m?a laissée en état de choc. J?étais comme tétanisée, sidérée par la fin notamment... Le projet de l?adapter n?est pas venu de moi, mais de Nicole Kidman, qui voulait que nous retravaillions ensemble.

J?ai abordé ce travail avec une grande naïveté, sans mesurer du tout la difficulté. A la lecture, tout coule de source, la narratrice véhicule l?atmosphère, le ton... Elle transmet ses émotions directement au lecteur. Dans un film, c?est plus compliqué. J?ai mis pas mal de temps à renoncer à employer une voix off, et aussi à abandonner différents personnages secondaires du livre. Tout s?est débloqué quand j?ai résolu de me concentrer sur Frannie, l?héroïne.

Vous teniez à conserver le titre du roman, In the Cut...

Oui, c?est une expression qui dit clairement de quoi parle le film : de la sexualité féminine. Frannie est professeur, spécialiste d?argot. Son comportement est très retenu, mais elle s?intéresse au langage dans ses composantes violentes et sexuelles.

Comment le rôle est-il passé de Nicole Kidman à Meg Ryan ?

Quand il est apparu que Nicole était débordée et ne pourrait pas faire le film, j?ai pensé à Meg Ryan, qui adorait le scénario et avait exprimé son intérêt. Meg Ryan est connue pour des comédies romantiques, où elle joue des femmes lisses, souriantes, sans dimension charnelle... Bref, l?exact contraire de Frannie. Une actrice associée à des rôles audacieux dans la représentation de la sexualité n?aurait pas été crédible. Il fallait voir cette femme dans l?abandon à un homme et l?obsession sexuelle pour la première fois. D?autre part, donner le rôle à une actrice un peu plus âgée l?éclairait d?un jour nouveau. Ainsi, Frannie a eu plus de temps pour souffrir, elle est plus marquée par la vie, elle a un côté plus désespéré.

Frannie n?est pas vierge quand l?histoire commence ! Simplement, elle a connu de grandes déceptions, et elle n?a jamais trouvé dans les relations avec des hommes ce qu?elle en attendait.

Cette intrigue intime est filmée en lien étroit avec une atmosphère urbaine étouffante. Aviez-vous des références en tête pour filmer New York?

J?ai consulté le travail de nombreux photographes. En fait, il y a quelque chose de tragique, de sombre qui apparaît lorsqu?un artiste entre dans l?intimité des gens. Cela m?a beaucoup inspirée. Sur le plan du style, je voulais que le film ressemble à ceux des années 1970, de Friedkin et de Scorsese... J?ai pensé à Taxi Driver, par exemple, avec ce côté sombre et menaçant de New York... même si mon film est un petit peu plus romantique que Taxi Driver !

Quelle place pensez-vous occuper dans le système hollywoodien ?

Etrangement, je n?ai tourné qu?un film aux Etats-Unis, celui-ci. In the Cut a l?air très américain. De façon générale, le système et moi avons des buts très différents. Je cherche à renouveler mon approche de film en film.

J?essaie de garder un esprit d?expérimental, et les exigences des studios me restent indifférentes. C?est peut-être la particularité d?être une femme cinéaste, je ne sais pas, mais j?ai un rythme assez lent. J?ai une vie, une fille, d?autres choses à faire.

Ce qui me donne du pouvoir par rapport aux studios, c?est que de nombreuses stars désirent travailler avec moi, et acceptent de le faire pratiquement gratuitement. Je crois que je suis assez irritante à leurs yeux ! Après tout, In the Cut est leur pire cauchemar : c?est un film qui parle de sexe, un thriller où le suspense est moins important que l?évolution psychologique des personnages.

Le Monde 2004 distribué par The N. Y. Times Syndicate

In The Cut

Professeur de lettres new-yorkaise, Frannie vit seule. Bien qu'étudiant l'argot et les romans policiers, elle s'est toujours tenue loin de l'aspect glauque de la ville. Un soir, dans un bar, elle est le témoin d'une scène intime entre un homme et une femme. Fascinée par l'intensité de leur passion, elle n'a que le temps de remarquer le tatouage de l'homme et la chaleur de son regard. Le lendemain, elle apprend qu'un meurtre a été commis tout près de chez elle. Malloy, le policier chargé de l'enquête a le sentiment qu'elle sait quelque chose. Frannie se sent attirée par cet homme, mais son attitude l'effraie tout autant que le tatouage sur son poignet. Le doute s'insinue en elle? Impliquée chaque jour un peu plus dans l'enquête et dans une liaison qui la libère autant qu'elle lui fait peur, Frannie est tentée de tout quitter. Lorsqu'elle est agressée par un homme masqué, elle prend brutalement conscience qu'elle n'est plus en sécurité.

Film d?action de Jane Campion, avec Meg Ryan, Jennifer Jason Leigh, Mark Ruffalo Durée : 1h58 mn

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