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«Je félicite Yusuf Sooklall?»

12 mai 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par Deepa BHOOKHUN

● Pourquoi y a-t-il autant d?opposition au National Pay Council (NPC) ?

Depuis presque 20 ans, nous avons eu des réunions tripartites pour discuter de la compensation salariale. Mais les tripartites n?ont pas donné des résultats positifs. La raison de cet échec est simple, les syndicalistes ont trouvé dans le tripartisme un moyen facile pour insister que la compensation salariale soit basée uniquement sur le taux d?inflation. Pour eux, l?argument est simple ; si l?inflation est à 5 %, il faut donner 5 % comme augmentation.

Si ce même exercice était fait d?une façon plus structurée et de façon responsable, les négociations auraient été plus saines. Si les syndicalistes avaient accepté que les secteurs et les compagnies paient en fonction de leur capacité de payer, les employés n?auraient pas été pénalisés l?année dernière. Les syndicalistes, malheureusement, ne viennent pas avec des propositions. Ils n?ont que des critiques à offrir.

● Mais une des critiques qu?ils ont formulées, intrigue. Ils disent que ce n?est plus du tripartisme mais de l?«unipartisme». Qu?en est-il exactement ?

C?est du tripartisme. Autrefois, quand la compensation salariale était décidée, c?était le gouvernement qui prenait la décision finale. Il n?y avait pas d?indépendance. Aujourd?hui, les ministres ne siègent pas au comité.

● Mais un nominé politique préside le comité !

Mais tout est décidé politiquement. C?est l?administration du pays qui est ainsi. Un gouvernement est plébiscité pour prendre des décisions. Le gouvernement, il est vrai, nomme le président du NPC mais ne nomme pas les représentants du patronat ; c?était à nous d?envoyer nos représentants. Il y a la même procédure pour les syndicalistes mais malheureusement, ils ont choisi de boycotter le NPC parce qu?ils savent qu?ils auront beaucoup plus de travail à faire car ils doivent venir avec des propositions.

● Pensez-vous que c?est la raison pour laquelle ils ont boycotté le NPC ?

C?est une des raisons, je pense. Aussi, ils disent vouloir travailler dans la transparence mais cela aurait été une bonne occasion de le faire. Comme l?a dit Yusuf Sooklall, nous sommes tous des employeurs, mêmes certains syndicalistes qui ont des bonnes chez eux. Alors il faut cesser de dire que les patrons ne sont pas raisonnables ! Il faut que les syndicalistes comprennent que Maurice est en train de se développer et que nous sommes en train d?évoluer sur un marché globalisé où la compétition est à l?ordre du jour. C?est la raison pour laquelle l?inflation ne peut pas être le seul facteur a être pris en considération pour décider de la compensation. La productivité, la compétitivité, la capacité de payer et la croissance économique doivent impérativement être prises en considération. Et peu importe le pourcentage de compensation qui sera accordé, au moins il sera juste, équitable et progressiste parce que les bons facteurs ont été pris en considération.

● Est-ce que l?argument selon lequel le présent exercice n?est pas une augmentation de salaire mais une compensation qui vise à compenser la perte du pouvoir d?achat ne tient pas ?

Le pouvoir d?achat est un concept très relatif et difficile à déterminer. Si une famille est affectée par la perte de pouvoir d?achat, il ne faut pas oublier que l?entreprise est aussi affectée par cette perte. En décembre quand le boni de fin d?année est payé, voyez le volume d?achats. Plus on injecte dans les poches du consommateur, plus il va dépenser. Nous ne sommes pas contre la compensation mais elle doit être jaugée par ces facteurs dont j?ai fait mention.

● Mais un employeur ne viendra pas dire à ses employés que son entreprise est assez florissante pour payer ! Au contraire ? comme l?industrie sucrière l?a fait pendant toutes ces années ? l?employeur aura tendance à toujours dire qu?il n?a pas assez d?argent !

Un employeur est comme un consommateur. Tout au long de la vie de son entreprise, il aura à restructurer, réaménager, agrandir, développer et investir. Vous parlez de l?industrie sucrière mais il ne faut pas oublier que le secteur du tourisme est là où il est grâce aux investissements de l?industrie sucrière.

● Mais vous ne pouvez nier que la priorité de l?employeur demeure les profits. Et cela souvent aux dépens des employés.

Je ne pense pas que ce soit dans l?intérêt de l?employeur de faire seulement des profits aux dépens de ses employés. Il est vrai qu?il y a eu de l?exploitation avant et après l?Indépendance et qu?il y a toujours quelques cas d?exploitation. Mais aujourd?hui, les entreprises sont régies par les lois. Nos comptes sont audités, et accessibles à n?importe qui.

● Le système est-il assez transparent ?

Si des comptes audités ne sont pas transparents, c?est à l?auditeur d?assumer ses responsabilités.

● En toute objectivité, pouvons-nous avoir foi dans des comptes audités ?

On ne peut pas dire qu?on ne peut pas avoir confiance dans des comptes audités.

● Mais pourtant les comptes d?Air Mauritius, à titre d?exemple, ont été audités mais il y a eu une caisse noire.

La caisse noire est un autre débat et ce n?est pas une pratique à être encouragée. à la MEF, nous demandons à nos membres la transparence et de se mettre à l?ère du Corporate Social Responsibility.

● Qui décidera au niveau du NPC quel secteur peut payer plus de compensation ?

Nous avons décidé qu?il nous faut des informations de nature technique du Bureau des statistiques qui nous permettront de travailler les chiffres. Et à partir de là, nous allons déterminer notre niveau de productivité, de croissance, etc. C?est une décision qui sera prise collectivement. Après ces calculs, le président du NPC va faire ses recommandations au Conseil des ministres.

● Une déduction un peu simpliste est que si les syndicalistes se sont élevés contre le NPC et que le patronat n?a pas protesté, c?est que le NPC sera forcément dans l?intérêt du patronat. Que dites-vous à cela ?

Le patronat n?a pas protesté parce qu?il ne proteste jamais. Il souffre tranquillement parce qu?il n?a pas trop le choix.

● Dans quel sens le patronat n?a-t-il pas le choix ?

Parce qu?il s?est embarqué dans une entreprise dans laquelle il a investi et il n?a pas de choix que de go along. Le NPC, il ne faut pas l?oublier, est aussi une des propositions faites par le MEF dans son mémoire pour le budget parce que nous sommes pour la mise sur pied des structures permanentes pour discuter de la compensation salariale.

● Pourquoi avez-vous l?intention de vous rencontrer tous les trois mois ?

Parce que les facteurs économiques changent tout le temps. Ces données que nous aurons, rendront la tâche plus facile l?année prochaine car il n?y aura pas de surprise puisque la tâche aura été continue. Le gouvernement ne pourra pas dire qu?il ne peut pas donner de compensation parce que l?économie ne va pas bien car nous aurons les données et le patronat ne peut pas non plus venir dire qu?il n?a pas d?argent parce que toutes les données seront là et auront été travaillées.

● Tulsiraj Benydin disait au cours d?une interview que le jour où ses syndiqués seront satisfaits, il baissera les armes. Croyez-vous dans une telle affirmation ?

(Rires?) Avez-vous jamais vu des gens satisfaits ? Oublions les syndiqués, men?s wants are insatiable.

● Cette méfiance qui existe entre les syndicalistes et le patronat n?est-elle pas dépassée ?

Très dépassée. Mais le problème n?est pas le patronat. Nous les considérons comme nos partenaires sociaux mais ils ne veulent pas travailler avec nous. Je félicite les syndicalistes comme Yusuf Sooklall qui ont choisi d?être responsables.

● Certains appellent cela être «vender»?

Ce sont les vender qui vont l?appeler vender. Je ne suis pas là pour le défendre mais il a pris l?initiative de participer au NPC malgré les divergences. J?ai de bons amis syndicalistes mais je ne comprends pas pourquoi ils refusent de travailler ensemble. Leur problème, c?est qu?ils passent leur temps à critiquer mais ne viennent pas de l?avant avec des propositions. Nous sommes en train de parler de Corporate Social Responsibility et au niveau du MEF, nous allons nous assurer qu?elle soit appliquée. Je suis d?accord que nous avons un patronat que nous avons hérité de l?époque coloniale. Mais le patron d?aujourd?hui est différent ; ce sont des anciens travailleurs qui sont aujourd?hui patrons. Les syndicats n?ont pas pu s?adapter à cette nouvelle donne. Il y a une différence entre la classe patronale traditionnelle et la classe patronale actuelle.

● Souvent quand le travailleur devient patron, n?est-il pas plus royaliste que le roi !

Ce n?est pas vrai de dire cela. La survie d?une entreprise dépend de ses employés. Les travailleurs, aujourd?hui, le savent très bien. Mais l?employé doit aussi pouvoir assumer ses responsabilités. Mes employés savent combien je gagne, ils savent combien de profits ma compagnie génère. Et ils savent aussi que si la compagnie génère plus de profits, eux aussi, ils en sortiront gagnants.

● Et malgré cela, vous ne vous entendez pas avec les syndicalistes ?

J?ai des relations très cordiales avec les syndicalistes.

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