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«Je dérange... les paresseux !»

28 octobre 2005, 20:00

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On dit que vous êtes l?un des ministres les plus visibles et aussi un de ceux que l?on entend le plus souvent. Comment réagissez-vous à ces critiques ?

C?est vrai que l?on m?entend et que l?on me voit souvent. Mais en même temps cela reflète tout le travail que je fais. Mon ministère est en train de fonctionner sept jours sur sept et nous vivons dans l?ère de la communication. Si on ne passe pas le message, les gens ne vont pas savoir ce que nous sommes en train de faire. Si l?on ne faisait que me voir et m?entendre mais que je ne travaillais pas, j?aurais compris les critiques.

Mais est-ce que les critiques contre votre personne vous agacent ?

Oui, cela m?agace parce qu?il y a des gens qui veulent systématiquement empêcher que le travail se fasse. Quand les gens font de l?opposition partisane, cela m?agace. Il y a tellement de travail qui se fait actuellement à mon ministère. Mais quand un terrain n?a jamais été labouré et vous commencez à y travailler, cela fait beaucoup de désordre. Et c?est normal que cela va déranger les paresseux, que ça va déranger ceux qui se confortent dans une certaine morosité, dans une certaine médiocrité due à un manque de professionnalisme, ceux qui ne prennent pas en considération les aspirations du peuple.

Vous êtes en train de parler de l?opposition ?

Non pas seulement de l?opposition. De l?île Maurice en général. Et il faut le dire. Oui je travaille, oui je suis agacé quand un travail n?est pas fait. Je trouve normal d?être agacé quand je vais visiter une école avec le ministre de l?éducation et que je vois qu?un enfant ne sait pas écrire son nom ou ne connaît même pas l?alphabet alors qu?il a eu le même enseignant pendant presque deux ans. Si nous sommes complaisants, c?est mauvais pour le système.

Vous critiquez votre collègue ?

Non, je ne critique pas, je dis ce que je pense. Si nous aspirons à diriger ce pays, à faire de sorte qu?il progresse, comment pouvons-nous tomber dans la complaisance ? Je demanderai beaucoup des autres comme je demande beaucoup à moi-même.

Quatre mois après les élections, est-ce que tout va bien entre les partenaires de l?Alliance sociale ?

Je peux vous dire qu?il y a une vraie démocratie au sein de l?alliance. Il y a beaucoup de critiques, beaucoup de débats. Mais je ne pense pas que nous réfléchissons en termes de partis en alliance. Je suis un chef de parti mais je ne réagis pas comme tel. Peut-être à tort, je pense plus au pays.

«Tous ceux qui s?y connaissent sont unanimes à dire qu?il fallait absolument rétablir la rémission. Il est important de ne pas jouer sur la peur des gens.»

Navin Ramgoolam et vous-même, vous vous envoyez souvent des compliments en public. Est-il vrai que vous avez beaucoup d?influence sur lui ?

(Rires?) Navin Ramgoolam a beaucoup d?influence sur moi !

Et la réciproque est vraie aussi ?

(Hésitations?) Nous avons une relation fraternelle. Nous jouons franc-jeu.

Vous n?avez pas été élu mais vous avez le titre de ministre de la Justice. Cela ne vous gêne pas ?

Ce problème de titre, si jamais il existe, aurait été facile à contourner. Navin aurait pu me donner le titre d?Attorney General tout en me demandant de siéger dans des comités sur les droits humains. Cela serait revenu au même.

Vous avez mentionné l?institution d?une commission vérité sur la mort de Kaya et sur celle de Sabapathee. Pourquoi ?

Vous savez, souvent les gens ont l?impression que le système et le pays les ont victimisés. Or, nous sommes conscients que dans ces deux cas, si la vérité était connue, on aurait réalisé que l?appareil d?état n?était pour rien dans ces incidents malheureux. Que si maldonne il y a eu, ce n?est pas de la part du gouvernement. Le but d?une commission vérité n?est pas de punir mais de faire en sorte que le pays s?exorcise en connaissant la vérité.

Ces deux incidents se sont produits sous le régime travailliste. Est-ce aussi une tentative d?exonérer le gouvernement travailliste ?

Non, loin de là. Nous avions décidé de n?étouffer aucune vérité. Il faut que les gens comprennent qu?il y aura toujours des erreurs mais qu?il ne faudrait pas avoir de cover-up.

Et que pense le ministre des Droits humains de ce qu?on appelle les « méthodes Raddhoa» ?

Je suis contre la violence sous toutes ses formes. Je suis pour l?état de droit, pour les droits de l?humain. Je ne suis pas d?accord avec les méthodes que l?on reproche à M. Raddhoa ? je dis bien que l?on reproche car on ne sait pas. J?en ai parlé à M. Raddhoa et je suis conscient qu?il est motivé par de bonnes intentions. Mais il est important que M. Raddhoa et les autres travaillent dans le cadre de la loi. La violence engendre la violence. Si nous utilisons la violence à travers l?appareil d?état, nous banalisons le crime.

La décision de réinstaurer la remise de peine pour tous les prisonniers, bien que salutaire, a été accueillie par certains avec une dose de révolte. Que répondez-vous à ces personnes ?

Cette réaction démontre une méconnaissance du dossier, des causes de la criminalité. Ces personnes sont en train de se battre sur les conséquences du crime, pas sur les causes du crime. Nous sommes en train de parler d?earned remission. Nous donnons une chance à des prisonniers de se réformer, car nous croyons dans l?homme. Nous leur donnons une occasion de prouver qu?ils font des efforts. Ceux qui font ces commentaires n?ont même pas lu ma réponse parlementaire et ils ne vont même pas débattre de ce sujet avec moi, ils se contentent d?abattre. Je vous ferai remarquer que ce sont seulement ceux qui ne connaissent rien à la prison qui sont en train de faire de grands discours. Tous ceux qui s?y connaissent sont unanimes à dire qu?il fallait absolument rétablir la rémission. Il est important de ne pas jouer sur la peur des gens.

Les récentes municipales seraient-elles surtout votre victoire ?

Non. C?est la victoire de l?Alliance sociale.

«Le but d?une commission vérité n?est pas de punir mais de faire en sorte que le pays s?exorcise en connaissant la vérité.»

Mais comment expliquez-vous l?effritement du MMM et la montée du MR à Beau-Bassin-Rose-Hill ?

(Hésitations?) Je pense que c?est un problème de génération. Vous savez, je n?ai jamais attaqué la personne de Paul Bérenger, seulement son travail. J?ai du respect pour la personne, qui a toujours été au four et au moulin. Aujourd?hui, par exemple, je reçois les mêmes critiques que lui. Nous sommes politiquement différents mais il y a des similarités dans la façon dont nous travaillons?

? Il vous a quand même traité de voyou !

Mais je pense qu?il ne pouvait pas faire autrement. Bérenger était très conscient que si l?on ne me diabolisait pas, j?aurais fait mieux politiquement. Mais au lendemain des élections, son ton a changé. Vous savez, le MMM est entré dans l?histoire, on ne peut pas l?effacer du jour au lendemain.

Si jamais il y avait une alliance rouge-mauve, seriez-vous de la partie ?

(Hésitations?) Je pense que je pourrais travailler avec n?importe qui. Mais vu la façon dont les choses se déroulent, je pense que Bérenger devra s?accommoder avec l?Alliance sociale s?il veut retourner au pouvoir.

Vous pensez que cela va arriver ?

Mais Bérenger se fait vieux. Il n?a plus l?énergie qu?il avait. Nous serons au pouvoir pendant longtemps encore, je pense, et si Bérenger reste en dehors, ce sera difficile pour son parti de se refaire une santé.

Et l?Alliance sociale va accueillir Paul Bérenger à bras ouverts ?

Non, ce n?est pas ce que je dis. L?Alliance sociale est déjà très forte. Je dis que le MMM n?a pas de choix, que ce sera difficile pour le MMM de remonter la pente, les choses étant ce qu?elles sont. Je ne dis pas qu?il y aura une alliance, je ne fais que réfléchir à haute voix.

Et pour Pravind Jugnauth ?

Ce ne serait pas correct de ma part de dire qu?une personne n?a plus de carrière politique. Mais Pravind s?est fait plus d?ennemis que d?adversaires. Mais souhaitons que ce temps dans l?opposition lui fasse du bien. Navin en est sorti grandi, espérons que ce soit pareil pour Pravind.

Est-ce que le poste de Premier ministre vous intéresserait éventuellement ?

J?estime que c?est plus important de travailler que de penser en termes de Premier ministre. Je dois avouer que le fait que les gens disent que je suis l?un des jeunes qui a du potentiel fait plaisir. (Rires?) Donc, même dans les critiques, il y a du bon ! n

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