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«Il y a trop de monopole»

20 août 2005, 00:00

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Vous faites votre entrée au Parlement pour la première fois. Quelles ont été vos premières impressions ?

Je dois dire qu?au moment que je me suis mise debout pour l?hymne nationale, toutes sortes de choses me sont passées par la tête. J?ai regardé le drapeau national et c?est à ce moment-là que la réalité s?est imposée à moi. J?ai pensé «wow, je suis là et j?ai une responsabilité vis-à-vis de mon pays», tout en espérant que je serais à la hauteur. C?est un privilège mais aussi une responsabilité que de modeler l?avenir de ce pays. C?est avec beaucoup d?humilité que j?ai réalisé que la tâche est peut-être beaucoup plus grande que je l?avais imaginé.

La solennité du Parlement n?est plus et cela a encore été prouvé ces deux dernières semaines. Vos commentaires ?

C?est vrai, il y a une certaine ambiance très spécifique au Parlement. L?institution est certes solennelle mais l?ambiance dont nous parlons est le résultat des débats. Il y a des réparties et aussi longtemps que c?est dans cet esprit-là, ça va. Il y a évidemment une limite à ne pas franchir car il faut définitivement condamner la vulgarité et les grossièretés. Il y a une guerre de nerfs qu?on ressent quand on est dans l?hémicycle. Le Parlement serait bien terne s?il n?y avait pas cette atmosphère.

Il faut dire que nous avons l?impression de vivre un prolongement de la campagne électorale au Parlement ? Les parlementaires ont-ils des comptes à régler ?

Oui et c?est dommage. Et je vous donne un exemple. Quand James Burty David intervient, l?opposition lui dit « ah to pann eli, to pa gayn drwa koze». Ce genre de discours est anticonstitutionnel car le best loser est un parlementaire à part entière. C?est clair qu?il y a une rivalité car nous sommes des rivaux politiques.

Mais quand les députés de la majorité viennent avec des questions sur le bilan de l?ancien gouvernement, ne sont-ils pas aussi en train de régler des comptes ?

Non et je pense que c?est très important de le dire. Il y a eu pendant ces cinq dernières années, l?image d?un gouvernement bosseur qui donne des résultats, que notre pays était le pays le mieux géré au monde, que c?était un modèle, un hub, etc. Cela a été martelé de long en large. C?est important et c?est nécessaire de dire que c?était du bluff. Il est important que le public sache la vérité. Et je peux vous dire que ce qui est sorti jusqu?ici n?est rien comparé au massacre que nous avons trouvé.

«Quand on donne des facilités à un enfant, on est en train de l?empower pour que demain il puisse avoir sa liberté économique. Il ne sera pas qu?un récipiendaire passif de la croissance, il aidera à créer la richesse.»

Vous vous êtes souvent élevée contre les abus de l?ancien pouvoir. Maintenant que vous êtes députée de la majorité, allons-nous vous entendre sur d?éventuels abus de l?actuel gouvernement ?

Vous savez nous avons eu à signer un code of ethics and integrity. C?est nouveau ça. Je m?élèverai contre les abus car le gouvernement attend cela de moi. Mais ce sera fait dans le forum approprié. Le Parlement n?est pas le seul forum que nous avons. Il faut savoir quel forum utiliser. Par exemple, je suis membre du Public Accounts Committee et ce sera une occasion d?être le chien de garde.

Presque deux mois après les élections, êtes-vous satisfaite que les bases du changement ont été jetées ?

Définitivement. Je viens d?apprendre qu?au niveau de la santé, les heures des visites seront étendues. Une toute petite chose mais qui aura un effet sur la vie des gens. Nous donnons aussi le transport gratuit aux vieux, aux handicapés et aux étudiants, il faut voir sur le long terme?

L?argument de ciblage tient quand même la route ?

Non, mais justement. Le ciblage n?est pas un recours. D?ailleurs, c?est comme la pension. Quand vous ciblez, il y a plus de travaux administratifs. Cette réforme de la pension était une pseudo-réforme. Pour en revenir aux étudiants, ceux qui vont à l?école dans leurs limousines conduites par leurs chauffeurs, ne décideront pas de prendre l?autobus simplement parce qu?il est maintenant gratuit. Le ciblage est de facto. Les gens qui auront besoin de cette facilité vont l?utiliser. Pour d?autres, ce sera une économie et pour certains, cela ne les affectera pas du tout. Je vais vous citer une préface de Bono de U2 du dernier livre de Jeffrey Sachs sur la pauvreté. Il dit que «equality is a very big idea connected to freedom but an idea that doesn?t come for free». Et il faut être disposé à payer ce prix. Quand nous disons putting people first, nous parlons de la liberté économique.

Et vous avez l?impression que ce concept est mal compris ?

Il y a beaucoup de gens qui ne veulent pas comprendre. J?entends d?ailleurs quelques dinosaures dire que nous retournons à l?âge de pierre en ce qui concerne le contrôle des prix. Quand on donne des facilités à un enfant, on est en train de l?empower pour que demain il puisse avoir sa liberté économique. Il ne sera pas qu?un récipiendaire passif de la croissance, il aidera à créer la richesse.

L?âge de pierre en ce qui concerne le contrôle de prix? C?est quand même un bon point, non ?

Il faut voir le contexte et être consistant. Ces mêmes personnes qui disent que nous retournons à l?âge de pierre disaient avant les élections qu?il ne fallait pas embarrasser le gouvernement du jour. Ceux qui parlent de l?âge de pierre ne réalisent pas que c?est notre pseudo-marché qui est de l?âge de pierre et qu?ils n?ont rien fait à l?époque où ils pouvaient influencer le competition bill. Pourquoi est-ce que Monsieur Cheeroo ne vient pas dire que notre marché est déformé ? Que nous n?avons pas de free and fair market ? Qu?il n?y a pas de compétition ? C?est ça, le crux of the matter, pas le contrôle des prix.

«En ce qui concerne les choses sérieuses, nous ne nous faisons aucune illusion ? ce pays a beaucoup de défis à relever. Mais la plus grande difficulté sera de relever les défis de l?intérieur.»

Vous êtes très virulente contre ce que vous appelé le pseudo-marché. Qu?est-ce qui ne va pas avec le secteur privé ?

Je vais probablement choquer mais j?estime que nous n?avons pas un secteur privé digne de ce nom, que c?est un pseudo-secteur privé. Il y a trop de monopole. Il n?y a que quelques producteurs qui ont toujours eu trop de privilèges. Le marché est totalement déformé, il n?y a pas de compétition. à la place, nous avons quelques gros producteurs qui sont ancrés dans un état d?esprit complètement dépassé. Et c?est ça le danger pour le pays. Si ces gens ne peuvent pas voir plus loin que le bout de leur nez, le gouvernement va devoir trouver d?autres interlocuteurs. Il faudra mettre de côté ces gens qui ont un point de vue complètement fossilisé. C?est grave que ces gens ne voient pas ce qui est dans leur propre intérêt. Ils sont tellement déconnectés qu?ils ne réalisent pas que la pauvreté est un danger pour ce pays.

Vous parliez du développement à visage humain samedi dernier. Est-ce facile de traduire ce concept dans la réalité quand on gouverne ?

(Sourire?) Il y a une contradiction dans votre question. Gouverner pour qui ? Le peuple. Il faut revenir à la base. People, people, people.

Le leader de l?opposition avait fait une critique l?autre jour ; que les cadeaux étaient faits avant les cent jours et que les choses sérieuses allaient venir après?.

(Rires?) C?est un aveu n?est-ce pas ? Que l?héritage qu?il a légué n?est pas reluisant. Car il sait très bien dans quel état il a laissé ce pays. Il doit être la dernière personne à venir parler de «labous dou» quand le 3 juillet dernier, il n?a pas enclenché l?Automatic Price Mechanism. En ce qui concerne les choses sérieuses, nous ne nous faisons aucune illusion ? ce pays a beaucoup de défis à relever. Mais la plus grande difficulté sera de relever les défis de l?intérieur. Parce qu?une fois qu?on aura libéré le potentiel du peuple, nous serons en mesure de faire face à ces défis de façon intelligente.

Vous vous éleviez contre l?arrogance de l?ancien pouvoir, pensez-vous que les actuels ministres risquent aussi de tomber dans le piège de l?arrogance ?

Bien sûr que le danger est là, il vient avec l?exercice du pouvoir. Nous avons tous été vaccinés contre cette maladie que nous risquons d?attraper ! (Rires?)

Et quel est ce vaccin ?

Putting people first. Le leader le martèle à chaque fois. «Inn met ou la pou travay pou lepep, pa pou ou mem», nous a-t-il averti.

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