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Jean René Bastien : Un PhD en musicothérapie pour faire de notre musique locale une thérapie

25 août 2026, 19:00

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Jean René Bastien : Un PhD en musicothérapie pour faire de notre musique locale une thérapie

Il est modeste. Trop modeste. Jean René Bastien (photo) n’est reconnu que par le précarré des musiciens professionnels. Il passe presque inaperçu, sauf comme «mizisien lotel» pour subvenir aux besoins de sa famille qui comprend trois enfants. Pourtant, c’est un maître musicien, compositeur et spécialiste dans la lecture de la musique.

Carte de visite

Le Conservatoire François Mitterrand lui propose de prodiguer son savoir. Il réfléchit. Ceux qui le connaissent lui commandent des compositions même pour le théâtre, comme pour «Sir Toby» de Dev Virahsawmy. Ou encore une commande pour un ballet moderne pour Anthony Joseph. Le groupe hôtelier Naïade de LUX* lui confie la direction musicale pour le rebranding de l’hôtel.

Patrick Pongahet lui demande d’orchestrer et de composer la musique servie par 30 musiciens pour La légende de Pieter Both. En 2009, Jean René Bastien est sélectionné pour composer avec 12autres compositeurs africains un hymne pour la Southern African Development Community. Chaque note doit représenter un des 12 pays. On lui confie le piano, lui qui en tant que freelance joue du piano dans nos plus grands hôtels. Des standards pour touristes. C’est une chorale a cappella sud-africaine qui chantera cet hymne à Johannesburg. Suivra une version pour les cuivres à des fins militaires.

Actuellement, un gros projet lui est soumis. Composer une comédie musicale pour décembre prochain, travailler l’orchestration et l’arrangement pour 12 chansons illustrant cette comédie dont le héros est Lislet Geoffroy. Le père de ce dernier était un colon français et sa mère une princesse sénégalaise devenue une esclave. L’auteur en est Didier Sooben. Sega, maloya, reggae exécutés par des musiciens et interprètes des écoles Mangalkan. Ça semble assez colossal.

Hors de nos frontières

Pendant deux saisons, Bastien est le bassiste du groupe qui se produit au Club Méditerranée. Ce qui va lui donner l’opportunité de voyager et de jouer dans d’autres clubs, notamment au Maroc et en Suisse. Modeste mais connaisseur, il insiste sur le fait qu’à la basse il suit la méthode scientifique du Suisse Jacques Dalcroze. Avis aux connaisseurs tatillons.

Un peu par hasard, Bastien a aussi composé la musique pour un documentaire sud-africain sur le rhinocéros qui passe sur Amazon. C’est la conséquence de certaines rencontres lors de son itinéraire comme avec Annie Lennox, la chanteuse d’Eurythmics, avec notre compatriote Bluey à la tête du supergroupe international Incognito, avec Gabriel Yared, un des plus grands compositeurs français de musiques de films.

Ce palmarès serait incomplet sans mentionner que Bastien est le gagnant de la Gamme d’Or, section fusion, en 2003, année quand il compose l’hymne des Jeux des Îles de l’océan Indien. Il restera marqué par sa collaboration en 1984 avec quelques cadors mauriciens comme le regretté Belingo Faro et Momo Manancourt. Deux grosses pointures.

Bastien est un vrai déchiffreur de musique. Mais il cache en lui une déchirure, une éternelle cicatrice provoquée par le départ de son père à la suite de son divorce avec sa mère. L’horreur ultime fut quand on lui demanda de choisir entre son père et sa mère. C’est à partir de ce drame intime que l’adolescent se met à réfléchir sans cesse pour trouver une thérapie qui l’aiderait à survivre.

Une thérapie

La guitare lui sert alors d’exutoire. Et ses maîtres sont de grands pédagogues : Gérard François pour la guitare classique et l’ouverture sur le jazz que complétera le grand Philippe Ohsan, déjà à la retraite. À 17 ans, il va à la rencontre de ses aînés et se souvient encore des concerts dans les village halls pour accompagner à la guitare les interprètes ou interpréter lui-même des chansons de Claude Nougaro et de Maxime Le Forestier. Bonne école.

Né à Belle-Rose, son père est clerc de notaire et sa mère infirmière. Il passera trois années à étudier la musique à l’université de Maurice. Avec l’aide d’un professeur autrichien, il décroche son Bachelor Degree in Music. Il s’intéresse à la musicothérapie, à l’éducation musicale comme vecteur d’une thérapie. Nouvel échelon avec son Master à l’université. Il poursuit seul par correspondance son Master in Philosophy by Research. Sa quête d’une thérapie passe par la pensée et la musique.

Son prochain objectif est de «upgrade» à un PhD. Et voilà qu’il obtient une bourse de huit mois à Budapest, en Hongrie, pour se perfectionner en musicologie en connexion avec notre musique. La finalité consiste à sensibiliser à la musicothérapie pour l’intégrer dans le domaine de la santé à Maurice. Concrétiser le fait que le sega et la langue créole n’existent pas seulement pour se défouler mais permettent aussi de cautériser sur le plan psychologique.

Jean René Bastien s’apprête à aborder cette ultime étape. Un itinéraire qui passe par la musique professionnelle locale pour qu’elle atteigne la guérison. Chapeau bas à ce fils du sol qui aura su préserver toute son humilité loin des faussaires (faux... airs) et des égocentriques dans le domaine artistique.

Un maître qui s’ignore dans son domaine. Un vrai philosophe en musique. Penser, composer et... panser.

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