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«Dommage que le communalisme soit si présent à Maurice»

16 juillet 2004, 20:00

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Vous êtes arrivé à la fin de votre mandat. Quel regard jetez-vous sur les trois années passées à Maurice ?

Elles ont été les plus enrichissantes de ma carrière. Ce qui m?a le plus passionné, c?est l?aspect humain de cette aventure. Les relations qui existent entre la France et Maurice sont intenses. Ici, je sens cette trace profonde de la présence française. Il y avait tant à faire. Je vous étonnerai si je vous dis que j?ai eu beaucoup plus à faire à Maurice qu?au Venezuela où j?ai été en poste. Pourtant ce pays compte 24 millions d?habitants et couvre une superficie de 950 000 km2.

La France est le premier partenaire économique de Maurice. Quels sont les principaux axes de cette coopération ?

Notre coopération n?est pas axée sur un seul aspect. La France est le premier client de Maurice et nous importons une gamme de produits très variés. Nous sommes présents dans les télécommunications, le commerce, les finances, dans la zone franche, entre autres industries, sans compter le secteur de l?investissement.

La France est le premier pourvoyeur de touristes du marché. Tout cela n?aurait pas été possible si les Français n?éprouvaient pas une certaine familiarité avec Maurice. Nous parlons la même langue et donc nous nous sentons sur un pied d?égalité. Nous sommes très à l?aise chez vous. La beauté de l?île y est aussi pour quelque chose.

La commission européenne assomme les pays ACP d?un véritable coup de massue sur le dossier sucre. Qu?est-ce qui motive cette baisse des prix ?

J?aimerai préciser : cette baisse des prix est une mesure brutale vis-à-vis de tous les producteurs, y compris européens. L?Union européenne (UE) s?est engagée dans la réforme de la Politique agricole commune (PAC) pour s?adapter à l?évolution. La mondialisation et l?Organisation mondiale du commerce nous obligent à modifier les règles. Le dossier sucre est la dernière de ces réformes. C?était inévitable. Tout comme dans les pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), les producteurs européens qui ne pourront se moderniser disparaîtront. C?est ainsi.

La France compte elle-même une importante communauté agricole. Comment les fermiers européens, et surtout français, accueillent-ils la nouvelle PAC?

Ces mesures ont été beaucoup plus intégrées dans l?esprit des producteurs européens que dans les pays ACP. Depuis deux ou trois ans, ils savaient que le couperet allait tomber et ils s?y préparaient. Il y a eu, bien sûr, de fortes résistances, avec par exemple des manifestations en Espagne. Toutefois, la majorité des producteurs s?y sont préparés.

L?UE semble avoir mis beaucoup d?eau dans son vin au sujet de la libéralisation du commerce agricole...

Nous n?avons pas trop eu le choix. Face à la libéralisation internationale du commerce agricole, l?UE ne pouvait y échapper. Il fallait s?adapter à l?évolution.

L?UE est-elle sensible à la plaidoirie des pays enclavés et insulaires ?

L?Union européenne est l?ensemble économique le plus proche et le plus sensible à la cause des pays les moins développés et ce, pour des raisons historiques. La coopération reste donc très importante. Soulignons que c?est le plus souvent sous l?impulsion de la France que ces projets de coopération ont commencé. Le président Jacques Chirac est très sensible à cette cause ainsi qu?à celle des petits Etats insulaires. D?ailleurs, la France sera présente à la conférence des petits Etats insulaires en janvier 2005 à Maurice.

Quel soutien Maurice peut-elle attendre de son alliée traditionnelle?

Maurice a le soutien total de la France dans des discussions économiques au niveau de l?UE. Désormais 25 Etats membres discuteront des questions que la France et la Grande-Bretagne, en tant qu?anciennes puissances coloniales, connaissaient en profondeur. Nous sommes des partenaires naturels.

Maurice est engagée dans un bras de fer avec un autre allié, membre de l?UE, la Grande-Bretagne. Quelle est votre analyse du dossier des Chagos ?

(Sourire et hésitations?) La France et le Royaume-Uni sont des pays amis. Nous fêtons d?ailleurs les 100 ans de l?entente cordiale. Je ne peux donc critiquer l?action du gouvernement britannique. Toutefois nous souhaitons qu?il trouve une solution qui rendra justice à tout le monde. Je crois que c?est aussi le sentiment que partagent les Mauriciens en général.

Nos alliés nous laissent-ils tomber ?

(Rires?) Mais pas du tout.

A quand une prise de position européenne sur la question ?

Je ne sais pas. C?est, avant tout, une question bilatérale qui ne nous concerne pas directement. Bien évidemment, nous aurons à prendre position si jamais l?affaire va devant les Nations unies. Mais pour le moment, je ne sais pas trop.

Et quelle sera cette position ?

Je ne peux pas préjuger. Je ne sais pas...

Pensez-vous, comme dit le Premier ministre britannique Tony Blair, que la base de Diego Garcia est vitale à la paix ?

Je ne suis pas en mesure de commenter les propos de Monsieur Blair. Il est clair que la base militaire est très importante et qu?il n?est pas question pour les Américains d?évacuer Diego Garcia aujourd?hui. Il me semble aussi que le Premier ministre mauricien, Paul Bérenger, n?est pas opposé à une prolongation du bail des Américains.

Le dossier Chagos n?est pas trop différent de celui de Tromelin. Sauf que dans ce cas, il n?y a eu aucune déportation de population indigène. La France est-elle aujourd?hui disposée à discuter souveraineté par rapport à Tromelin ?

Je tiens à le préciser : ces deux dossiers comportent beaucoup de différences. Tromelin est un îlot. Il est le siège d?une station météo qui rend des services fort utiles dans la région océan Indien. La France a proposé, dès 1999, lors d?un sommet de la Commission de l?océan Indien, de soumettre l?îlot et les autres îles éparses (reven-diquées par Madagascar) à une coopération renforcée. Maurice a donné son accord. Le Premier ministre a déclaré, lors de sa dernière visite à Paris, que Maurice revendiquait toujours la souveraineté sur Tromelin. S?il y a une différence d?approche de la part de nos deux pays, il existe aussi une volonté de poursuivre les discussions.

Donc, la France n?est pas disposée à céder ?

La France est disposée à discuter.

D?aucuns reprochent à votre représentation de faire du lobbying en faveur des opérateurs français dans le domaine aérien et dans celui du tout-à-l?égout. Vos commentaires?

Une des missions principales de tout ambassadeur est de promouvoir les intérêts économiques de son pays. Je ne m?en cache pas. J?ai, chaque fois que je l?ai pu, fait le relais des points de vue de nos entreprises auprès des compagnies mauriciennes. Aucun de mes collègues ambassadeurs ne vous dira le contraire. Mais attention : il ne s?agit pas de faire des pressions, cela serait inadmissible. C?est une pratique universelle, même s?il y a des désaccords et des irritations par rapport à ces pratiques.

Quels souvenirs garderez-vous de Maurice, Monsieur l?ambassadeur ?

Des souvenirs profonds de relations humaines. Ces Mauriciens qui portent peu d?agressivité en eux et qui se respectent mutuellement. D?une société qui, en dépit des tensions, est un miracle de co-existence et de compréhension. Je voudrais aussi ajouter, si je peux me le permettre, qu?il est dommage que le communalisme - appelé chez nous le communautarisme - soit si présent à Maurice. Ce communautarisme est contraire à notre tradition d?intégration. Et c?est avec appréhension que je constate cet aspect des choses chez vous. Mais bon, chaque pays est libre de gérer ses affaires comme il l?entend. Je ne vais pas donner des leçons de liberté, d?égalité et de fraternité à la ronde.

«Cette baisse des prix du sucre est une mesure brutale vis-à-vis de tous les producteurs, y compris européens. Comme dans les pays d?Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, les producteurs européens qui ne pourront se moderniser disparaîtront.»

«Je ne m?en cache pas. J?ai,chaque fois que je l?ai pu, fait le relais des points de vue de nos entreprises auprès des compagnies mauriciennes. Aucun de mes collègues ambassadeurs ne vous dira le contraire.»

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