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«Comme des fleurs d?amandier ou plus loin» de Mahmoud Darwich
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«Comme des fleurs d?amandier ou plus loin» de Mahmoud Darwich
Mahmoud Darwich est l?un des plus grands poètes contemporains. Né en 1941 à Al-Birwah, village de Galilée, à quelques kilomètres de Saint-Jean-d?Acre, il est chassé en 1948 par les forces armées israéliennes comme des centaines de milliers d?habitants palestiniens et sa famille s?enfuit alors au Liban. Un an plus tard, elle revient clandestinement chez elle : le village a été rasé et une colonie juive y est installée. Les Darwich s?installent au village voisin de Dayr Al-Assad. Le jour auprès de son institutrice juive, la nuit, à l?écoute des poètes itinérants, l?enfant découvre la puissance des mots. A vingt ans, déjà connu pour ses poèmes, il adhère à Haïfa au cercle des intellectuels et des écrivains de sensibilité communiste. Arrêté et emprisonné à plusieurs reprises dans les geôles israéliennes pour ses écrits et activités politiques, il commence alors une longue route de voyages et d?exils, d?abord au Caire, puis de 1972 à 1982 à Beyrouth, enfin à Paris, jusqu?en 1996, date à laquelle il s?installe à Ramallah, capitale intellectuelle et politique de la Cisjordanie, tout en se ménageant un lieu de repli à Amman (Jordanie). Membre du conseil exécutif de l?OLP, il démissionne en 1993 pour protester contre les accords d?Oslo.
Mahmoud Darwich transcende les frontières linguistiques. Sa langue maternelle est l?arabe, mais il apprend très tôt l?hébreu à l?école, puis l?anglais. C?est en hébreu qu?il accède, pour la première fois, aux grandes littératures étrangères. En effet, grâce aux traductions israéliennes, il lit très jeune les tragédies grecques, les classiques russes et des auteurs contemporains tels Federico Garcia Lorca, Paul Eluard et Pablo Neruda.
Mahmoud Darwich jouit aujourd?hui d?une popularité inouïe dans le monde arabe. Ses lectures publiques se déroulent dans des stades, devant des milliers de personnes en parfaite communion avec lui.
Son dernier recueil, un véritable joyau, «Comme des fleurs d?amandier ou plus loin» ? traduit de l?arabe par Elias Sanbar pour les Editions Actes Sud ?, est constitué d?une trentaine de poèmes courts et de quatre poèmes plus amples, dont le bel hommage à son ami, Edward Said, originaire, comme lui, de la Palestine:
(?) Il dit : Je suis de là-bas ; Je suis d?ici et je ne suis pas là-bas ni ici. (?) Il aime des pays et les quitte (L?impossible est-il lointain ?) Il aime migrer vers toute chose, Car dans le libre périple entre les cultures, Il y a place pour quiconque Cherche l?essence de l?homme. Voici qu?une marge avance, qu?un centre recule, L?Orient n?est pas absolument Orient, Ni l?Occident, Occident. Car l?identité est plurielle,elle n?est pas citadelle ou tranchées.
Mahmoud Darwich qui est allé à la rencontre d?Edward Said à New York, en 2002, l?interroge sur sa maison natale, désormais «occupée», en Palestine. Comment ne pas penser qu?il se retrouve lui-même dans ces vers ?
T?es-tu infiltré dans hier, le jour où tu t?es rendu à la maison, ta maison dans le quartier de Tâlibîya ? ? Je ne peux rencontrer la perte de face. Tel le mendiant, je me suis tenu à la porte. Demanderai-je à des inconnus qui dorment dans mon lit? la permission d?une visite de cinq minutes à moi-même ?
Dans «Comme des fleurs d?amandier ou plus loin», Mahmoud Darwich poursuit sa recherche formelle, aux frontières de la poésie et de la prose. Pour lui, la prose ayant également recours à la métaphore, aux images ou au rythme, la vraie question est de savoir comme le poétique se réalise dans le poème. Comme il l?a dit dans un entretien, il pense que le poétique ne se réalise que par l?architecture du poème et son système métrique. Le poète, dit-il, ne devrait jamais s?attacher à une seule forme poétique, un seul style, et ne devrait pas non plus répéter à l?infini, même sous diverses variantes, un seul poème, celui qu?il a publié au tout début de sa carrière : «Je suis obsédé par cette idée, ne pas me répéter, renouveler en permanence ma voie / voix dans la poésie, mes mots, mon langage?C?est cela qui donne un prétexte, une justification à l?écriture, au passage à l?acte d?écrire.»
Sous une forme immédiatement accessible aux auditeurs et aux lecteurs, mais non moins savante, le dernier recueil de Mahmoud Darwich célèbre les choses simples de la vie.
Mahmoud Darwich chante les nuages et les arbres :
(?) Je parcours les pages de nuées lointaines sur lesquelles le ciel consigne des pensées élevées. Je feuillette les états de mon c?ur sur les noyers : il est sans électricité tel un cabanon au bord de la mer. Il chante l?amour, les vacillements du c?ur et du corps. Que tu es libre, toi l?oublié dans ce café ! Nul ne voit l?empreinte en toi du violon, personne ne scrute ta présence ou ton absence, Personne n?analyse ton trouble si tu regardes Une jeune fille et te brises devant elle? Il chante la terre et toute la blessure d?un peuple déraciné. Si quelqu?un parvenait à une brève description des fleurs d?amandier, la brume se rétracterait des collines et un peuple dirait à l?unisson :
Les voici,
les paroles de notre hymne national ! Il tutoie la mort et l?exil, l?herbe et le cosmos, la quête de soi et la rencontre de l?autre. Si je pouvais parler au spectre de la mort derrière la haie des dahlias, je dirais : Nous sommes nés jumeaux, tu es mon frère, toi mon assassin? L?un des plus beaux poèmes du recueil est, à mon avis, « Il y a une noce » qui me rappelle les quatrains de libre pensée d?Omar Khayyam, par la détermination de vivre malgré une longue suite de malheurs :
Il y a une noce à deux maisons de la nôtre, ne fermez pas les portes? Le printemps ne se sent pas obligé de pleurer chaque fois qu?une rose se fane. Et quand, malade, le rossignol devient muet, il cède au canari sa part de chant et quand une étoile tombe, aucun mal n?atteint le ciel. (?) L?on dit : L?amour est fort comme la mort ! Je dis : Mais notre appétit de vie est plus fort que l?amour et la mort, même si nous ne pouvons le prouver. Mettons un terme à nos rites funéraires pour nous associer au chant de nos voisins,la vie est évidente ? et réelle comme la poussière !
<B>Par Issa Asgarally</B>
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