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« On veut faire du bon cinéma »
«Il n?existe pas d?industrie du cinéma à Maurice et ce n?est pas demain la veille ! » C?est le constat lapidaire de Selven Naidu, le directeur de la Mauritius Film Development Corporation (MFDC).
« Écoutez, il faut être honnête et admettre que nous n?avons ni les ressources humaines nécessaires et encore moins financières pour le réaliser. Le cinéma a plus de cent ans et nous en sommes encore à l?état primaire. Si l?on veut bien admettre qu?il y a un cinéma à Maurice, on devrait aussi accepter qu?il est fait de manière artisanale. En revanche, je pense que les jeunes qui s?y intéressent, ont la chance de pouvoir bénéficier de l?expérience de cette centaine d?équipes de tournage qui viennent, notamment de l?Inde, chaque année tourner à Maurice sans compter que cette activité contribue également à l?économie mauricienne ! », poursuit-il.
Et dans ce secteur, ce ne sont pas les petits métiers qui manquent tels les assistants de production, les techniciens de son, de lumière et autres scénaristes. « La raison est simple : on ne connaît pas beaucoup de producteurs étrangers qui accepteront facilement de travailler avec des réalisateurs et des acteurs mauriciens alors que pour d?autres métiers d?assistance, il y a de la place largement », souligne Selven Naidu. C?est donc pour cette raison précise que la MFDC a choisi de privilégier davantage la formation que la production de films pour laquelle son directeur estime que le pays n?est pas encore prêt. Cette institution avait d?ailleurs lancé, il y a quelque temps, un appel aux jeunes scénaristes en herbe pour qu?ils soumettent des projets. De la quarantaine d?entrées enregistrées, dix ont obtenu les faveurs du jury et seraient suivies par la MFDC pour les catégories documentaires et fictions.
Songer au professionnalisme
Ces travaux bénéficieront du soutien de la corporation en termes d?assistance technique voire financière à travers le Fonds d?aide au développement du film créé récemment pour aider les jeunes mauriciens à réaliser leurs projets de film. Autrement, le cinéma a surtout besoin de compétences. « Ce à quoi nous nous attelons car comme je le dis souvent, si dans dix à quinze ans nous arrivons à produire quatre ou cinq réalisateurs professionnels à Maurice, nous pourrons être fiers d?avoir gagné une bataille ! » insiste le directeur de la MFDC.
Outre l?intérêt pour la formation des scénaristes, la corporation a également lancé un Fonds d?aide à la production qui s?intéresse aux réalisateurs sans compter le projet « Cinéma sous le chapiteau » qui consiste à apporter le cinéma aux villageois. On y aménagera, entre autres, un comptoir de renseignements sur le cinéma en général sans compter les professionnels qui animeront des ateliers de travail. Le premier contact avec les villages se fera le 29 mai prochain à partir de neuf heures à Mahébourg. Le but est d?apporter le cinéma d?auteurs aux Mauriciens. « Nous sommes convaincus que c?est par là que l?on devrait commencer car avant de songer à faire des films comme Matrix ou Indiana Jones, il faut d?abord que la sensibilisation se fasse par le biais des films d?auteurs par lesquels ont, d?ailleurs, débuté la plupart des professionnels. Le cinéma sous un chapiteau est justement un moyen pour sensibiliser les cinéphiles mauriciens à ce sujet », explique Selven Naidu qui annonce pour août prochain, un festival de films pour enfants dont l?objectif est de susciter l?intérêt des jeunes mauriciens pour le cinéma.
Cela dit, si la formule de l?organisation du Festival des courts-métrages telle qu?elle l?a toujours été, n?est plus à l?ordre du jour, Selven Naidu tient à faire ressortir que ce n?est pas pour autant que l?on peut déduire que les courts-métrages n?intéressent plus la MFDC. « Bien au contraire ! On va améliorer la formule et offrir tout l?encadrement nécessaire aux cinéastes intéressés. Il n?est plus question de travailler dans l?à-peu-près. L?époque du bricolage est révolue ! Il faut commencer à songer au professionnalisme. », dit-il. À ceux qui rêvent d?une présence de la MFDC à Cannes, Selven Naidu demande d?attendre l?année prochaine estimant qu?il faut une préparation d?au moins une année entière et que la corporation va bientôt s?y mettre.
Une multitude de talents
Des quarante-cinq participations au projet d?écriture de scénario organisé par la MFDC, dix avaient été sélectionnés pour être bénéficiaires de l?apport technique et financier nécessaire à la réalisation de leurs ?uvres. Le documentaire sur la montagne du Morne signé Thierry Château et la fiction de Jivita Bunwaree, qui raconte l?histoire d?un individu trafiquant avec les morts sont parmi les ?uvres primées. Le premier nous parle de sa passion pour le cinéma. Journaliste depuis peu au magazine Eco-Austral, il a toujours voué une passion dévorante pour l?écriture et le 7e art quoique la différence de genre soit de taille entre la rédaction d?un scénario et celle d?un article de presse. « J?avoue qu?il ne suffit pas d?être un mordu du cinéma pour devenir scénariste. Mais dans mon métier de journaliste, on est souvent appelé à faire aussi de la documentation. Un article de presse raconte un fait, un événement alors que dans le scénario, il est surtout question de montrer des images. Les différents ateliers de travail que j?ai eu avec la MFDC m?ont permis de bien situer les deux et de bien les distinguer », explique-t-il.
Tout comme lui, Jivita Bunwaree se dit très intéressée par l?audiovisuel et désirait ardemment commencer quelque part mais ne savait pas par où et comment. « Le concours de la MFDC est tombé à pic et j?ai sauté sur l?occasion d?autant que mes proches m?ont beaucoup encouragée ! Et puis il faut savoir que la rédaction d?un scénario suppose beaucoup de choses. C?est un plan détaillé qui comprend une structure très découpée, des actes, des scènes, des dialogues contrairement à la rédaction d?un roman où l?auteur peut décrire un événement ou un sentiment en une seule phrase. Le scénario décide de toute l?organisation du film tel qu?il sera visionné par les cinéphiles », souligne-t-elle.
Que pensent-ils d?une « école des métiers du cinéma à Maurice » ? « Puisqu?il n?existe pas d?industrie du cinéma à Maurice, je ne pense pas qu?une école serait nécessaire du moins pour l?instant. Ce que la MFDC est en train de faire avec les ateliers de travail est largement suffisant. Il faut être honnête et se dire que nous avons encore un long chemin à faire dans ce domaine et contenir certaines ambitions car l?on ne devient pas Orson Welles du jour au lendemain », assure Thierry Chateau en se demandant s?il ne fallait pas d?abord trouver des débouchés dans ce secteur avant de songer à la mise sur pied d?une école des métiers du cinéma. Jivita Bunwaree demeure, quant à elle, plutôt optimiste car elle estime qu?il y a beaucoup de talents à Maurice et ils ne demandent qu?à être exploités et qu?une école des métiers du cinéma devrait être d?une grande utilité.
« Nous aurons gagné une bataille si nous arrivons à produire quatre ou cinq réalisateurs professionnels mauriciens »
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