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« Un vent nouveau souffle sur l’Icac »
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« Un vent nouveau souffle sur l’Icac »
<B>Un peu plus d’un mois après avoir pris la tête de l’Icac, quel état des lieux établissez-vous ?</B>
Je dois avouer que je suis déçu. Il y a pas mal de problèmes internes à régler. J’aimerais toutefois faire ressortir que malgré l’absence d’un sens de direction qui a longtemps caractérisé la commission, les employés, dans leur majorité, ont « deliver the goods ». Ceux de la Corruption, Prevention and Education Division (CPED), à titre d’exemple, ont abattu un travail énorme mais ils n’étaient pas soutenus et encouragés. Le nouveau board a enclenché un audit interne des divers départements. Afin de corriger les failles du système et de mener à bien la restructuration qui s’impose.
Depuis sa création en juin 2002, beaucoup de moyens ont été mis à la disposition de l’Icac. Ce qui a suscité un grand espoir du public de voir reculer la fraude et la corruption.
<B>Mais les résultats ne sont guère impressionnants. Qu’est-ce qui n’a pas marché ?</B>
Je ne suis pas là pour porter un jugement sur le travail de l’ancienne équipe dirigeante. Je préfère prendre acte des conclusions de l’audit interne qui seront soumises sous peu. Et le board agira en conséquence. Mais, pour répondre à votre question, je pense que l’une des plus grandes failles aura été l’absence d’un Chief Legal Adviser pour coordonner les investigations en cours. Il y avait aussi un manque de rigueur dans le traitement des dossiers. À cet égard, on a préféré rappeler un certain nombre de dossiers déjà instruits car ils présentaient des lacunes majeures et un non-respect des procédures juridiques. Dans bien des cas, nous préférons tout recommencer à zéro. Il y avait par ailleurs une absence de communication entre les différents départements de la commission. À titre d’exemple, sur le plan informatique, je vais vous surprendre : nous sommes plus avancés dans le judiciaire qu’à l’Icac. On a certes des ordinateurs mais il n’existe aucun réseau interne pour la transmission des informations. Le dossiers sont toujours traités manuellement. Sur le plan humain, il n’y avait pas de day-to-day monitoring, d’encadrement et de formation.
<B>Le récent départ de Roshi Bhadain, le directeur des enquêtes, ne risque-t-il pas de pertuber davantage la relance de la commission ?</B>
Bhadain n’est plus à l’Icac. Le travail continue. On a déjà recruté un Assistant Director of Investigations et d’ici trois semaines, l’Icac aura son nouveau directeur des enquêtes.
<B>Pourquoi M. Bhadain est parti ?</B>
Je ne vais pas m’attarder sur cette question. Vous savez, chacun dans la vie assume ses responsabilités et/ou ses choix. Je préfère pour ma part regarder l’avenir et il s’annonce challenging pour l’Icac. Nous avons une nouvelle équipe pleine d’enthousiasme et déterminée à façonner la commission, avec une nouvelle approche, une nouvelle stratégie et surtout, une nouvelle synergie avec grand public. À vrai dire, un vent nouveau souffle sur l’Icac. Ce serait plus exact de parler de l’« Icac II »
Quels sont les traits saillants de cette « Icac II » ?</B>
Tout d’abord, au niveau du board. Il y a une volonté et la compétence nécessaire pour insuffler ce nouveau départ. Je pense que mon expérience à la magistrature permettra à la commission d’éviter les écueils juridiques du passé, ce qui avait considérablement affaibli la commission. Les deux autres membres du board sont complémentaires à la nouvelle orientation que nous voulons donner à l’Icac. Indira Manrakhan et Hamid Imrith sont de vrais patriotes qui sont conscients du défi pour faire reculer la fraude et la corruption à Maurice. Ils ont une expérience et une maîtrise des dossiers les plus complexes qui forcent le respect. Nous formons une équipe soudée et déterminée à accomplir la mission qui nous a été confiée – en toute indépendance.
Quant à l’aspect d’ordre juridique, nous avons désormais en notre sein Me Manish Gobin, qui a fait ses preuves à la magistrature et au State Law Office. Il est en train de restructurer la Legal Team et procède à la mise en place de nouvelles procédures – jusqu’ici inexistantes – pour le bon avancement des dossiers. Nous établissons de nouvelles structures pour permettre une meilleure coordination de nos ressources.
<B>Q’est-ce qui change dans le mode d’opération ?</B>
En premier lieu, le personnel. Savez-vous que pas moins de trois-quarts des ressources humaines de l’Icac doivent être remplacées dans les semaines et mois à venir ! Il y a beaucoup de départs dus au règlement qu’un contractuel affecté à l’Icac ne peut prolonger son contrat au-delà de trois ans, sauf s’il soumet sa démission de son poste initial. Nous allons procéder à des recrutements à durée indéterminée, afin d’éviter ces fréquents arrivées et départs qui perturbent le bon fonctionnement de la commission.
Une fois notre personnel recruté, nous insisterons sur la formation.
Le combat contre la fraude et la corruption est un domaine qui nécessite une formation continue et pointue. Nous ferons appel à l’expertise étrangère pour être au diapason de ce qui se passe à l’échelle mondiale. En externe, nous allons nous rapprocher du public. Nous comptons lancer six sub-offices de l’Icac dans différentes régions du pays. Ces antennes de l’Icac dissémineront notre campagne de sensibilisation contre la corruption. Elles prodigueront également des conseils d’ordre juridique et procédurier. Les changements que je vous annonce sont contenus dans l’Action Plan 2006-2009, que nous venons de boucler et qui sera en circulation prochainement.
<B>Comment l’action de l’Icac s’articule-t-elle avec le comité parlementaire ?</B>
Nous avons jusqu’ici eu quatre réunions avec le comité. Et je peux vous dire qu’il y a un excellent climat de travail. Chacun semble être conscient des paramètres dans lesquels nous sommes appelés à collaborer. Il faut peut-être rappeler que nous travaillons en totale indépendance et que le comité parlementaire a pour tâche de monitor le budget et le staffing de la commission. On a déjà procédé à une révision des dépenses, notamment en réduisant les gaspillages. L’interaction avec le comité parlementaire est des plus encourageantes. Car nous avons le soutien requis pour continuer notre action.
Les dépenses de l’Icac étaient souvent critiquées comme étant budgétivores.
Je pense qu’il n’y avait pas un proper monitoring, donc pas de contrôle, pas de rigueur. C’est pour cela que le nouveau board a immédiatement commandité un audit complet. Nous veillerons à ce que l’argent ne soit pas gaspillé. Nous misons sur la transparence totale car il s’agit de l’argent public et parce que nous estimons que c’est notre devoir de montrer l’exemple en termes de good governance.
Une autre critique souvent formulée contre l’Icac concernait ses méthodes d’arrestation.
Je peux vous assurer qu’il n’y aura plus d’arrestation médiatisée ou arbitraire. Toute enquête qui démarre se fera selon les paramètres juridiques. La Legal Team veillera à ce que les procédures soient scrupuleusement suivies. L’Icac travaillera avec le commissaire de police et le directeur des poursuites publiques selon les exigences des affaires en cours. Le DG, outre ses pouvoirs d’ordonner une arrestation, peut aussi organiser une audience, publique ou in camera, pour écouter les parties concernées. Par ailleurs, on mettra en place un système pour informer la population sur les cas d’intérêt public, tout en veillant qu’il n’y ait pas de fuites d’information confidentielle qui pourraient nuire à l’examen et à l’instruction du dossier. En bref, on travaillera dans la transparence tout en assurant la confidentialité nécessaire au bon déroulement des enquêtes.
Ce n’est pas évident d’assurer à la fois la transparence et la confidentialité…</B>
Nous sommes conscients que nous avons besoin de l’interaction avec le public pour mener à bien notre mission. Nous tiendrons régulièrement des points de presse quand les circonstances l’exigeront. De même nous revoyons l’utilisation de notre website, nous voulons le rendre davantage informatif et interactif. Les communiqués de la Press Unit (dont le fonctionnement sera revu) seront désormais visés par le département légal. Quant à la confidentialité, elle est essentielle pour boucler les enquêtes. Nous ferons de sorte que de fausses allégations ne viennent pas ternir la réputation d’honnêtes citoyens. D’où le démarrage des enquêtes sans faire de tam-tam médiatique. « Quiet competence » seront les maîtres mots. Quand les cas seront logés en cour, ils deviendront alors une affaire publique…
<B>On parlait de centaines de dossiers laissés en suspens. Qu’en est-il ?</B>
Nous n’avons pas terminé l’audit. Mais nous allons de surprises en surprises. Plusieurs dossiers sont à retravailler complètement. Car les procédures n’ont pas été suivies. Désormais nous voulons nous assurer qu’une fois un dossier avalisé par le DPP et instruit en cour, il n’y a plus lieu de revenir sur l’enquête elle-même.
<I>« Nous misons sur la transparence totale car il s’agit de l’argent public et parce que nous estimons que c’est notre devoir de montrer l’exemple en termes de ‘good governance’ »</I>
<B>Maintenant que les structures sont en place, qu’est-ce qui manque à la commission pour atteindre enfin sa vitesse de croisière ?</B>
L’adhésion du public. Pour créer cette interaction, il y a tout un travail d’éducation de la masse à faire. Nous travaillons sur un programme de sensibilisation. Il est temps que le message de l’intégrité soit véhiculé à tous les niveaux et que la jeune génération soit imprégnée de ce discours, à travers des programmes d’études. Le CPED et les antennes de l’Icac auront tout le soutien pour toucher la masse. La presse dans son ensemble a un rôle à jouer. Pour revenir à votre question, je pense que les Mauriciens ne font pas assez de whistle blowing. Je les encourage à dénoncer et cela peut être fait en toute confidentialité. Nous vérifions toutes les informations et initions des enquêtes s’il y a lieu. Pour le monde des affaires, nous mettrons sur pied un Learning Center, pour permettre une interaction entre les professionnels.
Sur le plan régional et international, nous comptons raffermir les liens entre les différentes organisations. La fraude et la corruption s’organisent aussi en dehors de nos frontières. Et on doit avoir le réseau pour les traquer. Dans cette optique, l’Icac organisera en août la réunion du South African Forum against Corruption, qui compte 14 pays de la région.
<B>Mais pour susciter l’adhésion, l’Icac doit être « public friendly ». Les voitures haut de gamme et les rémunérations plus que généreuses de l’ancienne direction n’ont pas été bien vues par le grand public. Qu’en pensez-vous ?</B>
Je dois avouer que j’ai été singulièrement embarrassé d’utiliser la voiture de fonction de mon prédécesseur. J’ai demandé à ne plus l’utiliser, mais on m’a fait comprendre que ce serait un autre gaspillage vu que l’acquisition a déjà été réglée et si on devait la revendre on perdra une somme conséquente. Je suis donc contraint de l’utiliser jusqu’au terme et passé ce délai, j’ai ordonné à ce qu’on n’achète plus des voitures de cette gamme. Je me contenterai d’une bien plus petite cylindrée et je peux vous assurer que j’y serai plus à l’aise…
<B>Vous avez des origines modestes. Et à la magistrature on reconnaît votre discrétion et votre probité qui vous prédestinaient à une carrière de juge. Pourquoi avez-vous accepté le poste de Directeur général de l’Icac ?</B>
J’ai été approché. Je me suis permis un temps de réflexion parce que j’aimais bien mon emploi à la magistrature. Je me suis lancé parce que c’était un défi à relever pour moi et pour le pays. Maintenant que je suis en poste, je m’efforce à tout mettre en œuvre pour que l’Icac soit à la hauteur des espoirs et des moyens placés en elle. Je suis content d’avoir une bonne équipe de professionnels autour de moi. Ensemble, avec le public, nous pouvons et nous devons œuvrer pour une île Maurice débarrassée des fléaux de la fraude et de la corruption. C’est notre mission à tous…
<I>Propos recueillis par </I> <B>Nad SIVARAMEN et Elwyn CHUTEL</B>
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