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« Patience, vous n?en êtes qu?au tout début »

3 avril 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

<B>Maurice suit les pas de l?Inde. Pêche-t-elle par trop d?ambition ? </B>

L?ambition n?a jamais fait de mal à personne. Maurice a de sérieux atouts pour se faire une place dans le secteur des technologies de l?information et de la communication (Tic). Elle est très bien située géographiquement. Elle a une identité propre de pays africain bilingue avec une ouverture sur l?Europe. Pensez-y. Il n?y a pas beaucoup de pays dans le monde dont le peuple parle couramment l?anglais et le français. Je suis certain que les entrepreneurs étrangers, y compris les Indiens, voudront capitaliser dessus.

<B>Pour l?heure, le secteur privé indien ne semble pas très impressionné par le potentiel mauricien?</B>

C?est probablement parce qu?il n?en a pas encore pris la vraie mesure. Un marketing plus agressif et soutenu de la part de Maurice s?impose.

<B>L?insuffisance en marketing serait donc la raison de la tiédeur apparente des Indiens à l?égard de Maurice ? </B>

Vous n?en êtes qu?au tout début dans le secteur. Il ne faut pas s?attendre à des miracles. Il ne faut pas non plus regarder uniquement du côté des étrangers. Les entrepreneurs locaux devront également entrer dans le jeu.

<B>Les Mauriciens s?interrogent sur le bien fondé de l?investissement conséquent dans la tour d?Ebène. Qu?en pensez vous ? </B>

La cybertour n?est qu?une infrastructure de base. De gestation. C?est à partir de maintenant, au gré des occupants, qu?elle va se construire une personnalité. Ce type d?infrastructure ne s?est jamais avéré inutile ailleurs dans le monde. Je ne vois pas pourquoi Maurice ferait exception à la règle. A moins que vous ne vouliez pas vraiment le faire marcher.

<B>Centres d?appels ? Externalisation ? Développement de logiciels ? Que privilégier ? Les Mauriciens ont l?impression d?avancer à tâtons sur la voie informatique?</B>

Le secteur des Tic vous est encore nouveau. Vous n?en saisissez pas tous les tenants et aboutissants. C?est normal que vous vous sentiez dans le flou. Nous sommes nous aussi passés par cette phase. Accrochez-vous. Donnez-vous du temps pour trouver vos repères et vous verrez, le reste suivra. En ce qui concerne le choix de filière, je pense qu?un mélange judicieux reste le meilleur pari. C?est ainsi que nous procédons en Inde et c?est, je crois comprendre, l?option déjà prise par Maurice.

<B>L?Inde a beaucoup surfé sur le boom de l?externalisation. Etes-vous prêts à passer à autre chose ? </B>

Nous n?en sommes pas encore à un boom. Nous sommes encore sur la pente ascendante de la courbe de croissance. Et le gâteau est assez grand pour que nous puissions le partager. L?Inde a les qualités nécessaires pour optimiser ce créneau. Son atout principal est sa main-d??uvre hautement qualifiée, ayant une bonne maîtrise de l?anglais et disposée à apprendre de nouvelles langues. Ce secteur est jeune, innovant et très dynamique. Les possibilités sont illimitées.

<B>Vous venez d?être nommé ministre pour les Tic. Quels sont les ambitions que vous avez pour votre pays ? </B>

Le secteur des Tic croît à une vitesse phénoménale en Inde. Me croirez-vous si je vous dis que seules 9 % de familles indiennes sont raccordées au téléphone ? Un énorme fossé sépare les populations rurales et urbaines. En moyenne, un citadin sur quatre possède le téléphone. Dans les villages, c?est un téléphone pour cent usagers ! Mon ambition, et effectivement ma première priorité, est d?améliorer la connectivité et donc de combler ce digital divide.

<B>Vous suivez donc les traces de votre prédécesseur de l?ancien gouvernement ? </B>

Nous continuons sur la même lancée, oui. Mais avec plus d?agressivité. Je veux des résultats plus spectaculaires. Actuellement, deux millions nouveaux usagers sont raccordés par mois. Je veux doubler ce chiffre d?ici juin. Quelque 19 millions d?Indiens ont le téléphone aujourd?hui. Je veux ramener ce chiffre à 250 millions dans trois ans.

<B>Suffit-il d?améliorer la connectivité rurale pour combler le fossé numérique ? </B>

Le développement du secteur des Tic s?est concentré autour d?une poignée de villes comme Bangalore et Hyderabad. Ceci a donné lieu à un incessant mouvement migratoire qui place ces villes sous d?énormes pressions démographiques. Elles ne sont pas équipées pour y faire face. Nous allons encourager le développement de villes secondaires comme Chennai, Mysore et autres.

<B>Quels sont les moyens consacrés par l?Inde pour réduire cet écart séparant ses villes de ses villages où vivent plus de 70 % des habitants?</B>

Non seulement la population indienne est essentiellement rurale, elle est aussi jeune. Deux Indiens sur trois ont moins de 40 ans. Nous estimons qu?il faudra investir US $ 20 milliards sur trois ans pour atteindre les objectifs de connectivité que nous nous sommes fixés. Le secteur des Tic s?est développé à la force du secteur privé ces derniers trois à quatre ans. 80 % des investissements viennent du privé. Nous nous attendons à ce que cette tendance soit maintenue. L?Etat gardera son rôle de facilitateur.

<B>Propos recueillis par Shyama SOONDUR</B>

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