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« Nous sommes des militants des droits humains »
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« Nous sommes des militants des droits humains »
De quelle manière les droits humains contribuent à un assainissement des conflits sociaux ?
Le fait que les droits humains soient à l?agenda a permis une certaine libération de la parole citoyenne. Dans une société en mouvement, il importe de cibler les jeunes car ils incarnent les adultes de demain, les valeurs de transition. La sensibilisation aux droits humains, à ceux des enfants ou de la femme renvoie au sens de la vie humaine. D?où l?importance d?une approche pédagogique qui communique la sacralité de la personne humaine. C?est l?approche que préconise Amnesty-Maurice.
Amnesty International (AI) donne pourtant l?impression d?être un club sélect qui ne sert qu?à valoriser des concepts abstraits?
AI a sa place dans la société mauricienne ne serait-ce que parce que c?est un mouvement qui va à contre-courant des idées reçues, provoquant ainsi une remise en question chez les gens. Nous préconisons une approche qui nous rapproche des gens.
Comment traduisez-vous ce discours dans les faits ?
Nous avons organisé une campagne contre la violence envers la femme où, entre autres, c?est l?homme qui est appelé à interpeller l?homme. Nous sommes des militants des droits humains, et non un club d?intellectuels. À travers cette campagne, nous mettons en exergue la structure patriarcale de la société mauricienne.
Et avant d?aborder les questions pratiques, il faut aussi pouvoir résou-dre les questions de fond. C?est ce que nous efforçons de faire. Dans un pays aux idées toutes faites, il s?agit de déverrouiller des croyances ancrées dans des décennies de pratiques.
Il faut pouvoir aussi entrer dans des considérations culturelles. Pendant longtemps, pour un homme mauricien, ne pas pouvoir frapper sa femme équivalait pour lui à une démission de ses responsabilités. C?est ce genre de réflexe qu?il faut surmonter.
Cela implique tout un exercice d?introspection culturelle parce que notre société a intériorisé certains modes de comportement qui découlent de décennies de pratiques, et qu?il importe désormais de remettre en question. D?où l?importance de l?éducation aux droits humains. C?est un processus qui permet de déconstruire l?indifférence, l?intolérance et l?injus-tice. Notre slogan est d?ailleurs : « Appran dimoune agir kouma dimoune. »
« Il y a surtout un espoir en la femme. Le monde ne pourra progresser qu?avec la force et la conviction des femmes. »
Certes, mais en quoi votre méthode de travail diffère-t-elle ?
Sortir des lieux communs, c?est manifester une capacité à ne plus être manichéen. C?est reconnaître que l?homme qui bat sa femme a lui-même un problème. D?où notre intention de créer une structure d?accueil pour ces hommes. On ne peut plus se permettre de voir tout en blanc ou en noir. Nous nous devons de développer une culture de la nuance. C?est alors que nous saisirons la complexité de la nature humaine. Ce n?est qu?à cette condition que nous serons capables de nous changer nous-mêmes.
De la même manière, je me dois de reconnaître que le concept des droits humains a été quelque part imposé. Ce qui fait que des gens se sont sentis perdus. L?Onu adopte des conventions et des gouvernements les ratifient. Mais que fait-on pour éduquer les populations ? La réponse à cette question est au centre de la démarche d?Amnesty-Maurice. D?où notre approche pédagogique.
Nous assurons ainsi des cours de droits humains et de leadership ciblant des jeunes de 16 à 24 ans. Il est question de la formation des citoyens autour de leurs droits et de leurs responsabilités à travers des communications et des échanges autour de thèmes comme la politique, la société civile, la société démocratique?
Il y a à la fois de l?espoir et des appréhensions dans ce que vous dites. Lequel est prépondérant ?
Il y a surtout un espoir en la femme. Le monde ne pourra progresser qu?avec la force et la conviction des femmes. Après avoir connu un monde dominé par les hommes, il importe de passer graduellement à un autre ordre où la femme sera porteuse d?autres espoirs et d?autres valeurs. La révolution doit être culturelle, identitaire et toucher à la civilisation.
Ce qui était la norme devient petit à petit anormal.Il ne sert à rien, par exemple dans le contexte mauricien, de parler de perte des valeurs alors qu?il s?agit de prendre conscience de nouvelles valeurs. Des valeurs qui correspondent à un type de vie et de comportement propre à une certaine contemporanéité sociale et idéologique. C?est pour cela aussi qu?il faut écouter les jeunes et les femmes et se mettre réellement à leur parler et non à imposer.
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