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« Ne restons pas ancrés dans le passé »
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« Ne restons pas ancrés dans le passé »
Après la traversée du désert, vous vous étiez préparé à reprendre les rênes du pays ?
Quand on a déjà été Premier ministre, on a une autre perspective des choses. La traversée du désert m?a fait beaucoup de bien. Je suis mieux préparé. Cela nous a permis d?insuffler une nouvelle dynamique dans l?action gouvernementale.
Vous disiez encore récemment : « A Maurice ena culture de lin perdi pouvoir, pas costé are li. » Comment faire face à tous ces carapates qui refont surface ?
Je ne les apprécie pas et je n?aime pas cette attitude. Quand soudain certains deviennent plus travaillistes que travailliste, cela ne me fait pas de plaisir. Je les aborde gentiment, mais au fond avec un peu de mépris. Parce que je sais que demain, ils changeront encore de camp.
Un sondage indique que le bilan de votre gouvernement est apprécié. Croyez-vous pouvoir gouverner de manière réaliste et être populaire en même temps ? C?est une antithèse en politique?
C?est effectivement une antithèse et je ne le fais pas. Les premières actions sociales n?avaient pas pour premier objectif de devenir populaire. Nous venions de gagner les élections, nous l?étions donc déjà ! Mais il fallait faire quelque chose de fort pour redonner l?espoir. En même temps, il fallait gérer l?économie et faire face aux grosses difficultés qui arrivent. Mais je suis serein. Il s?agit de redonner espoir à la population. Il ne faut pas être fataliste en disant que les défis qui nous attendent sont insurmontables.
« Il faut un débat mais il ne faut pas qu?il dure éternellement. Les opinions doivent pouvoir s?exprimer. Mais la modernité veut aussi dire des choix modernes. »
« Relancer l?économie », c?est votre première priorité. Durant les 100 jours, on aura surtout retenu les mesures populaires. C?est cela la relance de l?économie ?
Le ministre des Finances a initié des actions pour relancer l?économie qui ont été sous-estimées. On n?en a pas compris la portée. Notamment la politique d?ouverture du ciel et la redynamisation du secteur des petites et moyennes entreprises. C?est très important.
Nous connaissons les difficultés : sucre, textile, et depuis quelque temps le pétrole. On a toutefois un avantage dans le tourisme. Nous sommes formés, nous possédons déjà un savoir-faire et une culture de l?accueil. Avec la politique d?ouverture de l?accès aérien, nous allons avoir des résultats concrets et rapides. Nous avons approuvé l?arrivée de vols spéciaux de la Suède par exemple. Nous avons remis en route notre diplomatie économique. Pour le sucre, nous essayons de défendre notre position en faisant comprendre à l?Union européenne que la baisse de 39 % des prix garantis sera un désastre. Le président français, Jacques Chirac, défend notre cause auprès de la Commission européenne. Nous utiliserons tous les leviers disponibles. Il y a aussi beaucoup d?effort à faire dans le secteur des services, notamment dans les technologies de l?information et de la communication. Notre partenariat avec l?Inde dans ce domaine devrait nous rapporter davantage.
Comment allez-vous vous y prendre pour faire comprendre à la population qu?on entame maintenant les temps difficiles et qu?il ne faut plus s?attendre à des cadeaux ? Qu?est-ce qui vous permet de dire qu?ils comprendront ?
Le peuple mauricien est intelligent. Il était au courant des problèmes du textile et du sucre. Puis, il y a la hausse du prix du pétrole. L?ancien régime avait choisi de ne pas rehausser les prix. Mais nous les avons ajustés à la date prévue. Parce qu?il faut faire face aux réalités. De plus, j?ai la meilleure équipe pour faire face aux défis.
Quelles sont les réalités auxquelles il faut faire face ?
Des journalistes étrangers m?ont demandé le plan alternatif dans un worst case scenario. Je dois savoir quelle est la pire situation à laquelle on pourra faire face, mais je dois dès à présent la combattre. Et je ne vais pas parler de plan alternatif tant que je n?ai pas épuisé toutes les cartouches. Par exemple sur le prix du pétrole, nous n?avons pas de contrôle. Il va donc falloir faire face aux conséquences s?il continue à augmenter.
Est-ce que la non-réalisation de certaines promesses électorales phares sera l?une de ces réalités ? On peut penser aux nouveaux seuils d?imposition?
Nous allons appliquer la mesure de l?exemption d?impôts pour ceux qui perçoivent jusqu?à Rs 25 000 par mois, car elle redynamisera l?économie. Nous en sommes convaincus. Ceux qui ne payeront pas l?impôt utiliseront l?argent ainsi économisé comme ils le veulent. Ils l?investiront, par exemple, dans des fonds garantis par le gouvernement. Il faut redynamiser d?abord l?économie pour pouvoir adopter des mesures sociales.
La peur des réformes a eu raison de plusieurs gouvernements. Le précédent s?est cassé les dents sur le dossier Mauritius Revenue Authority après la levée de bouclier des syndicats de la douane. Allez-vous renégocier les accords passés dans ce cas par exemple ?
Le ministre des Finances a parlé aux syndicats. Dans un climat de globalisation et avec toutes les menaces et problèmes que nous avons, nous ne pouvons nous permettre de prendre des décisions en cédant aux pressions. Les Mauriciens doivent réaliser qu?il va falloir prendre des décisions difficiles.
Concrètement, allez-vous pouvoir remettre en cause les accords du passé ?
Nous prendrons toutes les décisions nécessaires. Même si c?est dur.
Le gouvernement a pu paraître se disperser sur les dossiers contrôle des prix, IRS ou le tourisme. Avez-vous dû arbitrer souvent ces derniers temps ?
Nous regardons dans la même direction. Mais il y a aussi les méthodes. Il faut un débat mais il ne faut pas qu?il dure éternellement. Les opinions doivent pouvoir s?exprimer. Mais la modernité veut aussi dire des choix modernes. Nous ne devons pas rester ancrés dans le passé. Nous ne sommes pas pour le contrôle des prix par exemple. Il faut plutôt promouvoir un marché plus compétitif. J?ai fait savoir à ceux qui contrôlent le marché que le manque de compétition est dangereux pour le pays mais aussi pour eux ! La prospérité économique des USA a été construite par les PME. Il faut donc leur donner l?occasion de participer à la redynamisation de l?économie.
Vous vous disiez déjà très bien entouré en 1995. Qu?est-ce qui vous permet de dire que vous allez deliver the goods mieux cette fois-ci ?
Il est faux de dire que nous n?avons pas donné des résultats durant le précédent mandat. Nous avions un gros problème avec notre partenaire qui a miné l?action du gouvernement. Un climat de méfiance s?était installé.
Mais vous avez gouverné seul pendant les trois ans et demi suivants?
Nous avons essayé de rectifier la situation par la suite. Les chiffres parlent d?eux-mêmes. Quand nous avons quitté le gouvernement en 2000, la croissance économique était de 9,3 %. Dans le tourisme, elle avait atteint 13,6 %. Le seul facteur économique qui commençait à nous inquiéter était le chômage à 8,8 %. Mais nous étions en train de faire baisser le déficit budgétaire et l?inflation. On ne peut pas dire que nous étions sur la mauvaise voie. Il y a eu une perception que l?économie était en mauvaise posture.
Revenons à l?équipe actuelle?
La situation économique dont nous avons hérité est très précaire, à cause d?une gestion désastreuse de l?économie. J?ai un formidable ministre des Finances et une équipe bien au courant des défis qui nous attendent. Il n?y a pas de choix, il nous faut fournir des résultats. Les résultats des 100 jours est un travail d?équipe très concerté.
L?investissement est le nerf du développement économique. Le Fast Track Committee s?est réuni une fois avec trois gros projets IRS. Après, on n?en a plus trop entendu parler. Ce n?était qu?un coup d?éclat ?
Une fois les décisions prises et la bureaucratie réglée, il y a eu un comité sous le ministère des Finances qui a continué le travail. Deux de ces projets vont bientôt aboutir, le troisième au Morne a quelques difficultés. Mais rien n?est insurmontable.
Le Board of Investment se retrouve sans directeur et sans président, au moment où les man?uvres sont entamées pour relancer l?investissement. Est-ce ainsi qu?on va promouvoir l?investissement ?
Le Chief Executive du BOI vient de soumettre sa démission. Pour certaines raisons qui nous intriguent d?ailleurs. Nous essayons de le remplacer. Il ne s?agit pas de faire partir celui-ci ou celui-là. Il y a des nominés politiques d?une part, l?ancien directeur du BOI n?en était pas un, je le précise. Ceux-là ne peuvent pas prétendre rester en place et nous mettre des bâtons dans les roues. Nous voulons des gens qui aient des compétences, mais qui aient aussi de la loyauté envers le gouvernement. Mais nous faisons attention. Une des leçons que j?ai apprises est de ne pas nommer quelqu?un à une fonction uniquement parce que je l?apprécie. Il faut qu?il puisse donner des résultats. Mais naturellement quand un nouveau gouvernement arrive, il est impossible de ne pas provoquer quelques remous. Le flottement au BOI ne nous empêche pas de continuer le travail. Je préside d?ailleurs personnellement le Fast Track Committee sur l?investissement.
« Une des leçons que j?ai apprises est de ne pas nommer quelqu?un uniquement parce que je l?apprécie? »
La nomination à des postes très importants tarde encore. Cela paralyse des enquêtes à Icac. À l?Icta, l?absence de président empêche toute baisse des prix des télécoms. Quand comptez-vous régler ces questions ?
À l?Information and Communication Technologies Authority, il y a eu quelques développements. La nomination est imminente. Pour l?Icac, ce qu?on avait prévu se produit. Quand nous avons amendé la loi, l?opposition croyait qu?on le faisait pour caser certaines personnes. Nous considérons que le salaire du commissaire de l?Icac est exorbitant. J?ai eu des consultations avec le chef juge, des noms ont été avancés. Il y a quelques problèmes pratiques à régler et à revoir. Mais nous allons régler ces nominations le plus vite possible.
Cela commence à être long? vous êtes à court de compétences ?
Il nous manque certaines compétences. Souvent, ceux qui peuvent assumer certaines responsabilités se disent qu?avec tous les problèmes et le travail qu?ils auront à accomplir, le jeu ne vaut pas la chandelle. D?autres préfèrent gagner plus dans le secteur privé tout en ne s?encombrant pas d?une trop grande exposition médiatique. Il faut trouver les moyens pour encourager ces gens à nous rejoindre.
L?unanimité règne sur le fait que nous avons besoin de cerveaux étrangers, en attendant qu?une nouvelle élite se mette en place. Allez-vous prôner l?ouverture vers les compétences étrangères ?
Il faut une ouverture là où nous ne possédons pas les compétences. Il nous faut accepter d?y avoir recours. C?est bien pour cela que j?avais fait appel aux services de Shattock, qui est l?un des policiers les plus décorés au Royaume-Uni. Je considère qu?il a fait un travail immense. Mais il cherchait à mettre de l?ordre, et cela n?a pas fait des heureux. On a alors donné l?impression que Shattock n?y connaissait rien !
Soutenez-vous donc les Cunningham, Duff ou Philip Cash quand ils se retrouvent devant des collaborateurs hostiles ?
J?ai rencontré Bert Cunningham et Bill Duff. J?ai expliqué à Duff que la situation dans les prisons était désastreuse. Pour la douane, on avait déjà retenu, lors de mon premier mandat, les services d?une firme pour laquelle Cunningham a travaillé. Il a commencé un travail et je ne pense pas qu?il faut l?arrêter. Il y a aussi des réformes à apporter dans le judiciaire. Les plus ambitieuses depuis l?époque coloniale. Nous avons un Attorney General très dynamique pour les piloter.
Rama Valayden visite les tribunaux, demande des comptes à certains policiers alors qu?il n?est pas ministre de l?Intérieur. Et introduit des amendements à l?Icac à l?Assemblée nationale alors que cela relève de votre prérogative. Il n?en fait pas un peu trop ?
C?est un personnage bouillant, plein d?énergie. Sur la loi de l?Icac, c?est avec mon accord qu?il a agi, parce que nous ne voulions pas retarder l?adoption de la loi alors que j?étais absent. Quand je suis revenu, j?ai repris la loi. Quand il visite les cours, il ne fait que constater de visu la situation, sans empiéter sur le terrain du chef juge. Il n?y a rien de tel que de constater et d?apprendre sur le terrain. C?est comme pour Ferney. Rien ne vaut mieux que de voir les choses directement et en situation. C?est ainsi que j?ai pu décider de la modification du tracé de l?autoroute en contournant la forêt.
Durant la campagne électorale, vous avez évoqué une World Class Education. Mais jusqu?ici, toutes les mesures annoncées ont été la confirmation de certains axes de la réforme Obeegadoo. Qu?allez-vous changer concrètement ?
Nous ne voulons pas tout chambouler. Il y a des étudiants qui ont des examens à passer. Mais nous adopterons des réformes en profondeur. Nous y travaillons et nous le ferons. Nous voulons que des universités reconnues s?installent à Maurice. Singapour et d?autre pays ont adopté cette stratégie. Cela bénéficiera aux étudiants de toute la région. Nous avons les capacités, il nous faut la formation pour les canaliser.
Êtes-vous satisfait de la qualité et du traitement de l?information par la MBC, depuis que vous êtes revenu au pouvoir ?
C?était une boîte de propagande quand nous étions dans l?opposition. Il faut qu?elle fasse son travail en toute indépendance et reflète toutes les sensibilités. Quand un ministre va à la BBC, il y reçoit des coups ! La MBC sera obligée de s?améliorer. Nous avons pour objectif de lancer une télévision privée. Nous savons ce qui va se passer si celle-ci paraît très indépendante et que la MBC reste comme elle est. Elle a donc tout intérêt à se réformer.
Vous prônez une politique de portes ouvertes vis-à-vis des adversaires d?hier. Êtes-vous prêt à accueillir ceux qui voudront rejoindre vos rangs ?
Nous avons des difficultés qui nous attendent. Dans certains domaines, l?intérêt national doit primer. C?est le cas pour la politique étrangère ou les grandes questions économiques. Il est donc souhaitable que gouvernement et opposition aient une vision commune. J?ai une majorité très confortable. Mais elle n?est pas suffisante pour faire certaines réformes.
La possibilité d?avoir une majorité des 2/3 ou des 3/4 à l?Assemblée ne vous allèche pas ?
J?aurai souhaité une telle majorité. Mais il faut encore qu?on se retrouve avec des gens qui défendent les mêmes valeurs et qui croient en ce que nous disons. Quand j?étais dans l?opposition, il m?est arrivé de soutenir un consensus.
La majorité des 3/4 ne vous aurait-elle pas permis de régler vos différends avec le président ?
Il n?y a rien de personnel entre le président et moi. Il a sa version et moi la mienne. La présidence n?est pas restée neutre alors que nous étions dans l?opposition. Je pense qu?elle s?est mise dans une situation conflictuelle. Mais il a été Premier ministre pendant quatorze ans.
« Il n?y a rien de tel que d?aller sur le terrain. C?est ainsi que j?ai pu décider de modifier le tracé de l?autoroute en contournant la forêt. »
Souhaitez-vous toujours qu?il cède sa place ?
J?ai dit ce que j?avais à dire. Mais ce n?est pas pour ça qu?on n?échange pas des civilités ou qu?on ne plaisante pas. Quand je désire une plus grande majorité au Parlement, je la souhaite surtout pour pouvoir apporter des changements dans la Constitution sur des questions nationales.
Vous semblez très bien maîtriser votre communication, désormais. Est-ce votre nouvel atout ?
J?ai toujours aimé progresser. J?ai été très touché par ce que m?a dit un ancien conseiller en communication de Clinton qui était à Maurice pendant la dernière campagne électorale. Il me suivait dans les meetings, les réunions, etc. Il m?a dit : « Je connaissais une personne qui, quand elle parle à un auditoire, donne l?impression qu?elle parle à chaque personne présente, j?en connais deux maintenant. » Cela m?a touché. Mais pour ce qui est de la communication, c?est peut-être un peu naturel. Cela vient du c?ur et c?est sincère.
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